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lundi 20 décembre 2010

Google Books Ngram viewer, un nouvel outil

Google propose un nouvel outil appréciable : Google Books Ngram viewer.

Le programme utilise la base de donnée de tous ces livres numérisés par google pour vous permettre de connaitre la fréquence d'occurrence d'un ou plusieurs mots dans l'ensemble des livres à travers les siècles. Les recherches se font par langue d'édition. La langue de Molière est présente.

Vous pouvez comparer sur un même graphe plusieurs mots pour comparer leurs fortunes respectives. Il faudra faire abstraction le cas échéant du parasitage des homonymes.

La présentation par google du programme se trouve sur cette page.

Quelques applications :

Le rugby perd contre le foot vers 1980 : la preuve

Les présidents de la Ve : ici. On note l'étonnante popularité de Mitterrand et l'apparition d'une rupture de classe politique avec Sarkozy.

Darwin supplante Lamarck en France en 1860 cf ici. Bizarrement cela semble plus tardif au Royaume-Uni (il faut pondérer avec les homonymes sur ce tableau) cf ici.

Un peu d'amour de la sagesse : .

Un politique, peut-être plus intéressant qu'il n'y parait : ici.

De l'économie politique : ici. Le Français sait résister à la pensée unique avec pugnacité.

mercredi 20 octobre 2010

Le renversement de l'hystérie aux Etats-Unis

Rappelons avant tout que dans un système bipartisan, l'allié objectif du parti de gouvernement d'un bord est le parti de contestation de l'autre bord. Je ne reviendrais pas ici sur les différentes illustrations de cette règle.

Il y a deux ans j'écrivais un article pour expliquer comment la droite battait la gauche.

En résumé de mon article d'alors, j'exposais que les présidents Bush et Sarkozy tiraient chacun parti d'une image droitière quoique gouvernant de fait au centre-droit, ce de façon à bien hystériser leur opposition et la diviser entre modérés et excités. Ainsi ils asseyaient leur pouvoir.

Le fait remarquable aujourd'hui aux Etats-Unis est que ce mécanisme s'est retourné contre la droite : les tea parties, un mouvement à cheval entre libertarianisme et populisme, se renforcent avec un discours très hostile à Obama mais au détriment essentiellement à mon avis des Républicains.

Ainsi il y a quelques années la gauche était divisée entre progressistes intransigeants anti-bush et modérés critiques de Bush, ceux-ci craignant l'extrémisme de ceux-là. Aujourd'hui la droite est divisée de même entre anti-establishments intransigeants anti-obama et modérés critiques d'Obama, ceux-ci craignant de même l'extrémisme de ceux-la.

L'hystérie a changé de camp. Le renversement s'est fait en deux temps.

D'abord il a fallu unifier la gauche. Comment refaire le lien entre la gauche Michael Moore et celle de l'establishment ? Réponse : en présentant un candidat qui incarne les idéaux progressistes. Ce n'est donc pas un hasard si la candidature s'est jouée entre une femme et un noir. Un tel candidat neutralisait la capacité de nuisance des gauchistes, qui ne pouvaient que céder devant la crainte d'être du mauvais côté de l'histoire et bloquer la marche en avant du progrès. Fiat Obama, un homme qui pouvait incarner un rêve gauchiste tout en étant un centriste bon teint. Combinaison parfaite.

Ensuite le camp républicain s'est divisé. Les Républicains promettent éternellement la fin du big government sans jamais y donner réellement suite au pouvoir, cela leur est aujourd'hui reproché par les tea parties.

Il y a aussi la déchéance des néoconservateurs, associés à l'establishment républicain, tenus responsables de la guerre en Irak dont on perçoit bien mal le fondement et l'utilité. Les tea parties, plus libertariens, et donc opposés à la guerre en Irak en bénéficient.

Enfin il est un mouvement général de rejet des élites et des autorités, voire un mouvement conspirationniste, qui se sait illégitime et ne souhaite pas s'exprimer tel quel. Il a besoin de se greffer à un autre discours et il a trouvé ce vecteur d'expression dans les tea parties - ce qui condamne à mon avis à terme le mouvement.

Ainsi les Républicains sont incapables de capitaliser des erreurs d'Obama et seront les perdants in fine du mouvement tea party. La règle exposée en tête d'article se vérifiera peut-être encore plus tôt que je ne l'aurais cru car il apparait que les Républicains pourraient ne pas remporter les législatives de fin d'année alors qu'il était encore prévu il y a peu qu'ils en soient les grand gagnants.

dimanche 7 février 2010

Deux trouble-fêtes : Henry Kissinger, Milton Friedman

Avant d’être les têtes de turc des contestataires systématiques, Henry Kissinger et Milton Friedman sont deux maîtres aux destins curieusement semblables. Habituellement présentés comme deux hommes du Système, il sera démontré ici qu'il n'en est rien et que tout au contraire, ces deux trouble-fêtes ont, chacun dans leur domaine, détrôné la sagesse conventionnelle et empêché l'expression des tendances lourdes des Etats-Unis.

Immigré et fils d’immigrés juifs, partis de peu, parvenus à l’excellence, grands maîtres de leurs disciplines, conseillers du prince, admirés de leur pairs, ils ont combattu chacun de leur côté les idées acquises de leur temps, se sont levés contre des tendances que l’on pouvait croire définitives : le keynésianisme en économie pour l’un, l’idéalisme en relations internationales pour l’autre. Un temps ils sont parvenus à renverser le courant, à contrecarrer d’un côté le phénomène de l’extension de l’Etat et le penchant des économistes à justifier son interventionnisme, de l’autre côté l’idéalisme des pays occidentaux. Ces victoires ne devaient pas durer car les idées qu'ils contrariaient avaient de profondes racines et les démonstrations qu'ils opposaient devaient s'effacer avec eux.

