Etes-vous quelqu'un de différent ?

lundi 5 avril 2010

La réautorisation du Ketum et son traitement médiatique


Voici quelques temps, je vois passer l'information suivante : le Ketum, une crème utilisée par les sportifs, a été réautorisé en urgence par le Conseil d'Etat, et ce serait pour des motifs bassement économiques au mépris de la santé publique. Plusieurs journaux s'en sont fait l'écho.

L'Afssaps a en effet suspendu par décision du 17 décembre 2009 la vente des produits à base de ketoprofène à raison d'un risque sanitaire. Le Conseil d'Etat a annulé en référé cette décision le 26 janvier 2010.

Pourquoi en avons-nous eu vent ? Parce que des médias ont interprété de travers la décision de la juridiction administrative suprême et qu'il a été écrit que le Conseil d'Etat ferait primer des considérations économiques sur celles de santé publique.

Ce qui est vrai c'est que le Conseil d'Etat a partiellement motivé sa décision en invoquant l'impact financier de la décision de l'Afssaps pour le producteur concerné, le ketum constituant son second produit le plus important, de sorte que l'arrêt de sa commercialisation compromettait la viabilité de l'entreprise.

Mais ce que n'importe quel juriste devait remarquer, c'est que la prise en compte de l'impact économique par le Conseil d'Etat n'avait sans doute pas pour fin de trancher le fond mais de décider si la procédure de référé était ouverte.

La procédure de référé, qui permet d'agir très rapidement, ne peut être mise en oeuvre que dans certaines hypothèses, l'hypothèse reine étant celle de l'urgence. Et l'argumentaire économique n'avait donc pour fin la plus probable que d'ouvrir la voie du référé.

C'est cette interprétation que la doctrine - voire une simple mais sérieuse lecture de la décision - confirme cf Gazette du palais, 10 mars 2010, p. 8.

Une fois de plus on regrettera le traitement médiatique d'une décision de justice : on comprend de travers et on croit trouver confirmation de ses préjugés, en l'espèce le lieu commun de la soumission de la justice aux lobbies pharmaceutiques, avatar du on nous cache tout on nous dit rien. Ici les médias n'apportent pas la contradiction ni ne médiatisent le pouvoir mais catalysent les préjugés de leurs lecteurs.

Sur le fond, le Conseil d'Etat a réautorisé le produit en raison de la quantité marginale de cas de réactions au produit, ces cas résultant en général d'un emploi ne respectant pas l'ordonnance.

En conclusion, n'oubliez pas d'apprécier par vous-même les informations.

dimanche 14 mars 2010

Comment conserver le pouvoir en France ?

Comment conserver le pouvoir en France ? Voilà une question politique d'une importance de premier ordre. L'instabilité politique avait tué la IVe république, il semble ou semblait que la Ve commençait à prendre ce chemin à son tour : depuis trente ans, il est une loi qui veut que la majorité perd les élections. Mais peut-être le remède a-t-il été trouvé...

D'abord, exposons les manifestations de cette loi, de tête :
1981, Mitterrand met un terme à l'hégémonie de la droite,
1986, à la fin de la législature, défaite de la gauche...
1988, échec de la droite au pouvoir, Mitterrand est réélu, dissolution, la nouvelle majorité cède sa place...
1993, bérézina de la majorité, Balladur accède au pouvoir
1995, la droite se maintient, mais fait remarquable elle se maintient aux dépens du personnel en place - Sarkozy retiendra la leçon subie
1997, élections législatives ? changement de majorité
2002, rebelote
2007, comme en 1995 la droite parvient à se maintenir en envoyant au billot le personnel en place.

Bref les Français sont des râleurs et le résultat est pusillanime : changement systématique de majorité sous réserve de l'hypothèse glorieuse qui veut qu'une partie de la majorité a attiré le courroux populaire sur la partie de son camp au pouvoir et parvient ainsi à le remplacer.

