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mercredi 16 novembre 2011

Les marchés comme limite ultime à l'économie de la dette ?

Alors que la crise financière continue de s'aggraver, les marchés sont sans surprise pointés du doigt. Plus intéressante est l'aporie intellectuelle qui se fait de plus en plus jour chez les détracteurs du "système", coincés entre rejet de l'économie de la dette et défense de l'incontinence publique.

Question préalable : les marchés sont-ils la source de la crise actuelle ? Non. On opposera à Marianne et autres revues moi-on-m'la-fait-pas que la crise de la dette publique était annoncée depuis longtemps, que la dégradation de la dette française était prévue pour 2025 et celle de la dette américaine pour 2035. Les méga-plans de relance keynésienne, méga-inutiles, ont précipité une chute qui était inéluctable à défaut de réaction contre l'endettement public.

Et de réaction politique, il n'y avait point. Bien au contraire, ce sont les Français et les Allemands qui ouvraient la boite de Pandore du dépassement des 3% de déficit du pacte de stabilité et de croissance.


Mais ce n'est pas le sujet le plus important.

Ce qui m'intéresse dans les développements actuels, c'est qu'ils révèlent une contradiction fondamentale chez les détracteurs du système. Car ce qui se passe actuellement peut se résumer ainsi : les marchés disent stop à l'endettement.

Concrètement, les masses de dettes sont telles qu'elles obèrent à moyen terme la situation des Etats. La crédibilité de remboursement des Etats s'affaiblit ce dont témoignent les dégradations de note des agences de notation (version régulation) et le surenchérissement des CDS (depuis mi-2008, version marché), et ce qui se traduit par une hausse des taux d'intérêt. Cette dernière hausse affaiblit davantage les Etats dans ce qu'il est convenu d'appeler un cercle vicieux - à moins qu'il ne s'agisse d'un cercle vertueux ?


Peut-être le cercle est-il vertueux en fin de compte car il a pour effet d'assécher le pouvoir d'emprunter qu'ont les Etats. Fin de l'économie de l'emprunt et de la dette. Ainsi les marchés pallient en dernier ressort la défaillance du politique à l'égard du couple toujours plus de dépense publique-toujours plus de dette.

Que ne nous réjouissons-nous... Les marchés sifflent la fin de la récrée de l'argent facile ! Joie ! Et pourtant que se passe-t-il ? Les détracteurs de l'économie de la dette, cette économie de la dépense publique financée par les générations futures, se mettent à crier en choeur au scandale ! Après avoir vilipendé l'impéritie de l'Etat à s'endetter toujours et le vice des marchés à le droguer à la dette, voilà qu'ils deviennent tout rouge quand ils apprennent que les marchés ne veulent plus prêter à l'Etat.

Est-ce à dire qu'ils veulent tout à la fois que l'Etat ne s'endette pas et qu'il s'endette sans limite ? La critique de la dette, une fois nue, se révélerait-elle être une enième pénible rationalisation de la haine du capitalisme et de l'adoration pendante du pouvoir créateur, omnipotent, illimité de l'Etat ? L'inconséquence des critiques a été remarquablement mise en lumière dans un article récent de Koz.


Il va falloir se mettre d'accord. Qu'est-ce qui gêne les critiques : est-ce l'état d'endettement ie la dette accumulée ou est-ce le système ie l'économie de la dette ?

Sans doute la dette est-elle un bien triste remède au puit sans plafond de la dépense de l'Etat mais qu'on se le dise : c'est ça ou rien car les politiques ont amplement montré qu'ils ne parvenaient pas à maitriser les dépenses publiques.

mercredi 20 octobre 2010

Le renversement de l'hystérie aux Etats-Unis

Rappelons avant tout que dans un système bipartisan, l'allié objectif du parti de gouvernement d'un bord est le parti de contestation de l'autre bord. Je ne reviendrais pas ici sur les différentes illustrations de cette règle.

Il y a deux ans j'écrivais un article pour expliquer comment la droite battait la gauche.

En résumé de mon article d'alors, j'exposais que les présidents Bush et Sarkozy tiraient chacun parti d'une image droitière quoique gouvernant de fait au centre-droit, ce de façon à bien hystériser leur opposition et la diviser entre modérés et excités. Ainsi ils asseyaient leur pouvoir.

Le fait remarquable aujourd'hui aux Etats-Unis est que ce mécanisme s'est retourné contre la droite : les tea parties, un mouvement à cheval entre libertarianisme et populisme, se renforcent avec un discours très hostile à Obama mais au détriment essentiellement à mon avis des Républicains.

Ainsi il y a quelques années la gauche était divisée entre progressistes intransigeants anti-bush et modérés critiques de Bush, ceux-ci craignant l'extrémisme de ceux-là. Aujourd'hui la droite est divisée de même entre anti-establishments intransigeants anti-obama et modérés critiques d'Obama, ceux-ci craignant de même l'extrémisme de ceux-la.

L'hystérie a changé de camp. Le renversement s'est fait en deux temps.

D'abord il a fallu unifier la gauche. Comment refaire le lien entre la gauche Michael Moore et celle de l'establishment ? Réponse : en présentant un candidat qui incarne les idéaux progressistes. Ce n'est donc pas un hasard si la candidature s'est jouée entre une femme et un noir. Un tel candidat neutralisait la capacité de nuisance des gauchistes, qui ne pouvaient que céder devant la crainte d'être du mauvais côté de l'histoire et bloquer la marche en avant du progrès. Fiat Obama, un homme qui pouvait incarner un rêve gauchiste tout en étant un centriste bon teint. Combinaison parfaite.

