Etes-vous quelqu'un de différent ?

Affichage des articles dont le libellé est Morale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Morale. Afficher tous les articles

jeudi 3 mai 2012

Pourquoi il faut voter dimanche, ou pourquoi le vote-sanction est une sottise

Dimanche, nous choisissons qui de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande sera le président de la République française.

S'offre plus globalement le choix de soutenir un candidat ou d'effectuer un vote-sanction contre le « système ». Un tel vote-sanction séduit les électeurs des tendances politiques les moins bien représentées. Pourtant, derrière ce désir de sanctionner les gouvernants par un vote-sanction, ne se trouvent que l'illusion et la complaisance.

Le postulat, la façon de voir, du vote-sanction est que nous, peuple, nous trouvons face à une classe politique intangible, de laquelle nous pouvons extirper des concessions ou récompenser des bonnes conduites par notre attitude, tel l'enfant capricieux criant ou étant gentil selon les sucreries et attentions dont il bénéficie. Par la punition qu'il subit, l'homme politique serait contraint d'adapter son discours et sa politique aux désirs de ceux qui l'ont puni. Ou pas.

Disons-le franchement : on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Croire que les politiques vont réorienter leur politique dans le sens souhaité par ceux qui ne votent pas pour eux n'a juste aucun sens. Croire que le vote sanction et donc la désaffection du régime précipitera sa ruine au bénéfice d'un nouveau régime plus conforme aux attentes des contestataires, cela relève du wishful thinking.

Alors évidemment, reste le petit plaisir qu'il y a à exprimer son rejet des politiques par un vote sanction. Les âmes raisonnables préféreront rejeter le postulat et les conclusions fausses du vote-sanction.

 Le postulat faux du vote-sanction

D'abord le postulat du vote-sanction, à savoir celui d'une classe politique, séparée de nous-le-peuple, qui impose ses décisions, est erroné.

Loin d'être le roi assis sur un trône, le politique serait plutôt le capitaine d'un petit bateau flottant entre deux vagues au milieu de la tempête. La tempête et les vagues, ce sont l'état de nature de la société politique, traversée par les passions et les idées à la mode, des montagnes de violence contenue.

Le politique, au lieu d'être le parasite social dénoncé par plusieurs, tient le cap du bateau ivre. Il est cette personne dont la fonction est d'intégrer les passions dans son action, de leur donner une forme politique civile, et en dernière analyse d'empêcher la réfaction totale de la société que souhaitent spécialistes et intellectuels, d'empêcher la guerre civile qui aurait lieu si les passions politiques n'étaient pas intégrées dans sa personne et ses idées.

Le caractère contre-productif du vote-sanction

La politique étant exposée comme art de rendre civiles les passions et non d'embobiner la populace – une idée dans laquelle même de bons esprits chutent -, attachons-nous à savoir maintenant quelle attitude est la plus à même de faire avancer ses idées. 

Ceux qui préconisent le vote-sanction affectent de croire qu'un tel comportement va engendrer une ré-orientation des politiques dans le bon sens (ie le leur) et à défaut une crise de régime qui débouchera sur une telle ré-orientation. Absurde.

En France, les partis se divisent entre partis de gouvernement et partis de contestation. Les seconds ne pèsent rien et le plus ils se renforcent, le moins ils pèsent dans la conduite des affaires. Ainsi des partis d'extrême-gauche et du Front National, ainsi des partis sans structure formelle de parti.

Les extrêmes étant marginalisées, le gouvernement se fait au centre : centre-droit ou centre-gauche. Le centre est le faiseur de roi, entre deux clientèles quasi-captives. L'importance du centre électoral est si grande que l'opposition n'a de cesse de prétendre que le gouvernement au pouvoir est de droite dure ou de gauche dure. Ce fut par exemple le cas des gouvernements de Nicolas Sarkozy (oui on peut le dire), pour lesquels le journal Marianne n'a eu de cesse de titrer qu'il tirait vers l'extrême-droite – un reproche ridiculisé par les résultats du premier tour.

Il y a donc une façon d'influer sur le système, qui est de voter : en votant à droite ou à gauche pour les partis de gouvernement, l'électeur déplace le champ politique des partis de gouvernement vers sa sensibilité. Le centre suit le mouvement. En votant pour les extrêmes, le non-électeur affaiblit son propre camp et précipite la réalisation de politiques qu'il exècre. Il est donc le premier responsable de son malheur et disons franchement que c'est bien fait pour lui.