Conséquences critiquables : désincitation à toute politique de long terme, course à la démagogie, gémissement permanent contre les politiques, vaine croyance que d'autres politiques pourraient mieux faire, in fine transfert du pouvoir des politiques vers l'administration.

Que faire ?

Jouer contre son camp fonctionne cf les élections de Chirac et Sarkozy. Précisons qu'il ne s'agit pas tant de stratégie délibérée que de contingences de rivalités personnelles irréductibles. Pour vaincre Sarkozy, la gauche aurait donc bien fait de... le réconcilier avec son prédecesseur... pour discréditer la "rupture" et imputer au ministre de l'intérieur sa part dans le passif du pouvoir.

Autre hypothèse : se concentrer sur le centre ie assaillir l'opposant qui s'annonce au second tour et faire abstraction des extrêmes. Hypothèse morte depuis qu'elle a échoué avec Jospin.

Mais alors quoi ? réponse : perdre les élections-hochets : régionales et autres. Pourquoi ? Parce qu'en conférant des parcelles de pouvoir à l'opposition, les élections locales lui retirent le monopole de la parole utopique. Autrement dit, une fois que l'opposition a mis une touche sur le pouvoir, elle ne peut plus arguer de ce que tout serait tellement plus merveilleux une fois qu'on l'aurait élue.

Ce plan vaguement machiavélique est-il désiré ou n'est-ce qu'explication a posteriori d'évènement que personne ne contrôle ? A mon avis cela est voulu.

Deux éléments l'attestent. En premier l'ouverture, qui participe de ce mouvement consistant à confier à l'opposition des responsabilités, et donc en creux à lui ôter le pouvoir de promettre n'importe quoi et par conséquent relever le niveau du débat démocratique. En second la systématicité de la réussite de l'opposition aux petites élections depuis quelques années, dont la dernière occurrence en date advient ce soir même.

La loi sera-telle contrecarrée ? 2012 année-test. Si la stratégie de Sarkozy marche, s'annonce le règne du centre-droit pour un moment. A défaut repolarisation prévisible du paysage politique français.

dimanche 7 février 2010

Deux trouble-fêtes : Henry Kissinger, Milton Friedman

Avant d’être les têtes de turc des contestataires systématiques, Henry Kissinger et Milton Friedman sont deux maîtres aux destins curieusement semblables. Habituellement présentés comme deux hommes du Système, il sera démontré ici qu'il n'en est rien et que tout au contraire, ces deux trouble-fêtes ont, chacun dans leur domaine, détrôné la sagesse conventionnelle et empêché l'expression des tendances lourdes des Etats-Unis.

Immigré et fils d’immigrés juifs, partis de peu, parvenus à l’excellence, grands maîtres de leurs disciplines, conseillers du prince, admirés de leur pairs, ils ont combattu chacun de leur côté les idées acquises de leur temps, se sont levés contre des tendances que l’on pouvait croire définitives : le keynésianisme en économie pour l’un, l’idéalisme en relations internationales pour l’autre. Un temps ils sont parvenus à renverser le courant, à contrecarrer d’un côté le phénomène de l’extension de l’Etat et le penchant des économistes à justifier son interventionnisme, de l’autre côté l’idéalisme des pays occidentaux. Ces victoires ne devaient pas durer car les idées qu'ils contrariaient avaient de profondes racines et les démonstrations qu'ils opposaient devaient s'effacer avec eux.

L’un fut récompensé d’un prix Nobel d’économie (1976), l’autre de la paix (1973). Certes un de ces deux prix est politique (mais ce n’est pas celui qu’on croit).

Aucun des deux ne s’intéressait à la discipline de l’autre.

Milton Friedman n’a jamais rien écrit sur la diplomatie à ma connaissance, ni prescrit une doctrine de politique étrangère.

Quant à Kissinger il présente un singulier manque de sensibilité aux idées économiques. Malgré ses grandes qualités on est porté à constater chez lui la fameuse inculture du spécialiste qui sort de son domaine. Dans une rare excursion en économie, dans ses Mémoires, il se dit convaincu par Pompidou du caractère catastrophique qu’aurait la libération des taux de change... Pour l'anecdote, il avait besoin de soutien en math quand il était jeune.