Ensuite le camp républicain s'est divisé. Les Républicains promettent éternellement la fin du big government sans jamais y donner réellement suite au pouvoir, cela leur est aujourd'hui reproché par les tea parties.

Il y a aussi la déchéance des néoconservateurs, associés à l'establishment républicain, tenus responsables de la guerre en Irak dont on perçoit bien mal le fondement et l'utilité. Les tea parties, plus libertariens, et donc opposés à la guerre en Irak en bénéficient.

Enfin il est un mouvement général de rejet des élites et des autorités, voire un mouvement conspirationniste, qui se sait illégitime et ne souhaite pas s'exprimer tel quel. Il a besoin de se greffer à un autre discours et il a trouvé ce vecteur d'expression dans les tea parties - ce qui condamne à mon avis à terme le mouvement.

Ainsi les Républicains sont incapables de capitaliser des erreurs d'Obama et seront les perdants in fine du mouvement tea party. La règle exposée en tête d'article se vérifiera peut-être encore plus tôt que je ne l'aurais cru car il apparait que les Républicains pourraient ne pas remporter les législatives de fin d'année alors qu'il était encore prévu il y a peu qu'ils en soient les grand gagnants.

dimanche 10 octobre 2010

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas en ordre de bataille contre les banques

« Moi on ne me la fait pas ! On nous vole on nous spolie ! »

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas, c'est tout un programme. Ils ne savent pas trop de quoi ils parlent mais... mais... on ne la leur fait pas ! « Tous pourris ! »

Vous n'êtes pas d'accord avec eux ? « Naïf ! Idiot utile ! »

Déjà Paul Valéry remarquait que les nuls se prennent pour des rois détrônés : la faute au système qui ne les estime pas à leur juste valeur !

La Société Générale perd cinq milliards ? Nos amis se sentent détroussés.

La même gagne son procès ? Cela prouve que le système est pourri.

Le fisc rembourse à la banque les impôts qu'elle a payé sur des bénéfices volatilisés ? « Au voleur ! »

Ah si on leur donne le pouvoir, ils couperont quelques têtes et restaureront la république, la vertu et la justice... Car pour les monmlfp la politique se résume au combat des gentils contrariés contre les pourrivendus forcément coalisés. Ils sont d'ailleurs toujours du côté du vent, soutenant une proposition puis une autre, généralement incapables de comprendre que le bien peut contredire le bien et que la politique est un art du moindre mal.

Ainsi il ne fait pas de doute que nos amis qui vilipendent la décision de justice faisant triompher les intérêts de la société générale seraient les premiers à réclamer l'indépendance de la justice tout en étant les premiers à hurler contre les conséquences pratiques telle que la présente décision.

Et les monmlfp vont, de courriers des lecteurs en tribunes, partout gémissant, toujours conspuant, étaler leur ignorance et leur bêtise.

Si on ne peut se réjouir des malheurs du trader, comment rester triste devant la réaction du vulgum pecus à cette affaire ?

Alors où trouve-t-on les plus belles concentrations de monmlfp ? Réponse : dans les courriers des lecteurs et plus particulièrement chez lemonde.fr, qui a sa rubrique dédiée aux réactions (je ne parlerais même pas de la presse nationale-socialiste). Ah s'il n'y avait qu'une rubrique à lire dans les journaux, je prendrais le courrier des lecteurs. Manifestement pas mal de monde y trouve la sensation d'exister enfin un tout petit peu en énonçant son petit avis indigent. (bon c'est vrai pour tout internet)

Quel merveilleux sottisier : on y apprend que la décision condamnant Kerviel à réparer l'intégralité du préjudice de la Société Générale est de la justice religieuse, ou alors aux ordres du pouvoir, que c'est une condamnation perpétuelle, que la collectivité qui paye etc.

Mais c'est là l'illusion que procure internet : nous faire croire que nous sommes intelligents quand ce sont seulement les autres qui sont idiots.

Soyons donc modeste et réfutons rationnellement quelques-unes des accusations les plus communes. Expliquons.

Non, les 4,9 milliards ne sont pas une peine. C'est la réparation du préjudice causé par le trader à la Société Générale. La juridiction a imputé la pleine responsabilité du préjudice au trader et l'a condamné à réparer celui-ci.

Ainsi la Société Générale est blanchie. Quand bien même elle aurait pu commettre quelque négligence, son trader a commis des infractions au caractère intentionnel à l'origine du préjudice. Et parce qu'il s'agit d'infractions intentionnelles, les négligences éventuelles de la banque n'entrent pas dans le calcul.

Voici le passage décisif de la décision. Pour le tribunal, « Attendu qu’il ressort néanmoins des débats et des pièces de la procédure que la Société Générale a été victime du fait volontaire de Jérôme KERVIEL, constitutif des infractions d’abus de confiance, de faux et d’usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé de données, dont il s’est rendu coupable ; que les négligences imputables à la partie civile ne sauraient être prises en compte dans la détermination de l’étendue de ses droits à indemnisation résultant de la commission d’infractions volontaires ; qu’en effet, Jérôme KERVIEL a été l’unique concepteur, initiateur et réalisateur du système de fraude ayant provoqué les dommages causés à la partie civile ; qu’il s’ensuit que la Société Générale est en droit d’obtenir la réparation de l’intégralité du préjudice financier qui en découle ; »

Le jugement a aussi le mérite de montrer un nouvel échec de la stratégie de rupture. Jouer la carte de l'opinion publique se révèle in fine un aveu de faiblesse. On pourra se reporter à cet article pour se renseigner sur les stratégies de rupture.