L’un fut récompensé d’un prix Nobel d’économie (1976), l’autre de la paix (1973). Certes un de ces deux prix est politique (mais ce n’est pas celui qu’on croit).

Aucun des deux ne s’intéressait à la discipline de l’autre.

Milton Friedman n’a jamais rien écrit sur la diplomatie à ma connaissance, ni prescrit une doctrine de politique étrangère.

Quant à Kissinger il présente un singulier manque de sensibilité aux idées économiques. Malgré ses grandes qualités on est porté à constater chez lui la fameuse inculture du spécialiste qui sort de son domaine. Dans une rare excursion en économie, dans ses Mémoires, il se dit convaincu par Pompidou du caractère catastrophique qu’aurait la libération des taux de change... Pour l'anecdote, il avait besoin de soutien en math quand il était jeune.

Les deux furent conseillers du même prince, Richard Nixon, mais avec une différence d’influence patente : Kissinger en était l'âme damnée ; Friedman, dont les idées n’avaient pas encore triomphées, était au contraire souvent frustré par la conduite de Nixon : politiques inflationnistes, contrôle des prix provisoires (par calcul démagogique en plus) . (correction : mais pas par l'anéantissement de l’étalon-or comme je l'indiquais dans une précédente version) .

Les deux opérèrent une rupture et il apparait aujourd'hui que celles-ci n'étaient pas définitives et que le cour normal des choses s'est remis en place.

I) La rupture de Milton Friedman

Le paradigme auquel Milton Friedman s'est opposé est comme chacun sait le keynésianisme. Un grand avantage de cette doctrine pour les hommes politiques est qu'elle justifie l'interventionnisme étatique dans le domaine économique. Au contraire celle de Friedman incrimine les effets pervers de l'interventionnisme.

En particulier, Friedman a critiqué les politiques fondées sur une analyse de la courbe de Phillips qui affirme que le pouvoir politique a la faculté d'arbitrer entre le chômage et l'inflation (le néokeynésien Phelps a également démontré le caractère vain et néfaste de telles politiques à long terme).

L'échec des relances keynésiennes des années 70 et l'incapacité à expliquer le phénomène de stagflation (chômage et inflation simultanément) entraine le succès des théories monétaristes de Friedman. La fête est finie : l'Etat doit moins intervenir.

Néanmoins la théorie de Friedman, qui prescrit aux politiques une certaine inaction, entre en porte-à-faux avec la vocation de la politique. Friedman est indirectement à l'origine de la mise en place de banques centrales indépendantes même s'il y était personnellement opposé car ne trouvant pas la mesure démocratique. L’Etat de son côté est porté à étendre sans cesse son champ d’action. Et là se trouvait le ferment de la défaisance de son héritage.

II) La rupture de Henry Kissinger

Comme l'a montré le célèbre épistémologue Karl Popper, un grand préjugé anime le monde occidental : la croyance en le caractère manifeste de la vérité, ce qui signifie que la vérité se tient devant nous et qu'il suffit d'écarter des obstacles pour la saisir. Pour résumer : côté pile, ce préjugé a permis notre développement scientifique, côté face : la chasse aux sorcières (d'ailleurs c'est à l'époque moderne et pas au Moyen-Âge qu'on a le plus brulé des sorcières). Ce préjugé se traduit en politique dans le progressisme qui nous incite au progrès mais a une déplorable tendance à noircir le passé et chercher des coupables.

Le progressisme occidental se manifeste de deux manières dans l'interprétation des relations internationales.

A l'extérieur des Etats-Unis : constatant l'existence du mal, l'absence de démocratie et la tyrannie, on expliquera ces phénomènes non pas par des causes endogènes mais par l'action d'une entité malintentionnée. Or les USA sont le pays le plus puissant du monde. Comme on ne prête qu'aux riches, les USA se voient imputer régulièrement tout désordre, putsch et guerre (et même les tremblements de terre). On ne compte plus les personnes qui croient qu'avoir de l'esprit critique signifie tenir les USA pour coupables sans preuve.

A l'intérieur des Etats-Unis : le progressisme s'incarnera dans la volonté d'étendre au monde leur système économique et politique soit la démocratie, le libre marché, la liberté de la presse etc. Cela se traduit par une politique étrangère idéaliste, c'est-à-dire libérale dans le vocabulaire des relations internationales.

C'est cette doctrine qui débouche sur les interventions militaires des Etats-Unis à l'étranger : l'engagement dans la guerre de 14-18 se fonde sur l'idéal du droit des peuples à disposer d'eux-même, en 39-45 c'est la lutte contre le nazisme, les engagements de la guerre froide contre le communisme.

Face à cette tendance optimiste, il existe le courant réaliste, intellectuellement brillant mais dont les prescriptions s'opposent aux tendances profondes du pays : on dénombre Kennan (auteur de la doctrine de l'endiguement, réaliste dans sa prescription, idéaliste dans son exécution), Morgenthau et bien sur Kissinger.


Quand Kissinger devient le conseiller du président Richard Nixon, le pays est déjà embourbé dans la guerre du Vietnam. Il faudra poursuivre la guerre car un retrait sans accord de paix détruirait la crédibilité des Etats-Unis auprès de ses alliés en pleine guerre froide.

Si Kissinger va pouvoir mener sa politique réaliste, c'est parce que l'idéalisme américain est par terre : l'enfoncement des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam avec ses morts, ses massacres, ses scandales fait douter les Etats-Unis. Son peuple perd foi dans l'universalisme de ses valeurs. C'est l'époque de My Lai, où l'on découvrait que l'armée américaine était une armée comme une autre, pas plus héroïque et parfois aussi dégueulasse. Comment une guerre juste pouvait-elle mener au massacre sadique d'un village ?

Cette situation est intenable pour la gauche. L'establishment démocrate alors au pouvoir se dissout soudainement, Johnson disparait et ne se représente même pas. Grande déprime. L'opinion publique commence à se retourner. C'est dans ces circonstances que Kissinger accède au pouvoir sous l'aile de Nixon puis va mener sa politique. La fête est finie : les pays étrangers ne veulent pas de notre impérialisme armé de belles intentions.