Les deux furent conseillers du même prince, Richard Nixon, mais avec une différence d’influence patente : Kissinger en était l'âme damnée ; Friedman, dont les idées n’avaient pas encore triomphées, était au contraire souvent frustré par la conduite de Nixon : politiques inflationnistes, contrôle des prix provisoires (par calcul démagogique en plus) . (correction : mais pas par l'anéantissement de l’étalon-or comme je l'indiquais dans une précédente version) .

Les deux opérèrent une rupture et il apparait aujourd'hui que celles-ci n'étaient pas définitives et que le cour normal des choses s'est remis en place.

I) La rupture de Milton Friedman

Le paradigme auquel Milton Friedman s'est opposé est comme chacun sait le keynésianisme. Un grand avantage de cette doctrine pour les hommes politiques est qu'elle justifie l'interventionnisme étatique dans le domaine économique. Au contraire celle de Friedman incrimine les effets pervers de l'interventionnisme.

En particulier, Friedman a critiqué les politiques fondées sur une analyse de la courbe de Phillips qui affirme que le pouvoir politique a la faculté d'arbitrer entre le chômage et l'inflation (le néokeynésien Phelps a également démontré le caractère vain et néfaste de telles politiques à long terme).

L'échec des relances keynésiennes des années 70 et l'incapacité à expliquer le phénomène de stagflation (chômage et inflation simultanément) entraine le succès des théories monétaristes de Friedman. La fête est finie : l'Etat doit moins intervenir.

Néanmoins la théorie de Friedman, qui prescrit aux politiques une certaine inaction, entre en porte-à-faux avec la vocation de la politique. Friedman est indirectement à l'origine de la mise en place de banques centrales indépendantes même s'il y était personnellement opposé car ne trouvant pas la mesure démocratique. L’Etat de son côté est porté à étendre sans cesse son champ d’action. Et là se trouvait le ferment de la défaisance de son héritage.

II) La rupture de Henry Kissinger

Comme l'a montré le célèbre épistémologue Karl Popper, un grand préjugé anime le monde occidental : la croyance en le caractère manifeste de la vérité, ce qui signifie que la vérité se tient devant nous et qu'il suffit d'écarter des obstacles pour la saisir. Pour résumer : côté pile, ce préjugé a permis notre développement scientifique, côté face : la chasse aux sorcières (d'ailleurs c'est à l'époque moderne et pas au Moyen-Âge qu'on a le plus brulé des sorcières). Ce préjugé se traduit en politique dans le progressisme qui nous incite au progrès mais a une déplorable tendance à noircir le passé et chercher des coupables.

Le progressisme occidental se manifeste de deux manières dans l'interprétation des relations internationales.

A l'extérieur des Etats-Unis : constatant l'existence du mal, l'absence de démocratie et la tyrannie, on expliquera ces phénomènes non pas par des causes endogènes mais par l'action d'une entité malintentionnée. Or les USA sont le pays le plus puissant du monde. Comme on ne prête qu'aux riches, les USA se voient imputer régulièrement tout désordre, putsch et guerre (et même les tremblements de terre). On ne compte plus les personnes qui croient qu'avoir de l'esprit critique signifie tenir les USA pour coupables sans preuve.

A l'intérieur des Etats-Unis : le progressisme s'incarnera dans la volonté d'étendre au monde leur système économique et politique soit la démocratie, le libre marché, la liberté de la presse etc. Cela se traduit par une politique étrangère idéaliste, c'est-à-dire libérale dans le vocabulaire des relations internationales.

C'est cette doctrine qui débouche sur les interventions militaires des Etats-Unis à l'étranger : l'engagement dans la guerre de 14-18 se fonde sur l'idéal du droit des peuples à disposer d'eux-même, en 39-45 c'est la lutte contre le nazisme, les engagements de la guerre froide contre le communisme.