L'avocat de Jérôme Kerviel semble pourtant s'engager davantage dans la rupture en affirmant que la banque aurait perçu 1,7 milliard du fisc, ce que les monmlfp ont immédiatement compris comme une offrande de l'Etat au temple spéculatif quand il ne s'agit que de la restitution d'impôts dont la cause du versement a disparu : les bénéfices disparaissent et donc de même les impôts correspondants. Seuls de beaux sophismes bien démagogiques permettent de dire que c'est l'argent des français qui paie les erreurs de la finance.

Trop compliqués pour les monmlfp ? Il y a sans doute de ça. Et plus difficile encore : l'incapacité à entrer une conclusion déplaisante dans un petit système avec de petites cases ; voire l'impossibilité d'entrer une nouvelle conclusion dans un système ou les conclusions se confondent avec les postulats, et les arguments ne sont que de vilaines rationalisations des idées reçues et de la mise en accusation des usual suspects.

Car la culpabilité des banques n'est pas seulement l'aboutissement du raisonnement des monmlfp, c'est encore le point de départ.

Et peu importe le raisonnement, leur vérité c'est que la finance vole les braves citoyens, que la banque savait forcément ce que son trader faisait, et puis une décision de justice c'est trop compliqué à lire, et puis le système est vendu. Et puis à quoi bon les arguments car à eux... on ne la fait pas.

dimanche 4 juillet 2010

Pourquoi les jeunes ne trouvent pas de boulot ?

Pourquoi les jeunes ne trouvent pas de boulot ?
Où il sera montré que Nicolas Sarkozy n'y est pas pour rien (pour augmenter mon tirage comme tous les journaux ?)


Deux raisons à la question en titre :

1) L'incompréhension de l'économie par les jeunes,
2) L'incompréhension de l'économie par les vieux.

Et je ne parle pas de la discipline de sciences sociales mais des interactions humaines d'échange et du circuit de production.

Commençons.

1) Les jeunes ne comprennent rien à l'économie

Loin de moi l'idée de jouer dans la démagogie anti éducation nationale pourtant le problème réside en partie dans notre système éducatif.

Aussi bien le contenu de l'enseignement que le mode d'enseignement ont des effets pervers.

Contenu - Le contenu de l'enseignement, abstrait, est très largement inutile à la vie professionnelle future. Il serait curieux de connaitre quelle part des travailleurs se sert de ses connaissances acquises à l'école pour son activité professionnelle ? Certainement une part faible.

Il n'est pas inutile d'apprendre l'histoire, le latin, la bio et la chimie. Mais ces enseignements n'ont pas de finalité pratique. Et du fait de leur nombre, ils prennent la place d'enseignement plus manuels. (un effet d'éviction)

Il est vrai que les élèves, fidèles à l'air du temps, ont peu d'estime pour les enseignements manuels.

Il est vrai surtout que la finalité réelle du contenu de l'enseignement n'est pas d'enseigner mais de sélectionner. Faut-il être satisfait de cette hypocrisie ?

Ainsi le système éducation nous apparait déjà séparé du système de production, ce qui me permet de venir à la seconde partie du problème, et la plus importante : le mode d'enseignement.

Mode d'enseignement - Après toutes ces années sur les bancs de l'école, l'élève en a assimilé la logique. En revanche il ne connait pas celle du monde du travail. Or les deux mondes obéissent à des règles très différentes.

A l'école il est demandé à l'élève d'être obéissant (y compris et même surtout dans les matières où l'on prétend faire exprimer de l'esprit critique). L'obéissance et donc les bonnes notes ouvrent toutes les portes. Dans le système scolaire vous êtes libre de vous orienter comme vous le souhaitez sous réserve d'avoir les notes qui le permettent. Et pour avoir ces notes, il faut bêcher. C'est la même logique que l'argent de poche. Il faut savoir doser entre réclamer et être sage.

Dans le monde du travail, l'obéissance est requise mais ce qui est demandé avant tout c'est d'être utile, productif. Il faut rapporter de l'argent, au moins pour couvrir son propre coût.

Mais l'étudiant, qu'il fasse des petits boulots ou pas, me semble rester prisonnier de la logique de l'école : il se croit en droit de choisir comme il le souhaite sa voie professionnelle en la payant de son effort.

Or il n'en est rien. Le travailleur en devenir n'entre plus dans une école mais sur le marché du travail. Il ne peut choisir ce qu'il veut mais ce que le marché offre. Le marché propose à peu près tout, mais pas aux même prix, le prix étant fonction de l'offre et de la demande et donc de l'utilité sociale de l'emploi requis et de la rareté des talents nécessaires.

En d'autres termes, à l'école on est au service de soi-même, dans le monde du travail on est au service d'autrui, ce car la contre-partie de la rémunération est le trravail effectué, le service rendu.

Le manque d'intégration entre le système éducatif et le système de production a ainsi pour conséquence de nourrir des illusions. Le monde du travail est fait d'emplois qui doivent satisfaire à la fois les producteurs et les consommateurs.