Kissinger fait en sorte de composer avec les pays non-démocratiques quand cela est dans l'intérêt du pays : ainsi du rapprochement avec la Chine que ceux qui concevaient les pays communistes comme un bloc ne pouvaient imaginer, l'idéologie passant au second plan ; ainsi aussi du relatif soutien aux dictatures sud-américaines pour empêcher l'implantation de pays soumis à moscou - une crainte qui apparait excessive avec du recul.

Une politique réaliste n'a pas seulement pour but l'élévation relative du pays, elle vise aussi l'équilibre des puissances, qui n'est pas simplement un effet de ces politiques mais bien un objectif. Elle vise encore à maintenir un ordre international dont rien ne permet de croire qu'une configuration différente serait préférable, outre le fait que son accouchement ne se ferait pas sans convulsion.

Ainsi Kissinger de remarquer que la critique du shah pour son manque de démocratie n'a débouché au final que sur un régime pire, de renvoyer la responsabilité du génocide cambodgien aux antiguerres, de souligner qu'une application rigide des grands principes est source de conflit.

Mais en repoussant la promotion de l'idéal démocratique, Kissinger nourrissait la méfiance contre son pays, soupçonné d'agir pour des motifs réactionnaires ou intéressés. Il la nourrissait de l'intérieur. Ce serait d'ailleurs un contresens de voir là un combat droite/gauche. En réalité ce devait être un idéalisme de droite qui abattrait l'héritage de Kissinger : le néoconservatisme.

III) Des ruptures temporaires

Friedman et Kissinger avaient gagné une bataille, notamment grâce à leur aura et leur personnalité mais les tendances qu’ils combattaient avaient des racines profondes : l’interventionnisme de l’Etat et l’idéalisme occidental en matière de relations internationales sont des phénomènes résilients. Les deux hommes avaient remporté un combat intellectuel mais les tendances demeuraient. Leurs idées allaient à leur tour être renversées. Le vecteur de ce renversement ne devait pas être le débat. C'étaient les passions qui devaient mener l'assaut.

Kissinger avait peu d’alliés, il était attaqué aussi bien par les colombes de la gauche que par les faucons de la droite. Ces derniers ne lui pardonnaient pas la détente, qu’ils interprétaient comme une reculade. Autrement dit, Kissinger se heurtait à l’idéalisme de la gauche et de la droite ! En attaquant Kissinger, la gauche avait le sentiment d'attaquer la droite. En réalité elle fournissait des munitions aux pires détracteurs de Kissinger, les néoconservateurs, dont la doctrine commande d'exporter par les armes s'il le faut la démocratie.

Kissinger n'étant pas défendu, il fut rapidement tenu pour acquis que ce qui lui était reproché devait être vrai. Peu important l'absence de preuve. En particulier il apparait acquis pour beaucoup de monde que le coup de 1973 contre Allende porte l'empreinte de Kissinger. En réalité son implication n'a jamais été démontrée ce malgré la très grande quantité d'archives ouvertes. (cette obsession de vouloir impliquer Kissinger révèle à mon avis le refus d'admettre que ce coup a des causes endogènes)

Au bout de quelques années les néoconservateurs prenaient le pouvoir et l'héritage de Kissinger était écarté. L'idéalisme était de retour. Décidément on ne comprend pas la politique étrangère des Etats-Unis si on ne veut pas voir qu’elle est guidée par l’idéalisme et non, comme le croient les amateurs de théorie du complot, par des intérêts matériels plus ou moins secrets. De Woodrow Wilson à George W Bush en passant par Kennedy, les Etats-Unis sont les hérauts du progressisme, du libéralisme et de la démocratie. Les Etats-Unis disposent d’une force militaire qu'ils veulent utiliser pour améliorer le monde et promouvoir leurs valeurs. C’est bien la promotion de celles-ci qu’ils recherchent et non un gain matériel quand ils s’engagent en Europe en 1917, en 1941, en créant l’ONU, en adoptant la doctrine de l’endiguement qui les oblige à intervenir n’importe où pour n’importe qui pour combattre le mal absolu du communisme, en tentant l’aventure irakienne pour liquider une dictature socialiste et espérer réformer le grand Moyen-Orient, sans comprendre la méfiance et les résistances qu’ils suscitent. Combien de fois faudra-t-il le répéter ?

Quant à Friedman, on a décidé de dire qu'il était un chaud partisan des dictatures sud-américaines et l'architecte de privatisations opérées au moyen du terrorisme d'Etat cf la thèse de l'essayiste Naomi Klein. De façon plus générale il a été tenu pour l'architecte de la configuration financière actuellement en crise.

Pour abattre Kissinger on a appelé cynisme sa doctrine. Pour abattre Friedman, on a dit de sa doctrine qu'elle était antidémocratique et vicieuse. A chaque fois on a expliqué que ces doctrines révélaient la vérité des Etats-Unis, représentaient son système, alors que précisément non elles avaient neutralisé les tendances profondes de ce pays. Ruse de l'histoire, le renversement de ces doctrines se présenta comme un ouvrage de subversion alors qu'il fut en réalité une réaction qui permettait le retour aux tendances naturelles des Etats-Unis : interventionnisme et idéalisme.