Face à cette tendance optimiste, il existe le courant réaliste, intellectuellement brillant mais dont les prescriptions s'opposent aux tendances profondes du pays : on dénombre Kennan (auteur de la doctrine de l'endiguement, réaliste dans sa prescription, idéaliste dans son exécution), Morgenthau et bien sur Kissinger.


Quand Kissinger devient le conseiller du président Richard Nixon, le pays est déjà embourbé dans la guerre du Vietnam. Il faudra poursuivre la guerre car un retrait sans accord de paix détruirait la crédibilité des Etats-Unis auprès de ses alliés en pleine guerre froide.

Si Kissinger va pouvoir mener sa politique réaliste, c'est parce que l'idéalisme américain est par terre : l'enfoncement des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam avec ses morts, ses massacres, ses scandales fait douter les Etats-Unis. Son peuple perd foi dans l'universalisme de ses valeurs. C'est l'époque de My Lai, où l'on découvrait que l'armée américaine était une armée comme une autre, pas plus héroïque et parfois aussi dégueulasse. Comment une guerre juste pouvait-elle mener au massacre sadique d'un village ?

Cette situation est intenable pour la gauche. L'establishment démocrate alors au pouvoir se dissout soudainement, Johnson disparait et ne se représente même pas. Grande déprime. L'opinion publique commence à se retourner. C'est dans ces circonstances que Kissinger accède au pouvoir sous l'aile de Nixon puis va mener sa politique. La fête est finie : les pays étrangers ne veulent pas de notre impérialisme armé de belles intentions.

Kissinger fait en sorte de composer avec les pays non-démocratiques quand cela est dans l'intérêt du pays : ainsi du rapprochement avec la Chine que ceux qui concevaient les pays communistes comme un bloc ne pouvaient imaginer, l'idéologie passant au second plan ; ainsi aussi du relatif soutien aux dictatures sud-américaines pour empêcher l'implantation de pays soumis à moscou - une crainte qui apparait excessive avec du recul.

Une politique réaliste n'a pas seulement pour but l'élévation relative du pays, elle vise aussi l'équilibre des puissances, qui n'est pas simplement un effet de ces politiques mais bien un objectif. Elle vise encore à maintenir un ordre international dont rien ne permet de croire qu'une configuration différente serait préférable, outre le fait que son accouchement ne se ferait pas sans convulsion.

Ainsi Kissinger de remarquer que la critique du shah pour son manque de démocratie n'a débouché au final que sur un régime pire, de renvoyer la responsabilité du génocide cambodgien aux antiguerres, de souligner qu'une application rigide des grands principes est source de conflit.

Mais en repoussant la promotion de l'idéal démocratique, Kissinger nourrissait la méfiance contre son pays, soupçonné d'agir pour des motifs réactionnaires ou intéressés. Il la nourrissait de l'intérieur. Ce serait d'ailleurs un contresens de voir là un combat droite/gauche. En réalité ce devait être un idéalisme de droite qui abattrait l'héritage de Kissinger : le néoconservatisme.

III) Des ruptures temporaires

Friedman et Kissinger avaient gagné une bataille, notamment grâce à leur aura et leur personnalité mais les tendances qu’ils combattaient avaient des racines profondes : l’interventionnisme de l’Etat et l’idéalisme occidental en matière de relations internationales sont des phénomènes résilients. Les deux hommes avaient remporté un combat intellectuel mais les tendances demeuraient. Leurs idées allaient à leur tour être renversées. Le vecteur de ce renversement ne devait pas être le débat. C'étaient les passions qui devaient mener l'assaut.

Kissinger avait peu d’alliés, il était attaqué aussi bien par les colombes de la gauche que par les faucons de la droite. Ces derniers ne lui pardonnaient pas la détente, qu’ils interprétaient comme une reculade. Autrement dit, Kissinger se heurtait à l’idéalisme de la gauche et de la droite ! En attaquant Kissinger, la gauche avait le sentiment d'attaquer la droite. En réalité elle fournissait des munitions aux pires détracteurs de Kissinger, les néoconservateurs, dont la doctrine commande d'exporter par les armes s'il le faut la démocratie.