Croire que la société devrait fournir à chacun l'emploi qu'il souhaite est illusoire et égoïste. C'est en ce sens - et seulement en ce sens - que Thatche avait dit there is no such thing as society.


L'étanchéité entre circuis de l'éducation et de la production a aussi pour effet pervers de favoriser l'atomisation de l'individu. Cette atomisation se manifeste de plusieurs manières. D'une part, comme indiqué auparavant, il nourrit la croyance que l'individu choisit la voie qui lui chaut sans tenir compte de ce que la société demande.

D'autre part c'est le travail qui intègre le mieux dans la vie. A ce sujet, mentionnons la parfaite véracité d'une formule que les Nazis ont malheureusement corrompue : arbeit macht frei. Par cynisme ou pour tromper leurs victimes, les nazis plaçaient cette formule à l'entrée de leurs camps d'extermination. Néanmoins cette formule leur est largement antérieure et témoigne à mon avis d'une profonde vérité.


Un dernier mot sur l'artificialité du processus scolaire. Il est remarquable que les connaissances acquises à l'école sont en réalité très rapidement oublié. Preuve en est l'orthographe de tous ces élèves qui oublient sitôt quitté l'école ce qui leur a été enseigné pour se soumettre aux conventions des groupes qu'ils suivent.

Il faut se débarrasser de cette idée d'une école qui servirait de cocon où l'on enseignerait de façon neutre des connaissances à des esprits vierges.

Comment y remédier ?

Il m'arrive de penser qu'une solution pourrait consister en la mise en place d'une sorte de bourse des métiers dont les prix seraient communiqués aux élèves. Autrement dit, les élèves connaitraient les revenus de chaque emploi et pourraient se décider en fonction de ses prix, quitte à choisir être mal payé mais faire ce que l'on souhaite.

Mais une telle solution générerait vraisemblablement l'envie et la haine sociale.

Je me contenterai donc de conseiller l'intégration entre les systèmes d'éducation et de travail histoire de dissiper au plus tôt de tragiques malentendus.


2) Les vieux ne comprennent rien non plus à l'économie

Ceci est une hypothèse optimiste car pour expliquer leur comportement il y a une alternative :

- Les vieux ne comprennent rien non plus à l'économie,
- Ils sont malveillants et empêchent délibérément les jeunes d'avoir un travail.

La rigidité à l'entrée du marché du travail
On connait la chanson, le pendant des systèmes de protection sociale est l'accroissement du coût du travail et in fine le chômage

Puisqu'il n'est pas possible de renvoyer sans risquer de lourdes pénalités financières, on embauche moins.


Des arguments simples et rationnels mais pas compris par grand monde. C'est la théorie des insiders/outsiders. La nouvelle summa divisio du monde du travail, c'est celle qui sépare ceux qui ont un travail et sont protégés par le système, contre ceux qui n'ont pas de travail et sont en grande insécurité et doivent accepter divers types d'emplois précaires pour assurer les privilèges de la première catégorie.

Le cas du système de retraite par répartition (d'origine pétainiste d'ailleurs) est éloquent : non seulement il fait peser des charges toujours croissantes sur les travailleurs et donc augmente le coût du travail et in fine contrarie l'embauche des jeunes, mais en plus il consiste en un transfert de richesse des jeunes vers les vieux. Doublement antisocial.


La négation des différences de productivité

Les jeunes sont moins productifs en ce sens qu'ils ne sont pas formés et ne connaissent pas les routines et génèrent logiquement moins de production. Il faut ajouter à cela qu'on perd à court terme la productivité de leurs formateurs.


Cela est plus vrai dans les domaines de haute spécialisation.


En outre l'employeur prend un risque en embauchant une nouvelle personne car celle-ci peut se révéler incompétente et représenter un poids mort pour l'entreprise.


Le nouveau travailleur produit moins or c'est la production qui une fois vendue procure les revenus à l'entreprise et paie les salaires. En conséquence de quoi il est illusoire de croire que le nouvel entrant devrait être payé comme tous les autres salariés. Le nier c'est empêcher les jeunes d'obtenir du travail.


Dominique de Villepin, lorsqu'il était premier ministre, a institué brièvement le contrat première embauche (CPE) qui facilitait la rupture entre l'employeur et un jeune embauché en CPE. Interprété comme la précarisation du travail des jeunes, une telle mesure visait au contraire à faciliter l'intégration des jeunes dans le monde du travail.

De nombreux jeunes ont défilé et obtenu le retrait du CPE. Deux conséquences : ils ont supprimé un outil qui était fait dans leur intérêt, et ils ont pavé la voie de la victoire de Nicolas Sarkozy en éliminant au bon moment son principal rival à droite. Amusant, non ?


Au final la précarisation s'accroit. Elle n'est que la conséquence inéluctable d'une jeunesse qui se dirige vers des emplois que la société ne demande pas et un coût du travail trop élevé.


Emergent tout un tas d'emplois précaires. Le plus grand succès est celui du stage : il offre à l'employeur un travailleur peu qualifié, peu payé, corvéable et sans pérennité, il offre au stagiaire une vague formation et le droit d'inscrire une ligne de CV qui le rapproche du Saint-Graal : le CDI... Le stage permet surtout de court-circuiter toute la législation de protection des travailleurs.


Qui serre trop mal étreint. La protection des travailleurs se retourne contre les plus faibles d'entre eux.


En conclusion : que faire ?

Enseigner mieux l'économie ? Laissons tomber.