La perte d'influence des doctrines des deux hommes se constate aujourd'hui : déficits abyssaux et emprise croissante de l'Etat sur la société d'une part, guerres en Irak et en Afghanistan pour installer la démocratie d'autre part.

mardi 29 décembre 2009

Kissinger sur l'art de construire la paix

Voici un remarquable extrait de A World Restored, ouvrage de Henry Kissinger publié en 1964 consacré à la reconstruction de l'ordre européen à l'issue de l'épopée napoléonienne. Ce passage très riche s'intéresse à l'art de reconstruire la paix : autolimitation, rejet du vain désir de vengeance, lucidité politique, équilibre, légitimité. (p. 138)

Although every war is fought in the name of peace, there is a tendency to define peace as the absence of war and to confuse it with military victory. To discuss conditions of peace during wartime seems almost indecent, as if the admission that the war might end could cause a relaxation of the effort. This is no accident. The logic of war is power, and power has no inherent limit. The logic of peace is proportion and proportion implies limitation. The success of war is victory; the success of peace is stability. The conditions of victory are commitment, the condition of stability is self-restraint. The motivation of war is extrinsic: the fear of an ennemy. The motivation of peace is intrinsic: the balance of forces and the acceptance of its legitimacy. A war without an ennemy is inconceivable; a peace built on the myth of an ennemy is an armistice. It is the temptation of war to punish; it is the task of policy to construct. Power can sit in judgement, but statesmanship must look to the future.

These incommensurabilities are the particular problems of peace settlements at the end of total wars. The enormity of suffering leads to a conception of war in personal terms, of the ennemy as the «cause» of the misfortune, of his defeat as the moment for retribution. The greater the suffering, the more the war will be conceived an end in itself and the rules of war applied to the peace settlement. The more total the commitment, the more «natural» unlimited claims will appear. Suffering leads to self-righteousness more often than to humility, as if it were a badge of good faith, as if only the «innocent» could suffer. Each peace settlement is thus confronted with the fate of the ennemy and with the more fundamental problem whether the experience of war has made it impossible to conceive of a world without an ennemy.

Whether the powers conclude a retrospective peace or one that considers the future depends on their social strength and on the degree to which they can generate their own motivation. A retrospective peace will crush the ennemy so that he is unable to fight again; its opposite will deal with the ennemy so that it does not wish to attack again. A retrospective peace is the expression of a rigid social order, clinging to the only certainty: the past. It will make a «legitimate» settlement impossible, because the defeated nation, unless completely dismembered will not accept its humiliation. There exist two legitimacies in such cases: the internal arrangement among the victorious powers and the claims of the defeated. Between the two, only force or the threat of force regulates relations. In its quest to achieve stability through safety, in its myth of the absence of intrinsic causes for war, a retrospective peace produces a revolutionary situation. This, in fact, was the situation in Europe between the two World Wars.
Les vainqueurs de Napoléon surent restreindre leurs revendications (en particulier grâce aux efforts de Metternich wp bc et Castlereagh wp bc) et construire un ordre viable dans lequel la France trouvait une place et mettait un terme à ses projets de conquête.

La France qui vainquit l'Allemagne et l'Autriche en 14-18 ne sut pas faire preuve d'une telle sagesse. Elle essaya d'abaisser le plus possible l'Allemagne - voire elle l'humilia sans l'abaisser réellement. Le traité de Versailles fit le lit d'une Europe instable dans laquelle l'Allemagne était le pouvoir révolutionnaire. Pire encore, le principe d'auto-détermination qui fondait la légitimité du nouvel ordre, permettant à la France d'anéantir l'empire autrichien, allait devenir une arme entre les mains de Hitler pour annexer les régions peuplés d'Allemands sans réaction des puissances.

Au fond la Prusse n'avait pas fait preuve de davantage de sagesse en 1870 en proclamant l'empire allemand dans la galerie des glaces et en annexant l'Alsace et la Moselle, actions humiliantes et abaissantes condamnant la réconciliation future avec la France. Ainsi le deuxième Reich s'aliénait ce pays d'une part et la possibilité de s'allier avec lui d'autre part. Bismarck s'était d'ailleurs exprimé vainement contre l'annexion.

Plus près de nous et postérieurement à la parution de l'ouvrage de Kissinger, remarquons que l'action des USA en Irak et en Afghanistan, à la recherche d'une paix totale alimente plus qu'elle ne dissipe une situation révolutionnaire. Mais quel ordre est possible entre deux forces qui considèrent chacune l'autre comme le mal absolu ?

Note : on peut trouver le début de ce texte dans un dictionnaire de la diplomatie - comme quoi je n'ai pas le seul à avoir été frappé par la qualité de ce passage - mais il semble que la restitution est défaillante.

samedi 10 octobre 2009

Obamania, suite

Un article de plus sur Barack Obama qui vient de se voir décerné le prix Nobel de la paix. Certes l'intéressé n'a pas terminé les guerres d'Irak et d'Afghanistan, certes il n'a pas fermé Guantanamo, certes il n'a pas soutenu efficacement les démocrates iraniens, certes il est tout à fait possible qu'il intensifie l'effort de guerre américain, certes il n'a surtout pas fait grand chose mais le comité Nobel n'allait pas manquer de faire la leçon aux Etats-Unis en décernant une nouvelle fois un 3e anti-prix Nobel par procuration à G. W. Bush. Ce faisant, il n'est pas certain qu'il ait rendu service au lauréat.


I/ Contre Bush

Qu'on regarde les noms de quelques lauréats récents du prix Nobel de la paix, sachant que Bush commence son premier mandat début 2001 :

*2002 : Jimmy Carter, ancien président des USA,
*2008 : Al Gore, ancien vice-président des USA et candidat malheureux contre Bush,
*et 2009 : Barack Obama, supposé mettre un terme aux aventures néocons.

Remarquons que Jimmy Carter a été récompense du Nobel pour la même raison que les électeurs américains ont refusé de le reconduire pour un second mandat : sa politique étrangère, qui apparait pacifiste aux européens, faible aux américains - ce qui n'est pas incompatible.

Remarquons qu'Al Gore a été récompensé pour s'être fait le porte-parole d'une cause essentiellement européenne, la lutte contre le réchauffement climatique. On s'était déjà demandé à l'époque quel était le rapport avec la paix.