Kissinger n'étant pas défendu, il fut rapidement tenu pour acquis que ce qui lui était reproché devait être vrai. Peu important l'absence de preuve. En particulier il apparait acquis pour beaucoup de monde que le coup de 1973 contre Allende porte l'empreinte de Kissinger. En réalité son implication n'a jamais été démontrée ce malgré la très grande quantité d'archives ouvertes. (cette obsession de vouloir impliquer Kissinger révèle à mon avis le refus d'admettre que ce coup a des causes endogènes)

Au bout de quelques années les néoconservateurs prenaient le pouvoir et l'héritage de Kissinger était écarté. L'idéalisme était de retour. Décidément on ne comprend pas la politique étrangère des Etats-Unis si on ne veut pas voir qu’elle est guidée par l’idéalisme et non, comme le croient les amateurs de théorie du complot, par des intérêts matériels plus ou moins secrets. De Woodrow Wilson à George W Bush en passant par Kennedy, les Etats-Unis sont les hérauts du progressisme, du libéralisme et de la démocratie. Les Etats-Unis disposent d’une force militaire qu'ils veulent utiliser pour améliorer le monde et promouvoir leurs valeurs. C’est bien la promotion de celles-ci qu’ils recherchent et non un gain matériel quand ils s’engagent en Europe en 1917, en 1941, en créant l’ONU, en adoptant la doctrine de l’endiguement qui les oblige à intervenir n’importe où pour n’importe qui pour combattre le mal absolu du communisme, en tentant l’aventure irakienne pour liquider une dictature socialiste et espérer réformer le grand Moyen-Orient, sans comprendre la méfiance et les résistances qu’ils suscitent. Combien de fois faudra-t-il le répéter ?

Quant à Friedman, on a décidé de dire qu'il était un chaud partisan des dictatures sud-américaines et l'architecte de privatisations opérées au moyen du terrorisme d'Etat cf la thèse de l'essayiste Naomi Klein. De façon plus générale il a été tenu pour l'architecte de la configuration financière actuellement en crise.

Pour abattre Kissinger on a appelé cynisme sa doctrine. Pour abattre Friedman, on a dit de sa doctrine qu'elle était antidémocratique et vicieuse. A chaque fois on a expliqué que ces doctrines révélaient la vérité des Etats-Unis, représentaient son système, alors que précisément non elles avaient neutralisé les tendances profondes de ce pays. Ruse de l'histoire, le renversement de ces doctrines se présenta comme un ouvrage de subversion alors qu'il fut en réalité une réaction qui permettait le retour aux tendances naturelles des Etats-Unis : interventionnisme et idéalisme.

La perte d'influence des doctrines des deux hommes se constate aujourd'hui : déficits abyssaux et emprise croissante de l'Etat sur la société d'une part, guerres en Irak et en Afghanistan pour installer la démocratie d'autre part.

lundi 1 février 2010

Le débat pourri du réchauffement climatique

On assiste actuellement à une remise en cause du consensus selon lequel le réchauffement climatique est un fait. Enfin "remise en cause" c'est beaucoup dire. Disons que quelques amateurs ont décidé que le réchauffement climatique était le cheval de Troie de l'étatisme.

Un peu d'ad hominem

En témoigne le numéro d'autosatisfaction de Drieu Godefridi sur lemonde.fr :
Le GIEC est mort, vive le débat !, charge contre le "terrorisme intellectuel" et l'arrogance des savants. Peut-être cet auteur ne sait-il pas qu'au Monde on aime bien ouvrir des tribunes à des points de vue pour mieux les étriller dans les répliques qui suivront. A ce petit jeu, le Monde invite rarement le meilleur champion de la cause qu'il veut démolir.