Il y a deux choses à faire : 1/ intégrer l'éducation et la formation professionnelle, 2/ assouplir la législation du travail.

mercredi 30 décembre 2009

Of Self-love

Il ne s'agit pas de parler ici d'un wikipédien au pseudonyme prétentieux mais d'une notion mystérieuse de libéralisme économique.

Nous connaissons la fameuse citation d'Adam Smith.

L'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et s'il leur persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque; le sens de sa proposition est ceci : Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même; et la plus grande partie de ces bons offices qui nous sont si nécessaires, s'obtient de cette façon. Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur ''self-love''; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage.
Smith, la Richesse des Nations, chapitre II, Du principe qui donne lieu à la division du travail.

Cette citation est extrêmement célèbre. Remarquez que j'ai laissé le mot "self-love" non traduit. Généralement le mot est rendu par "égoïsme". Regrettable.

L'égoïsme est un vice exclusif du bien d'autrui tandis que le self-love est plus estimable, consistant en la recherche de son bien, sans exclure aucunement celui d'autrui. Un certain nombre de contre-sens part de là... La main invisible semble également poser beaucoup de problème (mais ce n'est qu'une métaphore).

Qu'est-ce que le self-love. Cette citation de Hume (encore un Ecossais) montre clairement qu'il n'est pas l'égoïsme :
I esteem the man whose self-love, by whatever means, is so directed as to give him a concern for others, and render him serviceable to society: as I hate or despise him, who has no regard to any thing beyond his own gratifications and enjoyments.
Hume, An Enquiry Concerning the Principles of Morals, appendice II : Of Self-Love

Et oui. L'explication de la société partant d'hommes égoïstes, soumis aux passions -si ce n'est aux vices- c'est en fait Mandeville et pas Smith. Pour la tradition libérale, l'homme cherche à réaliser son intérêt, qui correspond à un bien pour soi-même, mais sans que cet intérêt soit forcément égoïste. L'altruisme, l'humanité, la sympathie sont des passions humaines naturelles. La bonne action fait partie du self-love. La réalisation d'actions en apparence désintéressées est conforme à la recherche de l'intérêt personnel.

Hayek préfère parler de satisfaction de fins plutôt que de recherche de l'intérêt, incluant plus naturellement les fins désintéressées. Je préfère sa formalisation.

dimanche 1 novembre 2009

Astérix et l'économie

Je signale un excellent article sur le blog Voxthunae : Anniversaire d’Astérix (2) : Obélix et Compagnie ou Goscinny vs Keynes. Une lecture économique convaincante d'Obélix et Compagnie qui ne tombe pas dans le piège du wishful thinking.

Et un autre Anniversaire d’Astérix (1) : Introduction et relecture du Domaine des dieux.

Écrits par un ancien participant de wikipédia que certains reconnaitront.

dimanche 26 octobre 2008

L'Etat, problème ou solution : II) Refuser les solutions totales

Ce deuxième billet est celui qui m'intéresse le moins sur les trois que j'ai prévus, du coup ça traine :)

L'Etat, problème ou solution ? Dans le premier billet, nous nuancions les responsabilités dans le cas particulier de la crise des subprimes, nous nous penchons maintenant sur l'étrange alternative que Reagan nous propose. Celle-ci ne nous propose que des solutions totales et en cela elle s'inscrit mal dans la tradition libérale.

Prenons Milton Friedman. Il a mis en lumière les erreurs de la Fed lors de la crise de 29 mais quand il parle du New Deal, on peut constater qu'il distingue entre les politiques de réforme étatiste, qu'il critique, et le soutien aux travailleurs en difficulté, qu'il approuve (cf cet entretien).

Ainsi l'Etat est, comme à l'occasion de la crise des subprimes, partie du problème et opportunité de solution. Surtout, il convient d'éviter les solutions totales et de veiller à confronter son système à l'épreuve des faits, l'idéologie ne doit pas l'emporter.

Un homme l'a bien compris : Alan Greenspan dont les journaux nous rapportent qu'il aurait abjuré la foi ultralibérale (Il y a beaucoup de schadenfreude dans toute cette crise). Alan Greenspan nous dit qu'il a trouvé une faille dans son idéologie, mais il n'emploie pas idéologie dans le sens commun d'ensemble de croyances devant lesquelles tous les faits doivent s'agenouiller mais au contraire comme notre conception du monde que nous améliorons sans cesse en la confrontant avec la réalité.

Il faut lire les réponses - en vo- de Greenspan au représentant Henry Waxman lors de son audition devant le congrès (ci-jointes les transcriptions). Celui-ci est corrigé par celui-là : vous avez trouvé une faille dans la réalité ? Dans le modèle, reprend Greenspan. Loin de la caricature d'un fanatique, Greenspan nous rappelle l'humilité qui doit nous guider dans la recherche de la vérité, et la primauté des faits sur les systèmes qui leur donnent un sens. Même si Greenspan a péché, maintenant des taux d'intérêt bas peu orthodoxes, sa réaction est honorable (et j'apprécie peu la chasse au bouc-émissaire).

Malheureusement la caricature se substitue au message (lire sur ce sujet) et l'humilité de Greenspan s'efface derrière les interprétations superficielles.