Remarquons enfin qu'Obama est extrêmement populaire en Europe, davantage que dans son pays. Et d'ailleurs si la presse européenne exulte - ce qui risque de ne pas durer -, la presse des Etats-Unis est plus circonspecte. Lucide, le New Tork Times sous-titre The Nobel Peace Prize is a reminder of the gap between the ambitious promise of President Obama’s words and his accomplishments.

Les trois nobélisés s'opposent tous à George Bush : le premier est idéaliste version sécurité collective, le deuxième a perdu les élections contre lui, le troisième lui succède. Outre leurs qualités objectives, on peut penser que le comité Nobel leur en a ajouté une, qui est de ne pas être George Bush et sanctionner ce dernier à travers eux. Derrière ces trois prix Nobel, il y a un anti-prix Nobel.

II/ Un cadeau empoisonné

Il ne revient pas aux Européens de donner des bons et des mauvais points aux Américains. Ils n'ont pas l'autorité morale qu'ils se complaisent à afficher et ne savent pas que les Américains interprètent les politiques européennes comme des témoignages de faiblesse. Les néocons décrivent les européens comme des Munichois en puissance ; la plupart des Américains n'ont pas une opinion si tranchée néanmoins ils rejettent dans une large mesure un angélisme européen qui a pour pendant la diabolisation des Etats-Unis.

De surcroit, lorsque l'Europe fait l'éloge d'Obama et condamne Bush, lorsqu'elle s'attribue le premier et rejette le second, elle joue le jeu de ceux qui disent qu'Obama n'est pas vraiment Américain, qu'il n'a pas l'esprit du pays tandis que Bush, lui l'aurait. Les alliés européens d'Obama sont décidément embarrassants.

En attribuant le prix Nobel à Obama, le comité Nobel, émanation du parlement norvégien dirigée par l'ancien vice-président de l'internationale socialiste, donne des munitions aux détracteurs du président américain. Ceux-ci vont se faire un plaisir de dénoncer Obama comme l'homme des valeurs européennes, comme un pacifiste mièvre, faible et inconséquent.

Et si l'on regarde les noms des lauréats du passé, force est de constater que le prix Nobel de la paix a davantage récompensé les pacifistes que les promoteurs réels de la paix. C'est assez frappant concernant l'entre-deux guerres qui récompense les partisans des accords de Locarno, par lequel les Français offrent des remises de dettes définitives à l'Allemagne en échange de quelques concessions déjà contenues dans le traité de Versailles, les promoteurs du pacte Briand-Kellogg, qui décidait d'empêcher la guerre en l'interdisant, ou des membres de l'impuissante SDN. On remarquera aussi des prix pas très judicieusement placés : un certain nombre d'inconnus nommés pour tenter de faire pencher la balance dans le bons sens ou encore Arafat, Le Duc Tho, Kissinger, et surtout Wilson, dont le principe de libre-détermination des peuples, héritier du principe des nationalités de Napoléon III, devait faciliter les premières annexions de Hitler et causer tant de mal (pour la bonne raison qu'une fois qu'on a dit que l'Etat doit correspondre à une nationalité, on commence à refaire les frontières et on finit par déporter les populations).

Ainsi Obama rejoint cette drôle de liste, attributaire d'un prix qui doit plus sa réputation à l'aura des prix voisins qu'à son autorité. Ce prix pourrait lui couter cher politiquement. Il en a parfaitement conscience : il a calmé le jeu et rappelé ses devoirs de chefs de guerre dans son discours. En récompensant Obama sans véritable raison objective, le comité Nobel confirme que le président est décidément le véhicule de tous les fantasmes et l'otage de ses groopies.

lundi 13 juillet 2009

Crise ou coup d’Etat au Honduras ?

Il était une fois un président populaire et antilibéral, hostile aux institutions républicaines qui lui interdisaient de briguer un second mandat de quatre ans dont il chérissait l'idée. L'emploi de la force mit fin au blocage et, vous avez bien compris, Louis-Napoléon Bonaparte conservait ainsi le pouvoir qu'il aurait du rendre, et le convertissait un an après en titre impérial.

Ce 28 juin 2009, le président du Honduras eu nettement moins de chance. Il a été arrêté puis expulsé par l’armée, soutenue par la Cour suprême et le Parlement. Très vite, le président a acquis le soutien de la communauté internationale, sans que cela le remette en place.

On a très vite qualifié les évènements de coup d'Etat, une qualification que je rejoins in fine quoique je pense qu'elle mérite d'être disputée, ce qui est d'ailleurs le cas sur les wikipédias. Cette qualification mérite d'être disputée parce qu'elle attribue un peu vite les rôles. Pour la communauté internationale, il semble cependant que le procès soit déjà terminé.

I ) Un unanimisme international


Unanimisme, c'est bien le mot pour décrire la réaction de la communauté internationale. Certes il y a des nuances mais de façon générale on critique fiévreusement ou alors on critique, ou on dénonce. Les positions des pays s’étalent de la qualification de coup d’Etat assortie d’une condamnation et d’un appel à remettre en place le président, jusqu’à la dénonciation de la suite de l’emploi de la force et des appels à respecter la démocratie et l’état de droit (en réalité des formules génériques que chacun peut prendre pour soi).

Il faut cependant comprendre que cet unanimisme ne nous apprend pas grand chose sur les événements au Honduras, mais bien davantage sur la façon dont on doit gérer l’opinion publique dans ce type de crise.

Aucun Etat ne veut en effet être attrapé en flagrant crime de lèse-opinion publique. D’une certaine façon le rêve des doctrines idéalistes en matière de relations internationales s’est réalisé : l’opinion publique compte. Mais pas comme prévu. Pas comme une force populaire au soutien d’une démocratie libérale fin de l’histoire, plutôt comme une passion qu'on ne veux pas avoir contre soi.