Ce qui m'embête le plus c'est que l'intéressé se dit libéral et amateur de Hayek. Oculos habent et non videbunt. Ferait-il partie de ces drôles de libéraux qui voient des complots étatistes partout, font une fixette sur l'islamofascisme et adorent les néoconservateurs ?

Assez d'ad hominem. Revenons au sujet. Que savons-nous du réchauffement climatique ?

Réponse : d'une part ce qu'on nous en dit et d'autre part la connaissance de quelques phénomènes qui ne posent pas débat tels que la fonte de glaciers millénaires et le déplacement d'espèces tropicales vers les régions censées être plus froides.

A titre personnel je ne me suis pas penché sur les preuves du débat climatologique. Comme les climatosceptiques aiment à le souligner, il y a beaucoup de faux experts dans ce débat, voeu de prudence artificiel qui signifie juste que leur opinion vaut celle des autres. Moi je ne sais pas, je le dis et je ne m'amuse pas à aller me forger mon opinion moi-même. La quête de vérité de l'amateur se finit trop souvent en prenant ses vessies pour des lanternes.

Si je ne m'y connais pas, je peux néanmoins constater quelque chose d'absolument frappant qui est la faiblesse de l'argumentation climatosceptique et son accompagnement par une puissante interprétation idéologique.

Le fondement rationnel du climatoscepticisme : des données bien douteuses

L'argumentation climatosceptique se focalise sur plusieurs données dont elle a révélé avec raison la totale vacuité (glaciers de l'Himalaya, courbe d'Al Gore, relevés de température douteux etc). Loin d'y voir la nécessaire occurrence d'erreur d'hommes faillibles ou simplement d'être humble dans la victoire, elle croit y trouver le début d'une falsification générale, duquel elle va révéler toute une mascarade comme on tire sur le fil d'un tricot pour le défaire.

Mais en réalité, si malgré tous leurs efforts les climatosceptiques n'ont pu trouver que ces quelques faits, sur lesquels ils s'appesantissent, c'est précisément parce qu'ils ne trouvent pas autre chose. Ils n'ont été aucunement capable de renverser la trame générale de faits en faveur de la théorie du réchauffement climatique.

Néanmoins ils ont effectivement révélé plusieurs affaires particulièrement lamentables de manque de rigueur chez les climatologues et sont à l'origine de la révision à la baisse de plusieurs prévisions excessivement catastrophiques. Ceci doit être porté à leur crédit.

Le fondement irrationnel du climatoscepticisme : le soupçon politique

Pourquoi les climatosceptiques ont-ils tant de soupçon contre la théorie du réchauffement climatique et de complaisance pour la théorie du complot climatologique ? Parce qu'il y a quelque chose de pourri dans le débat sur le réchauffement climatique, qui est la facilité avec laquelle la théorie du réchauffement climatique se prête à une interprétation politique.

Le levier de la critique : le millénarisme

En effet cette théorie présente les traits d'un millénarisme : la fin du monde est proche (la température augmente, nous serons submergés), elle est la conséquence de vos péchés (consommateurs égoïstes), adoptez une vie plus frugale, rejetez vos richesses, obéissez aux prophètes. De plus cette théorie se mélange aisément avec du sentimentalisme (les pays pauvres seront les premiers touchés... évidemment !), un faible esprit critique (refus de tout débat, haine de l'opinion divergente) et bien sur et surtout : de l'étatisme (il faut transformer le système en économie dirigée, faites-nous confiance).

Même si le réchauffement climatique est une théorie correcte, sa promotion n'est donc pas indifférente à quelques considérations idéologiques et il serait bon que les gens sérieux fassent le ménage des décroissants et autres rigolos.

Il est par ailleurs remarquable que nous subissions en permanence l'annonce d'une catastrophe : quid du trou de la couche d'ozone ? Il a fait pshit. Quid du DDT ? De la grippe A ? de la grippe aviaire ? De la crise financière ? Etc De quoi alimenter le soupçon.