Le plus la population vote pour un parti, le plus il est à même d'incarner et représenter la sensibilité de droite ou de gauche de ses électeurs. Vouloir sanctionner un parti, c'est en un mot commettre un contre-sens quant à la façon dont il fonctionne.

La moralisation de la vie politique

Mais ce n'est pas tout, le vote ne sert pas qu'à renforcer le parti le plus à même de représenter ses idées, il sert de façon générale à moraliser la vie publique.

Les amateurs du vote-sanction aime dire qu'ils ne peuvent cautionner un système corrompu. Mais ici, où et la cause, où est l'effet entre un peuple grognon et une classe politique insuffisante ?

Est-ce que ce ne serait pas plutôt l'effacement des illusions, le désenchantement politique, qui ouvre la voie au cynisme, à une classe politique sans scrupule ?

La vérité c'est que nous ne sommes pas de simples spectateurs d'un régime extérieur à nous, que nous pouvons approuver ou sanctionner. Le régime et ses caractéristiques reflètent nos propres comportements.

L'abstention, le vote sanction, le cynisme, la complaisance des mélanchonistes, la faiblesse pleurnicharde des frontistes, tout ceci n'est pas une réaction à une classe politique critiquable, ça en est plutôt la cause. Si le peuple ne se laissait pas aller à la critique facile, ré-apprenait que la politique est un art difficile, arrêtait le caprice de renversement systématique des majorités etc alors nous n'aurions plus cette classe politique qui ne croit pas au peuple et gère en prenant ses aises avec la vérité.

Si les politiques mentent, c'est parce que la population demande ces mensonges. Et c'est en votant sans illusion qu'on raréfiera le mensonge.

Des raisons d'espérer

Dans cette perspective, les libéraux devraient se réjouir de plusieurs choses : le score de Mme Joly laisse les mains libres à François Hollande en matière écologique et nous évitera une large mesure de démagogie écologiste de gauche.

Quoique la haine grégaire et ignorante qui cible Nicolas Sarkozy le rende sympathique, il faut ajouter que l'élection de François Hollande lui-même n'annonce aucune catastrophe. Rappelons-nous des privatisations et de la hausse de la bourse sous le gouvernement de Lionel Jospin, qu'on ne peut pas imputer totalement à la conjoncture. De plus, la connaissance par les Français de la crise financière en cours, le caractère captif de la gauche dure à raison de son antisarkozisme obsessionnel (saluons cette ruse de la raison), tout ceci laisse une marge de manœuvre au candidat socialiste pour gouverner au centre, réformer, et alléger derrière l'écran illisible de réformes juridico-administratives le coût du travail.

Enfin l'arrivée de la gauche au pouvoir mettrait un terme aux rationalisations antilibérales car c'est à l'idéologie prêtée au pouvoir qu'on attribue les malheurs de la France. Si François Hollande est élu, les malheurs seront imputés au socialisme, sous réserve que la critique du néolibéralisme ne parvienne à persister contre lui.

En résumé

En résumé, votez dimanche. Le plus les partis de gouvernement seront puissants, le plus ils incarneront leur sensibilité politique naturelle et le plus la vie politique sera moralisée. Le vote-sanction n'est qu'une illusion complaisante et contre-productive.

jeudi 16 février 2012

Que penser de la dernière affaire Vanneste...



Le député Christian Vanneste fait à nouveau l'affiche pour des propos sur l'homosexualité. Si l'affaire a démarré en fanfare, il n'est pas à exclure qu'elle se dégonfle très rapidement. Les propos, qui sont quasiment exacts sur le fond et n'apparaissent pas avoir été prononcés à des fins polémiques, ont déclenché l'ire de l'UMP et de quantités de politiques. De fait on peut reprocher à Vanneste l'erreur politique, mais est-t-elle bien réelle ? Pour conclure, une petite leçon de tolérance n'apparait pas inutile mais sans doute pas dans le sens voulu par M. Copé et Mme Morano.

I) Des propos choquants ?

Il y a deux questions à se poser au sujet des propos polémiques de Vanneste :
1/ Est-ce que ce qu'il dit est vrai ?
2/ Est-ce qu'il y avait une volonté polémique ?

Christian Vanneste a déclaré :

"C'est l'habitude de déformer systématiquement les chiffres. […] Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30 000 déportés, et il n'y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France.