Le message est que, faillibles et ignorants, nous devons nous méfier des solutions totales et fonder nos raisonnements sur la raison, et être prêt à évoluer au terme d'une discussion rationnelle. Cette leçon concerne au premier plan les libertariens. La partition qu'ils doivent jouer est encore plus difficile qu'ils ne le croient. Affirmer en temps de crise financière, largement perçue comme une crise du capitalisme, que la crise n'est pas due au libéralisme mais au manque de libéralisme, ce type d'argumentation évoque immanquablement les doctrines irréfutables (donc inutiles à discuter) que les libéraux ont longtemps combattu, au premier plan desquelles le marxisme.

L'argumentation du trop d'Etat est recevable mais elle est sensible, et le libéral classique s'effraie que le libéralisme économique soit assimilé aux idées de quelque hubris libertariens. Comme dirait RH, le libéralisme est une chose trop sérieuse pour le laisser aux libertariens.

Et le libéralisme était-il une chose trop sérieuse pour la laisser à Reagan ? Il est temps de lever le lièvre : sa citation ne doit pas être prise au sérieux. Son intérêt ne réside pas dans sa proposition, pure boutade, mais dans ce dont elle témoigne : le coup politique de la jonction des mouvements conservateur et libéral, qui inaugure d'une décennie de domination politique de la droite au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

samedi 4 octobre 2008

Les raisons de la crise économique

Je remercie Free Jazz pour avoir porté à ma connaissance cette analyse de la crise, intéressante à tous points de vue. La traduction est de Hervé de Quengo.
__________

De la manipulation de la monnaie et du crédit
Les Raisons de la crise économique

(...)
II. Les changements cycliques concernant la situation économique

1. Le rôle des taux d'intérêt

Dans notre système économique les époques de prospérité alternent habituellement de manière plus ou moins régulière avec des époques de dépression. Le déclin suit l'essor économique, l'essor suit le déclin, etc. L'attention de la théorie économique a été grandement attirée, pour des raisons bien compréhensibles, par ce problème des changements cycliques des conditions économiques. Au début, plusieurs hypothèses incapables de résister à l'examen critique furent proposées. Toutefois on finit par développer une théorie des fluctuations cycliques répondant aux exigences légitimement attendues de la part d'une solution scientifique au problème. Il s'agit de la Théorie du crédit de circulation, habituellement appelée Théorie monétaire des cycles économiques. Cette théorie est généralement acceptée par les scientifiques. Toutes les mesures de politique cyclique prises au sérieux sont issues du raisonnement qui est à la base de cette théorie.

D'après la Théorie du crédit de circulation (Théorie monétaire des cycles économiques), les changements cycliques de la situation économique proviennent des tentatives de baisse artificielle des taux d'intérêt sur les prêts par l'intermédiaire de décisions de politique bancaire — expansion du crédit bancaire par le biais d'une émission ou d'une création d'instruments fiduciaires supplémentaires (c'est-à-dire de billets de banque et/ou de dépôts à vue non couverts à 100 % par de l'or). Sur un marché non perturbé par l'interférence d'une telle politique bancaire « inflationniste », les taux d'intérêt s'établissent à un niveau pour lequel tous les moyens sont disponibles pour réaliser tous les plans et toutes les initiatives qui ont été entrepris. Ces taux d'intérêt d'un marché non entravé sont connus sous le nom de taux « naturels » ou « statiques ». Si l'on respectait ces taux d'intérêt, le progrès économique se poursuivrait sans interruption — en dehors de l'influence des cataclysmes naturels ou d'actes politiques comme les guerres, les révolutions et autres phénomènes du même genre. Le fait que le développement économique suit un mouvement sinusoïdal doit être mis sur le compte de l'intervention des banques au travers de leur politique de taux d'intérêt. Chez les politiciens, dans le monde des affaires, dans la presse et au sein de l'opinion publique l'idée qui prévaut généralement est que la réduction des taux d'intérêt en dessous du niveau engendré par les conditions du marché est un objectif louable en matière de politique économique, et que la façon la plus simple de parvenir à ce but est d'accroître le crédit bancaire. Sous l'influence de cette idée, on tente sans arrêt de déclencher un essor économique en accordant des prêts supplémentaires. Certes, le résultat d'une telle expansion du crédit répond au départ aux attentes. Les affaires reprennent vie. Une amélioration notable se produit. Mais l'effet stimulant émanant de l'accroissement du crédit ne peut toutefois pas continuer éternellement. Tôt ou tard, un boom économique créé de cette manière doit s'effondrer.

Aux taux d'intérêt qui s'établissaient sur le marché, avant toute intervention des banques par l'intermédiaire de la création d'un crédit de circulation supplémentaire, les seules entreprises et affaires qui paraissaient rentables étaient celles pour lesquelles les facteurs de production étaient disponibles dans l'économie. Quand les taux d'intérêt baissent suite à l'expansion du crédit, certaines affaires qui ne semblaient pas rentables auparavant donnent l'impression de l'être. C'est précisément le fait que de telles affaires soient entreprises qui déclenche l'essor. Mais l'économie n'est pas suffisamment riche pour elles. Les ressources dont elles ont besoin pour être achevées ne sont pas disponibles : elles doivent être retirées à d'autres entreprises. Si les moyens avaient été disponibles l'accroissement du crédit n'aurait pas été nécessaire pour rendre possibles les nouveaux projets.