Idéologisme des climatosceptiques

Les climatosceptiques ne sont pas en reste. A vrai dire, ils sont les plus idéologiques dans cette histoire, capable de vous dire à la fois que le réchauffement n'existe pas et que ce réchauffement existe mais n'a pas une source humaine... La coïncidence qu'ils décernent entre le mal putatif du réchauffement et le remède étatique qu'on lui attribue est décisive dans leur conviction soi-disant climatosceptique.

Le traitement des faits est incapable de s'abstenir d'une critique idéologique : on se contentera ainsi des erreurs et des excès de ceux qui soutiennent l'existence du réchauffement pour illustrer un phénomène dont on a décidé que les causes étaient politiques.

Détail amusant : les même climatosceptiques qui se gaussent de ceux qui font confiance sur parole aux scientifiques du GIEC s'abreuvent-ils de blogs pour s'informer...

Conclusion

Le succès relatif de la critique climatosceptique a au moins ceci de positif : la confrontation va avoir lieu et un camp en retirera une légitimité. En attendant il convient de ne pas mélanger les causes et en particulier ne pas risquer d'associer la cause climatosceptique à d'autres enjeux tels que le libéralisme économique, comme si une économie de marché n'était pas à même de faire face au défi du réchauffement climatique dans le cas où celui-ci serait établi.

samedi 30 janvier 2010

Avatar film va-t-en guerre ?

Je rebondis ici sur l’opinion de Pierre Desjardins exprimée dans un article du Monde.fr le 27 janvier dernier.

L’auteur soutient rien moins qu’Avatar recèle une apologie de la guerre (titre : Avatar : rien d'autre qu'une bête justification de la guerre !) : la guerre est juste en cas de cause juste mais comme en réalité chaque camp croit toujours détenir celle-ci, nous obtenons une justification de la guerre en général… Le postulat de l’auteur semble être qu’il n’existe pas de guerre juste, dénonçant un excès pour tomber dans celui inverse. Dommage.

Cette critique fait à mon avis fausse route en ce que le phénomène à l’œuvre ne se réduit pas à Avatar et qu’il n’a pas la signification que lui prête le critique. En effet, le problème n’est pas tant l’apologie de la guerre que la désinhibition face au mal et ce n’est pas propre à Avatar, ça l’est de la plupart des films d’action.

Observons ceux-ci. Le ressort du film d’action ou de comédie est laid : la personnification du mal dans le personnage du vilain rend nécessaire au héros l’emploi de la violence, qui remarquons-le néanmoins, y prend plaisir. De même que le spectateur. Loin de vouloir assister au triomphe du bien contre le mal, le spectateur veut jouir du vice, de la violence, du sadisme, de la puissance, mais sans en avoir conscience :)

Ainsi les films d'action mettent-ils tour à tour en scène le bon braqueur, le bon vengeur, ... et en ce qui concerne Avatar la guerre bonne.

Triste destin que celui du méchant : un acteur qui exprime un mal à la mesure du lot de souffrance qui l’attend pour satisfaire le spectateur… Il m'arrive de prendre pitié du méchant car son mal n’est que fiction et prétexte à l’expression d’un mal sadique bien plus tangible.

Évidemment ce phénomène qui veut que nous trouvions plaisir à faire le mal et cherchons à le justifier par le bien ne se limite pas au cinéma. C’est humain. On le retrouve tout particulièrement chez les belles âmes : ceux qui chassent le dragon au nom du bien mais en réalité pour le plaisir de bruler, ceux dont les sacrifices et l’abnégation sont autant de moyen d’obtenir des concessions, imprimer les comportements et tenir le pouvoir… Méfiez-vous des bonnes intentions. Le mal n’est pas dans les autres, il est dans le cœur de chacun.