On peut même dire si on veut être méchant, et monsieur Buisson l'a été lorsqu’il a parlé de la sexualité sous l'occupation, on peut rappeler, que lorsqu'un certain nombre d'intellectuels français vont présenter leurs hommages à monsieur Goebbels, il y en a quand même la moitié qui sont homosexuels. […] Et notamment avec à leur tête le ministre de Pétain, M. Abel Bonnard dont tout le monde savait qu'il était homosexuel et que les résistants appelaient, d'une façon que l'on peut trouver drôle ou pas suivant les cas, la gestapette.

Donc voyez il faut relativiser tout ça. Ils ont un art consommé de déformer la réalité, de vous faire prendre leurs vessies pour les lanternes et donc d'acquérir une opinion favorable. Tout cela est faux et demande à être pensé avec beaucoup plus de réalisme, de respect des personnes bien sur, il ne s'agit pas de condamner des personnes."



Pour connaître la réalité des déportations de personnes homosexuelles en France lors de la deuxième guerre mondiale en raison de leur homosexualité, on a cet article du figaro ou un autre de l'express.

On a également l'article de l'historien Mickaël Bertrand, posté sur son blog antérieurement à la polémique.

Il en ressort que depuis 2001, on estimait à 210 le nombre de Français déportés comme homosexuels lors de la seconde guerre mondiale (bien d'autres étaient déportés à d'autres titres), puis qu'en 2007 ce chiffre a été réduit à 62. Sur ces 62, la plupart sont arrêtés en territoire allemand, sachant que l'Alsace et la Moselle sont alors ré-annexés, ce à l'exception de 7 ou 8 d'entre eux. Le nombre de morts s'élève à 13 minimum.

Il semble qu'il reste des archives à dépouiller pourtant le chiffre de 62 est donné sans cette réserve.

Sept ou huit déportés du territoire français pour homosexualité ce n'est pas rien, mais pour comparaison, en Allemagne, il y a, d'après wikipédia, l'arrestation de 100.000 personnes pour homosexualité, dont de 10.000 à 15.000 sont déportées en camp de concentration où la mortalité de cette population aurait été de 60%.

En un mot Vanneste a raison sur le fond. On passera sur le doublement du nombre d'homosexuels déportés en Allemagne.

Il faut maintenant s'atarder sur le problème de la volonté polémique. Vanneste a-t-il voulu faire un coup médiatique ?

Les propos ont été tenus dans une interview vidéo du site liberté politique, qui est un site conservateur. L'entretien, mis en ligne le 10 février 2012, a pour sujet la famille et sans surprise Vanneste s'exprime sur l'homosexualité. Ses propos s'inscrivent dans une argumentation critiquant, ironie remarquable, la sur-représentation des homosexuels dans les métiers de la communication et le biais de réprésentation de la réalité qu'il implique. Si les propos sont fermes et à contre-courant ils n'ont pas de visée polémique.

Reste le procès d'intention : à défaut de pouvoir réfuter Vanneste ses adversaires lui reprochent ses intentions ou ses fréquentations comme cela s'est fait sur lemonde.fr. Si prisé comme témoignage d'esprit critique, en réalité l'argumentation du soupçon signale la faillite de l'argumentation rationnelle et le repli sur un registre dans lequel le débat n'est plus possible.

II) Une faute politique ?


Il semble bien que le buzz soit parti de l'UMP - et pas de Vanneste - avec au premier rang François Copé et Nadine Morano, qui ont en commun des bévues à faire oublier. De là à penser que Vanneste sert de victime expiatoire, on peut l'imaginer mais on s'abstiendra de le tenir pour acquis. A gauche on a aussi dénoncé Vanneste mais apparemment on est resté dans le registre du convenu.

A la décharge de l'UMP, il faut bien voir que nous sommes en campagne et il revient donc aux membres d'un parti d'éviter de prêter le flanc à la critique ou d'accroche à la caricature. En ce sens on peut reprocher à Vanneste d'avoir commis une faute politique.

Reste qu'on peut objecter que étant donné les difficultés de l'UMP, il est rationnel de parier sur sa défaite.
Surtout, le désir qu'à eu la droite de plaire à tout le monde est précisément ce qui l'a rendue impopulaire : en fait d'ouverture, la droite a paru molle et faible à son électorat sans séduire la gauche. Vouloir exclure un député pour des propos choquants superficiellement, sur-réagir à la polémique, voilà une attitude qui se place bien dans la trame défaitiste de la droite.