Cet unanimisme à critiquer le changement brutal de pouvoir, qu'il soit ou non qualifié de coup d'Etat, a ainsi le mérite de couper l’herbe sous le pied des démagogues américains, toujours prêts à stigmatiser les États-Unis. Chavez et ses amis, après avoir commencé leur réquisitoire contre les États-Unis, ont du faire machine arrière et se contenter de prêter aux riches.

Les événements se glissent facilement dans la matrice de l’éternel coup d’Etat subi par une république bananière. La facilité devrait générer un peu de doute malheureusement pour beaucoup de monde, c’était un slam dunk et on s’est précipité à interpréter en noir et blanc ce qui était complexe.

II ) Une qualification disputable

La réalité est toujours complexe. La définition d’un coup d’Etat elle-même n’a rien d’évidente. J’ai d’ailleurs du la revoir lors de la crise, aidé par quelques manuels (l’article de wp:fr reste à revoir si ce n’est à recycler).

Observons notre définition. Un coup d’Etat est un renversement du pouvoir qui se caractérise plus par son illégalité que par sa brutalité : l’illégalité est nécessaire, la violence n’est que contingente. De surcroit le renversement émane d’une autorité constituée c.-à-d. qu’une section de l’Etat s’empare du tout.

Incidemment ces deux caractéristiques permettent àmha de distinguer le coup d’Etat du putsch - plus violent, plus extérieur à l'Etat - encore que généralement on les traite comme synonyme.

Le coup d’Etat se distingue de la révolution, pour laquelle on prête une part plus active à la population. Pour cela, nombre de coups tentent de se faire passer pour des révolutions.

En l’espèce la qualification du renversement du président Zélaya en coup rencontre des difficultés : celui-ci voulait effectuer une consultation populaire dans des formes que la Constitution ne prévoyait pas (cette consultation était donc interdite) pour le motif transparent de permettre la réélection du président, ce que la Constitution non seulement interdit mais prescrit en plus le prononcé de la haute trahison…

La Cour suprême avait logiquement jugé un tel scrutin illégal et c’est donc avec l’aide de Chavez, qui lui fournissait les bulletins, qu’il intimait à l’armée de procéder à la mise en place du scrutin. Celle-ci avait refusé.

Les partis politiques, qui avaient décidé de s’abstenir de ce scrutin, s’opposaient à Zelaya, y compris son propre parti - on notera que le président par intérim est issu du même Parti Libéral que Zelaya. Le Parlement était à quelques voix près entièrement tourné contre le président.

Ainsi, vu de prêt, le président de Honduras n’est pas le grand démocrate empêché par les forces réactionnaires que le public espérait. Mais peu importe, on tenait enfin une bonne cause, on n’allait pas la lâcher.

III ) Les conséquences en fonction des wikipédias

Comment nommer l’article traitant de la crise ?

L’alternative se résume généralement à des titres comme Coup d’Etat au Honduras de 2009 et Crise constitutionnelle au Honduras de 2009.

Et la guerre fait rage. Du moins cela dépend des wikipédias. Par curiosité je suis allé comparer les wikipédias les plus importantes.

Ainsi sur l’anglaise, ça révoque :

Trois fois le 28 juin
Une fois le 30 juin
Quatre fois le 02 juillet
Deux fois le 05 juillet
Et depuis le 11 juillet nous avons : 2009 Honduran constitutional crisis, article semi-protégé, et à l’enjeu si important qu’on vient me demander mon avis sur ma pdd pour le débat (oui le débat anglais).

Chez les Teutons, Militärputsch in Honduras 2009 n’a jamais été retouché.

Chez les Espagnols, on note une guerre d’édition les 29 et 30 juin.

En France, rien. Mais on peut voir en pdd qu'il y a eu des tentations.


IV ) Un coup d’Etat quand même ?

J’entends bien la préoccupation de ceux qui veulent titrer la crise en évitant de la qualifier de coup d’Etat, ce qui leur apparaît comme une violation de pov.

Les arguments sont intéressants mais quand on a montré que le comportement de Zelaya était autocratique et violait les institutions démocratiques, on n’a pas montré que ce n’est pas un coup qui l’a renversé.

Or quelques soient les violations de la Constitution de la Constitution que Zelaya avait commises, et surtout celles qu’il s’apprêtait à commettre, et quand bien même c’est lui qui aurait franchi le Rubicon en ordonnant un referendum illégal, c’est bien l’armée qui l’a déposé hors formes légales. Certes ces formes légales n’existaient pas : les institutions ne pouvaient destituer le président dans les temps en respectant le cadre constitutionnel. On était donc dans une situation de verrouillage, et c’est l’armée qui a liquidé le jeu. Se pose aussi le problème de savoir qui a eu l’initiative du renversement. Si on accepte l’idée que la constitution inflige automatiquement la peine de trahison de la patrie et donc la déchéance du président qui viole l’interdiction de se représenter, il n’en reste pas moins le problème de savoir qui a le droit de faire de telles qualifications. Blocage.

Quoi qu’il en soit, il y a bien violation de la légalité. Les objections à ce fait ne peuvent porter que sur la légitimité de cette violation.

Outre la violation de la légalité, notons l’emploi de la force contre Zelaya. Le coup n’est pas sanglant, l’emploi de la force semble s’être cantonné essentiellement à arrêter et expulser Zelaya au petit matin. Néanmoins c’est l’emploi de la force qui a déterminé l’issue du verrouillage constitutionnel.

Enfin les bénéficiaires et instigateurs sont des autorités constituées. Certes normalement c'est le titulaire du pouvoir exécutif qui renverse le reste de l'Etat. Ici c'est l'inverse mais le critère est bien rempli.

Pour toutes ces raisons, il n’est pas déraisonnable de croire que le coup d’Etat est constitué. Il ne faut cependant pas découler immédiatement de cette qualification qu’il faille le condamner. Certains medias ont parlé d’un coup d’Etat d’un genre nouveau voire d’un coup d’Etat étrangement démocratique, comme c'est le cas du Wall Street Journal.