Pour aller plus loin, indiquons que ni les tares d'Avatar, agréable divertissement, ni celles des films d'action ne se résument au trait exposé ci-dessus. Si dans Avatar on a donné au méchant la forme d'une armée belliqueuse d'un peuple envahisseur pour justifier la guerre et la violence en réplique, on lui a aussi donné des attributs technologiques, scientifiques, capitalistes en un mot modernes de sorte que le héros renonce à son peuple, sa culture et même sa nature pour rejoindre une tribu primitive, traditionnelle, mystique... et new age.... au système nerveux fusionné avec la nature... Illustration incidente saisissante du double standard à l'égard des idées réactionnaires : entre inadmissibilité et complaisance selon celui que celui qui les exprime est un égal ou le bon sauvage.

Ainsi le film d'action témoignes des préjugés du moment et construit un homme de paille contre lequel le vice peut s'exprimer avec plaisir. ça donne envie.

mercredi 20 janvier 2010

Walter sur scène


Un One man show que je conseille : Walter belge et méchant. Vu ce lundi. Agréablement provocateur, Walter passe du beauf au coquin en un éclair. Les hommes de bon gout approuveront ses maximes sur l'alcool, les femmes et l'argent, en revanche ils ne comprendront pas son appétit pour Angelina Jolie.

Le spectacle dure une heure, il a lieu dans une petite salle dans un petit bar, quartier Belleville, à la croisée des rues de la Mare et Henri-Chevreaux. Pour payer encore moins cher, cliquez ici (au cas où vous n'auriez pas compris que c'est ce qui est donné qui oblige le plus). Tous les lundis vers 20h ou 20h30.

dimanche 3 janvier 2010

Accroche et intégration des nouveaux sur wikipédia

Bonne année 2010 à tous,

Bonne année à wikipédia dont la crainte actuelle est qu'elle ne perde ses contributeurs. La raison en est simple et mécanique : les articles seraient désormais faits et donc :

1/ La capacité d'accroche de wikipédia s'estompe : on ne crée plus les articles principaux, on ne fait plus d'apport majeur, on ne peut plus intervenir qu'avec la capacité d'apporter une grosse plus-value. Bref il faut être davantage spécialiste aujourd'hui qu'aux débuts de wikipédia.

2/ Wikipédia se referme sur elle-même. Les règles informelles s'accumulent (règles de comportement et compréhension des règles éditoriales de npdv, ti, point etc) et le processus d'intégration s'affaiblit en conséquence alors même que les articles sur lesquels on se ferait la main se raréfient cf le premier point.

Bref, moins d'accroche et une intégration plus difficile des nouveaux. Risque de défaut de renouvellement des contributeurs. Danger.

Mais d'abord remarquons que ces maux ne sont que la conséquence nécessaire de la maturation de wikipédia, maturation qui est le but de ses contributeurs. Relevons ensuite des raisons d'être optimistes : le nombre de sujets augmente en fait en permanence et les sujets déjà traités servent de support à des articles plus pointus ou particuliers. Ainsi l'accroche qu'offre wikipédia change plutôt qu'elle ne se raréfie, attirant un public légèrement moins amateur.

Concernant l'intégration des nouveaux, la rigueur des règles à connaitre peut être rebutante : wikipédia publie du matériel fiable et vérifiable, pas d'analyse personnelle, attribuer les points de vue etc. Certaines règles ne sont pas écrites et s'apprennent sur le tas. C'est aux wikipédiens installés de veiller à favoriser l'intégration des nouveaux (je salue au passage ceux qui prennent le temps de wikiparrainer).

Il faut évidemment appliquer les règles contre les nouveaux si besoin, avec plus de tact. Il faut aussi s'assurer que des anciens ne se servent des règles contre les nouveaux avec lesquels ils sont en désaccord éditorial avec l'idée de les dégouter de wikipédia et leur laisser tranquille leur niche éditoriale. (chose vue, et je ne parle pas de moi) Il faut éviter à l'inverse l'angélisme à l'égard des nouveaux (et en général) : certains nouveaux n'ont pas leur place sur wikipédia, c'est comme ça.

Je souhaite donc une excellente année 2010 à wikipédia et à ses contributeurs et j'espère des nouveaux prolifiques.