2. Les conséquences de l'expansion du crédit

L'expansion du crédit ne peut pas augmenter la quantité de biens réels. Elle ne conduit qu'à un réarrangement. Elle détourne les investissements en capital du cours prescrit par la situation de la richesse économique et des conditions du marché. A cause d'elle la production suit des voies qu'elle n'aurait empruntées que si l'économie avait connu un accroissement du nombre des biens matériels. Il en résulte que l'essor ne repose pas sur une base solide. Il ne s'agit pas d'une prospérité réelle. C'est une prospérité illusoire. Elle ne s'est pas développée à la suite d'une augmentation de la richesse économique. Elle est née au contraire parce que l'expansion du crédit a créé l'illusion d'un tel accroissement. Tôt ou tard il doit apparaître que cette situation économique est construite sur du sable.

Tôt ou tard l'accroissement du crédit, par la création d'instruments fiduciaires supplémentaires, doit s'arrêter. Même si les banques le voulaient elles ne pourraient pas continuer cette politique indéfiniment, même si elles étaient obligées de le faire par une forte pression extérieure. L'augmentation constante de la quantité d'instruments fiduciaires aboutit à la hausse constante des prix. L'inflation ne peut continuer que tant que persiste l'opinion qu'elle s'arrêtera dans un avenir prévisible. Mais si la conviction que l'inflation ne s'arrêtera pas s'empare des esprits, le public tient compte à l'avance des hausses de prix anticipées. En conséquence les prix s'emballent par à-coups, sans qu'il y ait de limites. Les gens se détournent de l'usage de la monnaie, qui est mis en danger par l'accroissement des instruments fiduciaires. Ils « fuient » vers les devises étrangères, vers les lingots métalliques, les « valeurs réelles », le troc. Bref la monnaie s'effondre.

La politique d'expansion du crédit est habituellement abandonnée bien avant que ce point critique ne soit atteint. Elle est interrompue en raison de la situation qui se développe concernant les relations commerciales internationales et aussi, en particulier, en raison de l'expérience des crises précédentes, qui ont fréquemment aboutit à des limitations légales du droit des banques centrales d'émettre des billets et de créer du crédit. En tout cas la politique d'accroissement du crédit doit prendre fin, si ce n'est suffisamment vite suite à une volte-face des banques, alors plus tard dans un effondrement catastrophique. Plus vite elle est arrêtée, moins il y aura de dommages consécutifs au fourvoiement de l'activité entrepreneuriale, plus la crise sera douce et plus la période de stagnation économique et de dépression générale sera courte.

L'apparition de crises économiques revenant périodiquement est la conséquence nécessaire des tentatives continuellement répétées visant à faire baisser les taux d'intérêt « naturels » du marché au moyen de la politique bancaire. Les crises ne disparaîtront pas tant que les hommes n'auront pas appris à éviter de tels « amorçages de la pompe », parce qu'un boom stimulé de manière artificielle doit inévitablement conduire a une crise et à la dépression.


III. La crise actuelle

La crise dont nous souffrons aujourd'hui est également le résultat d'une expansion du crédit. La crise actuelle est la conséquence inévitable d'un boom. Une telle crise suit nécessairement tout boom suscité par la tentative de réduire le « taux d'intérêt naturel » par l'accroissement des instruments fiduciaires. Mais la crise actuelle diffère sur certains points essentiels des crises précédentes, tout comme le boom l'ayant précédée différait des essors économiques précédents.

La période de boom la plus récente n'a pas entièrement pris fin, au moins en Europe. Certains pays et certaines branches de la production n'ont pas été touchés de façon très importante par l'embellie qui, dans de nombreux pays, fut assez agitée. Un peu de la dépression précédente continuait, y compris pendant l'embellie. Pour cette raison — en accord avec notre théorie et sur la base de l'expérience passée — on aurait pu s'attendre cette fois à ce que la crise soit plus douce. Mais elle est à coup sûr bien plus sévère que les crises précédentes et il apparaît peu probable que la situation économique s'améliore de sitôt.

L'absence de rentabilité de nombreuses branches de la production et le chômage d'une proportion importante de travailleurs ne peuvent évidemment pas être dus au seul ralentissement des affaires. Cette absence de rentabilité et ce chômage sont tous deux accentués en ce moment par la dépression généralisée. Mais ils sont devenus, en cette période d'après-guerre, un phénomène durable qui ne disparaît pas complètement y compris lors de l'essor économique. Nous sommes confrontés ici à un nouveau problème que la théorie des changements cycliques ne peut pas résoudre à elle seule.


Ludwig von Mises (1931) - La Crise économique — Discours prononcé le 28 février 1931 (surlignez pour lire le nom de l'auteur)

Pris du site de Hervé de Quengo, qui propose gratuitement ses nombreuses traductions professionnelles de notre auteur.

mercredi 1 octobre 2008

L'Etat, problème ou solution : I) la crise des subprimes

Tout le monde connait la fameuse boutade de Reagan : l'Etat n'est pas la solution, il est le problème. Je ferai une suite d'article sur le thème. Premier épisode : la crise des subprimes vient-elle apporter un démenti au raccourci de Reagan ?

Les subprimes sont des prêts de deuxième classe, faits à des personnes trop pauvres pour bénéficier d'un crédit normal ou ayant connu des accidents de paiement dans le passé. Ce sont donc des prêts à risques, contractés en échange d'une prime plus élevée que les contrats normaux, le plus souvent sans apport. Les subprimes ont donc permis à de nombreux pauvres d'acquérir une maison mais les conditions ne sont pas particulièrement saines puisque le taux réel de remboursement ne se met en place qu'au bout de quelques années même si bien évidemment on ne saurait expliquer le succès des subprime comme étant une grande arnaque : la vérité est que chacun veut devenir propriétaire, et envie la plus grande maison de son voisin.