On peut aussi reprocher à Vanneste que cette citation serait la goutte d'eau qui fait déborder le vase et effectivement il y a un peu de ça, même si les citations polémiques s'étalent ponctuellement sur plusieurs années. On peut craindre que le conflit avec les associations homosexuelles ne fasse virer le député à l'aigreur ce qui serait dommage de la part de ce professeur de philosophie, un des rares hommes politiques à montrer une véritable indépendance d'esprit, contre le courant et le parti. On lui reproche un défaut de tolérance ? Un rappel sur ce qu'est la tolérance s'impose.


III) Rappel sur la tolérance


D'abord qu'est-ce que la tolérance ? On dirait bien que la tolérance a disparu du débat ou plutôt qu'elle a été vidée de son contenu.

La tolérance c'est vivre avec l'autre tel qu'il est, quoiqu'on désapprouve ce qu'il pense, ce qu'il croit, ou ce qu'il fait. Il est curieux d'avoir à rappeler que la tolérance n'a de sens qu'envers ce qu'on désapprouve.

Si une personne désapprouve l'homosexualité, elle peut être tolérante ou non, si elle approuve l'homosexualité, elle n'est ni tolérante, ni intolérante : sa tolérance n'a pas d'objet.

Ensuite la tolérance, ce n'est pas seulement dire « non à l'homophobie », qui évoque un peu le fameux « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », la tolérance c'est tout à la fois admettre que des personnes désapprouvent l'homosexualité et admettre que des personnes soient homosexuelles.

Lorsque Christian Vanneste critique l'homosexualité en prenant garde d'ajouter qu'il ne vise pas les personnes, il n'est pas intolérant. Lorsqu'une association d'homosexuels de l'UMP (Gaylib) demande son exclusion pour avoir dit ce qu'il pense, argumentant sa pensée, il y a intolérance. C'est pour cela que dans cette affaire il faut soutenir Vanneste : parce qu'on ne punit pas la vérité et parce que la tolérance ne consiste pas à interdire ceux qui pensent autrement.

La véritable tolérance doit s'exprimer contre l'hubris de notre propre raison, accepter de vivre avec des idées que notre raison rejette, accepter la division entre ce que nous pensons et ce que nous faisons, critiquer les idées mais non les personnes. La fausse tolérance c'est celle qui refuse le pouvoir de critiquer, de juger et qui impose d'accepter toutes les idées.

vendredi 14 octobre 2011

Les déboires post-mortem de Steve Jobs

Lorsque Steve Jobs meurt ce 5 octobre 2011, la réaction est presque unanime : les journaux déplorent la perte du grand homme, de nombreux inconnus manifestent leur sympathie et laissent des messages en ce sens sur la toile.

Et pourtant, moins de dix jours après, l'unanimisme a changé de camp et la surenchère l'a suivie. Que voyons-nous aujourd'hui en nous promenant sur internet et en ouvrant facebook ? Les interventions de toute part fustigent le disparu à partir d'approches les plus variées.

Les uns déplorent l'attraction exercée par le sort d'un homme quand des millions meurent de faim. Ceux-ci me rappellent à l'esprit la fameuse citation d'un grand cynique, Staline, selon laquelle un mort c'est une tragédie, un million c'est une statistique. Comment ne pas déplorer l'indifférence ? L'ennui c'est qu'actuellement il n'y a nulle part une famine ou une guerre qui fasse un million de morts (et non, pas même dans la corne de l'Afrique) et la critique de l'indifférence se retourne dès lors contre ceux qui la portent.

D'autres tournent en dérision le patronyme de Jobs. On voit fleurir images et plaisanteries sur les registres du politique et du graveleux. La précipitation dans ce genre comique limité révèle un manque d'à-propos certain.

D'autres enfin nous disent que Steve Jobs est un voleur. Sans doute croient-ils que les inventions sont faites pour aller dans les musées et que les vulgarisateurs qui construisent leur fortune en créant les applications pratiques et en les diffusant à travers le monde sont des parasites... Et les mêmes d'insister sur le décès de Dennis Ritchie comme si il fallait rectifier l'ordre des préséances. Loin d'honorer le second, ce type de critique le dévalorise et c'est regrettable.