Le traitement de la crise par les partisans d'appeler le schmilblick un coup d'Etat montre une fois de plus qu'il ne faut jamais réduire la réalité à une opposition manichéenne. Le traitement par l'autre camp nous rappelle qu'on ne se trompe jamais autant qu'à travers les erreurs de ses contradicteurs.

mercredi 17 juin 2009

Velupillai Prabhakaran

Les dictateurs sont souvent de grands malades, dont on se demande comment rationnellement ils peuvent se maintenir au pouvoir. Velupillai Prabhakaran, abattu le 17 mai 2009, n’aura jamais eu l’occasion de s’établir comme dirigeant de la partie tamoule du Sri Lanka qu’il entendait rendre indépendante. Le caractère dictatorial et inhumain de son pouvoir, sa personnalité délirante, sa mégalomanie méritent de le comparer à des dictateurs effectifs. Velupillai Prabhakaran a sa place auprès de Marcos, dont l’épouse avait accumulé 20.000 paires de chausures, Bokassa, qui s’était fait sacrer empereur par une cérémonie somptuaire, Ceausescu qui avait rasé le centre-ville historique de Bucarest pour bâtir des horreurs gigantesques, ou Trujillo, mulâtre psychopathe qui se teignait en blanc, violait des gamines et se préparait une tombe grandiose au Père Lachaise.

Velupillai Prabhakaran était le chef des Tigres tamouls, une organisation militaire qui tenait une guérilla depuis 1976 contre le pouvoir srilankais pour obtenir l’indépendance des territoires tamouls. Ce chef de guerre se distingue par sa violence et son fanatisme. Il tourne ses armes non seulement contre l’ethnie cingalaise mais aussi contre les tamouls modérés, éliminant tous ses rivaux et assassinant les hommes politiques qu’il juge trop conciliants.

Aussi horrible que ces actes puissent paraître, on peut encore concevoir qu’ils soient ordonnés par la raison, quoique malsaine. La suite de l’étude du personnage montre que tel n'est pas le cas.

Velupillai Prabhakaran, obsédé par sa personne, se faisait huiler plusieurs fois par jour, vivait dans le grand luxe, mettait en scène avec soin – à son niveau – son image auprès des émigrés, auxquels il soutirait de quoi poursuivre ses campagnes. Classique.

Plus original, Velupillai Prabhakaran est un amateur de films de guerre américains et cet attrait se révèle riche de conséquences. Il tire de ces films une inspiration pour son propre comportement. Il se promène ainsi, du moins c’est ce qu’il fait croire, avec une capsule de cyanure autour du cou ! Il prétend également pouvoir s’enfuir en sous-marin si les choses tournent mal (ces détails sont donnés dans sa nécro du journal The Economist). William Dalrymple, le célèbre écrivain écossais, rapporte dans un de ses livres que les exploits militaires que les tigres tamouls lui racontaient reprenaient littéralement le scénario de certains films... Et en effet les films américains servaient également à élaborer les plans d’attaque, ce qui conduisit à des attaques particulièrement téméraires... et désastreuses.

Il faut ajouter à cela que les Tigres tamouls sont les premiers combattants contemporains à utiliser l’attentat suicide, bien avant les islamistes. Cette arme a causé un grand nombre de morts dont celles de personnalités politiques telles que Rajiv Gandhi, dont la veuve est actuellement la personnalité politique la plus importante de l'Inde.

L'aventure est terminée. Les Tigres tamouls ont terminé écrasés et leur chef abattu alors qu’il s’enfuyait. Sans doute les Tamouls ont-ils des raisons de se plaindre du traitement que leur réserve un Etat contrôlé par une autre ethnie mais une guérilla dirigée par un psychopathe ne pouvait mener qu’au désastre. Comme disait Raymond Aron, de mémoire, la grande aventure d’un homme se termine en tragédie pour son peuple.

mardi 21 octobre 2008

Concours wikibéral 2008

L'association liberaux.org avait décerné le prix liberaux.org 2008 à Pierre Schweitzer. C'est désormais le tour du meilleur livre, qui reçoit le prix wikiberal 2008.

Le lauréat est Jacques de Saint-Victor pour les racines de la liberté, le débat oublié.

A cette occasion, nous présentons des mélanges réunis en son honneur. Vous y trouverez les reviews des nominés à savoir :
  • Pascal Salin, Français, n’ayez pas peur du libéralisme, Odile Jacob,
  • Jörg-Guido Hülsmann, Mises, The Last Knight of Liberalism, Mises Institute, Auburn, Alabama
  • Friedrich A. Hayek, Essais de philosophie, de science politique et d’économie, Les Belles Lettres, Bibliothèque classique de la liberté,
  • Gilles Campagnolo, Seuls les extrémistes sont cohérents… Rothbard et l’école austro-américaine dans la querelle de l’herméneutique, ENS Editions,
  • Jacques de Saint Victor, les Racines de la liberté : Le débat français
    oublié, 1689-1789, Librairie académique Perrin,
  • Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal : Essai sur la civilisation libérale, Climats
  • Cécile Philippe, C’est trop tard pour la Terre, Jean-Claude Lattès, Idées fausses Vraies réponses,
  • Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, Fayard.
Bonne lecture : lien vers les mélanges (pdf), et à bientôt pour le dernier prix, le prix flanby.

lundi 29 septembre 2008

Un entretien avec Marcel Gauchet

Un entretien intéressant avec le philosophe peut être lu sur causeur.fr : dialogue de sourds à la française, une bonne occasion de se familiariser avec un des philosophes français de la politique des plus intéressants. Cette description n'est pas très flatteuse puisque Marcel Gauchet relève lui-même la nullité du débat public français, ajoutons donc que c'est une excellent lecture dans l'absolu :)

Marcel Gauchet évoque dans cet entretien le phénomène de l'abandon des élites, à savoir l'incapacité des élites à répondre aux attentes d'un peuple, qui se sent en retour abandonné. Ce thème se prête à une interprétation un peu rapide, et fausse : une (enième) critique du libéralisme. Je me permet de lever l'équivoque, que notre auteur semble nourrir avec plaisir face à des journalistes qui cherchent un peu trop à l'orienter sur leurs dadas : Marcel Gauchet ne dénonce pas les politiques libérales mais la façon dont elles sont mises en œuvre, à savoir sans pédagogie.