Le caractère social de ces prêts a conduit le gouvernement à inciter voire à contraindre les établissements de crédit a ouvrir les vannes, notamment à travers le CRA (Community Reinvestment Act).

L'accès facilité du crédit aux pauvres résulte, on le voit, de deux forces que sont l'appât du gain des sociétés financières et la législation sociale des USA. Le mécanisme a longtemps fonctionné et permis à de nombreux ménagère de devenir propriétaire. Il a cependant créé une inflation immobilière (le prix de l'immobilier monte avec la demande) et reposait sur une politiques de taux d'intérêts bas, les prêts subprimes étant généralement indexés directement ou indirectement sur les taux de la réserve fédérale. La valeur des maisons s'appréciant avec la bulle dont elle était à l'origine, la défaillance d'un emprunteur était couverte par la revente de la maison que l'emprunt avait servi à acheter.

Lorsque la Fed a finalement remonté ses taux, conformément aux prescriptions libérales faut-il noter, la bulle a commencé à se dégonfler. Les échéances de remboursement ont couté plus cher. Davantage d'emprunteurs n'ont pu honorer leur dette, de plus en plus de maisons ont été revendues et le prix de l'immobilier a commencé à baisser. S'ensuit une spirale infernale : le plus les débiteurs sont défaillants, le plus de maisons sont revendues pour couvrir les dettes, le plus le marché descend, le plus la valeur des maisons achetées décroit. Suit la crise des subprimes, les investisseurs perdent fois dans les subprimes titrisées et réclament les sous étatiques. Les bourses descendent et espèrent le vote du plan Paulson qui prévoit d'impliquer la somme pharaonique de 700 milliards de dollars.

A qui la faute ?

Pour le sénateur socialiste Henri Weber dans Le Monde (Tsunami financier : la réplique idéologique, 01/10/08), la cause est entendue : c'est la faute du libéralisme. Comment pourrait-il en être autrement, la crise n'avait pas commencée qu'elle allait être la faute du libéralisme. C'est la France : 100% des gens sont contre la pensée unique qui est toujours celle des autres, il faut faire avec. Pour Henri Weber : "Les libéraux apparaissent pour ce qu'ils sont : des idéologues qui stigmatisent l'intervention de l'Etat en période de vaches grasses, mais qui exigent au contraire son secours massif dès que se lèvent les tempêtes que leurs politiques ont contribué à déclencher." Ce texte nous montre que les libéraux sont définis par leurs adversaires non comme les partisans d'une doctrine (de laquelle ses détracteurs veulent par-dessus tout ne rien comprendre), mais comme ceux qui tireraient les ficelles du système capitaliste mondial, à leur profit. Et peu importe que les libéraux critiquent le plan Paulson et que les Représentants républicains le rejettent aux 2/3.

Reprenons. Quelle est la faute pour commencer : elle est triste à écrire, la faute c'est d'avoir trop prêté, notamment aux pauvres. On dénonce l'appat du gain des financiers, encore faut-il bien réaliser que la contrepartie de l'appat du gain était de prêter aux pauvres. Comment sortir les pauvres de la pauvreté quand l'accès au crédit leur est généralement empêché par les lois sensés les protéger ?
Le crédit a un coût, prêter à une population pauvre c'est prendre un risque, qui doit être rémunéré. En interdisant cette rémunération, on interdit le prêt aux pauvres. La fermeture du crédit est pauvre est un effet pervers de l'interdiction de l'usure. C'est la leçon paradoxale que nous rappelle Muhammad Yunus, banquier et prix Nobel de la paix 2006, qui nous conseille d'abolir nos législations soi-disant protectrices (dans une émission télé dont je ne retrouve plus les références).

Il n'y avait donc pas pêché à prêter aux pauvres mais il y a bien une crise. A qui peut-on imputer la faute : aux établissements de crédit mais aussi à l'Etat dont on a indiqué dans les lignes ci-dessus la responsabilité à deux titres : législations sociales poussant les banques à prêter à des personnes risquant la défaillance, et politique de taux d'intérêt bas qui multiplie le crédit et entraîne la bulle immobilière.

Il faut encore retenir la responsabilité de l'Etat à un autre égard : le too big to fail cad trop gros pour faillir. Ce principe signifie qu'une entreprise, à partir d'une taille critique devient invulnérable car le coût social de son effondrement serait tel que l'Etat va intervenir pour la soutenir. Une entreprise en difficulté dispose donc d'une alternative : se réformer, ce qui est difficile, ou grossir au maximum, voie dans laquelle il suffit de se laisser aller. En d'autres termes, la responsabilité ou l'irresponsabilité. Si l'Etat soutient l'irresponsable, la responsabilité perd tout intérêt c'est pourquoi l'Etat doit refuser de sanctionner le vice d'une entreprise qui cherche à devenir trop grosse pour bénéficier d'une aide privilégiée. Malheureusement cela fait des années que l'Etat américain a montré des signes de faiblesse. Il faut donc saluer le refus de sauver Lehman Brothers même si on savait que ce n'était qu'un avertissement sans lendemain puisqu'il fallait faire peur avant que les très gros poissons se manifestent ce qui fut très rapidement le cas avec AIG.

Au final, les financiers demandent des fonds publics : l'Etat est la solution. Mais il est aussi le problème...