Ainsi, les uns font la leçon sans trop en avoir les moyens, d'autres jouent les malins et d'autres encore font les geeks, tout ceci pour rejeter l'unanimisme qui avait dans un premier temps salué le grand homme.

La Rochefoucauld remarquait qu'on est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice. J'ajouterai ici que la vanité qui nous commande de nous écarter de l'opinion que nous prêtons au commun nous y précipite le plus surement.

mardi 4 janvier 2011

Pourquoi la France jouerait à l'espionnage industriel. Du procès d'intention

Enfin une révélation intéressante de wikileaks : il s'avèrerait que la France serait numéro 1... dans le domaine de l'espionnage industriel, ce à l'échelle de l'Europe. Mieux que la Russie et le Chine. (cf lemonde.fr, 04 janv. 2011, WikiLeaks : l'espionnage économique de Paris dérange ses alliés européens)

Cela apparaitra surprenant et c'est précisément cette surprise qui va nous servir de fil d'Ariane pour expliquer le pourquoi du comment.

I) Cas particulier

En effet la France en déclin relatif perd son rang. Ce déclin n'apparait pas légitime, il est mal accepté. En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées... Dès lors on cherche une explication bien confortable. Et on la trouve : les autres puissances espionnent notre pays.

Voilà pourquoi nous sommes surpris d'apprendre que c'est plutôt la France qui sacrifierait à pareilles pratiques.

Et précisément parce qu'il est supposé un espionnage de nos concurrents, il devient légitime d'espionner en réplique. Légitime défense. Et peu importe que cet espionnage adverse soit mal étayé puisque nous sommes bon. Le plus fort est supposé l'espionnage adverse, le plus légitime apparait un espionnage en sens inverse.

La crainte d'être espionné justifie en fin de compte l'espionnage. Classique. Il apparait en fin de compte logique que le pays qui s'adonne le plus à l'espionnage soit celui qui craigne le plus d'être lui-même espionné. La révélation, à la supposer vraie, apparait en fin de compte logique.

II) Généralités

Le mécanisme que nous venons de découvrir apparait être un mode habituel du mal : nous réprouvons d'employer le mal mais nous sommes prêt à y sacrifier quand nous prêtons à notre ennemi de vouloir lui-même y recourir.

Les groupuscules extrémistes sont certainement sincères quand ils disent ne pas vouloir du mensonge et de la violence mais la croyance que leurs ennemis vont y recourir leur justifie d'y recourir eux-même.

On remarquera que les moyens que nous employons sont en fin de compte plus révélateurs de nous-mêmes que de notre adversaire. Peut-être parce qu'ils reflètent notre façon de penser et notre cadre intellectuel, bien plus que la personne réelle de notre adversaire.

De façon plus générale, la politique témoigne de camps qui se structurent en réaction au projet politique qu'ils prêtent au camp adverse. Ainsi à droite on se coalisera volontiers contre la presse, l'éducation nationale, les fonctionnaires, qu'on attaquera, en prêtant à ces groupes la volonté d'imposer ses idées quand la tendance à gauche de ces groupes a des causes plus mécaniques. A gauche on stigmatisera les riches, considérés presque ouvertement comme des parasites, les entrepreneurs, les commerçants. Chacun veut le bien public, la paix sociale et pourtant chacun est prêt à voir chez son adversaire politique un ennemi et un obstacle...

Et ainsi chaque groupe politique de s'unir autour de valeurs tout en condamnant plus ou moins explicitement le groupe adverse comme soumis aux vices pendants. Se dire libéral, est-ce que ce n'est pas susurrer que nos adversaires n'aiment pas la liberté ? Se dire socialiste, n'est-ce pas qualifier sourdement ses ennemis d'être les partisans d'un individualisme égoïste ? Appeler fête de l'humanité une fête communiste, n'est-ce pas retirer de l'humanité ceux qui sont au-delà des communistes et sympathisants ?

Le sommet est atteint avec les idéologies qui, comme l'explique Soljenitsyne, fournissent une explication totale, désignent les groupes ennemis, révèlent leurs vilaines intentions et servent en fin de compte à justifier le mal et désinhiber la violence à leur encontre.


Ainsi de l'espionnage à l'idéologie, prêter à l'adversaire de sombres intentions est le début de la corruption et du conflit. Le procès d'intention justifie le mal.