A noter encore de jolis passages sur les Français, en particulier :
Les Français veulent un roi qu’ils veulent guillotiner. Ils combinent l’attente à l’égard du pouvoir et la révolte endémique contre lui. Du coup, les décisions des pouvoirs en place sont systématiquement contestées, mais cela ne conduit pas pour autant à les renverser.
Bonne lecture.

dimanche 17 août 2008

Au sujet d'une citation de Sartre à Cuba

A l'instant je suis content de moi, et c'est l'occasion d'un post.

Le Monde nous rappelait dans l'édition datée du 17 août que Jean-Paul Sartre était parti à Cuba en février-mars 1960 pour effectuer un long reportage. (lire en ligne)

Ce n'est pas tant celui-ci, ni sa présentation par Le Monde qui a frappé mon attention mais la citation finale du philosophe cité par le journaliste : "Les Yankees ont une certaine idée de la démocratie : elle subordonne - sinon dans la pratique, du moins dans la théorie - l'économie à la politique... Castro et ses amis ont justement l'idée inverse."

Tous ceux qui s'intéressent à la politique actuelle et connaissent un peu le discours antilibéral feront tilt : aujourd'hui c'est l'inverse. Aujourd'hui on accuse le libéralisme de soumettre le politique à l'économique.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Que les Etats, le pouvoir politique et in fine les citoyens n'ont plus leur mot à dire face à la mondialisation libérale. Bref le slogan existe toujours mais retourné.

Et là je me suis rappelé que ce retournement n'est pas isolé. Aron rapporte dans ses mémoires que Sartre accusait les capitalistes de malthusianisme économique cad que selon lui les capitalistes bloquaient la hausse de la production et donc de la croissance pour maintenir leur pouvoir.

Aujourd'hui on lirait plutôt l'inverse, à savoir que les capitalistes produiraient trop, épuiseraient la planète, causeraient notre perte à tous. Et voilà les belles âmes parties en guerre contre la croissance. Bastiat me vient en tête : "l'inconséquence est la limite de l'absurdité."

Que se passe-t-il en fin de compte : les anticapitalistes sont passés de la dénonciation de la soumission de l'économique au politique à l'inverse d'une part, et de la dénonciation du malthusianisme des capitalistes à celle de leur promotion de la croissance à tous prix d'autre part.

Est-ce que pourtant les capitalistes auraient changé ? Non.

Et les anticapitalistes ? Non plus.

L'argument change, la critique demeure dévoilant que ce qui compte réellement c'est de pouvoir critiquer les capitalistes et les Américains, quel que soit l'argument.

Trouvant ces retournements amusants, j'ai écrit un commentaire sur lemonde.fr, ce dont je m'abstiens le plus souvent vu la gravité du niveau. J'ai rapidement lu de quoi me réjouir..

Au commentaire 4, quelqu'un écrit :
Lechtibout
17.08.08 | 08h27
Je partage l'avis sur l'opinion finale de Sartre à propos de la suprématie du politique sur l'économique qui se trouve inversée aujourd'hui; c'est passionnant de voir notre JPS promener son regard acéré sur cette période de l'histoire cubaine encore fraiche des révoltes du Ché. Un monde de corruption laissé par les Américains et un monde ou les choix agricoles de FD démontrent la parfaite illusion d'un régime oligarchique incapable de gérer ses forces productives: une belle leçon d'histoire.
Ce commentaire établit le retournement que j'ai allégué, fait des courbettes au grand penseur puis dénonce les horribles Américains. Classique.

Aussi très classique, dans un autre genre, est le commentaire n°2 :
Michel B.
17.08.08 | 03h02
Appolon était le dieu de l'amour, bien prétentieux et mal venu celui qui use de son nom en répandant le fiel, et surtout en n'ayant aucun sens tant du politique que de l'économique.
Quelqu'un, qui ne sait pas écrire le nom du dieu qui me sert de pseudo, dieu qui n'est surement pas celui de l'amour (cf Apollo sur la Britannica), me croit prétentieux et vient me dire que je ne sais pas de quoi je parle.

Bref, tout ça pour dire qu'entre le monde et wikipédia (et le poker) j'ai les chevilles qui enflent. Voilà, le vice d'internet c'est de nous faire croire que nous sommes intelligents alors que ce sont juste les autres qui sont bêtes.

mardi 10 juin 2008

Quel avenir pour le libéralisme ?

Voici le troisième et dernier texte publié dans les mélanges (ceci est la vo, la version aboutie est dans la version publiée).


Il semble qu'une fois de plus avec Sarkozy la France a raté le coche. Le nouveau président est vite devenu conformiste et s'épuise dans une agitation interventionniste. Il n'a pas su réformer quand il a commencé son mandat, aujourd'hui tout apparait compromis : la possibilité des réformes comme la volonté politique. Quand viendra l'alternance, rien ne porte à croire que le PS sera davantage libéral, encore qu'il ne faut pas oublier que de nombreuses libéralisations sont venues de la gauche.

Pourquoi cette impuissance française du libéralisme ? La France a une longue et vieille tradition libérale : Fénelon, Montesquieu, Condillac, Turgot, Constant, Say, Tocqueville, Bastiat... et pourtant quand on mesure son influence aujourd'hui il faut constater que les libéraux sont très minoritaires. La France semblait à l'origine moins disposée au socialisme que ses voisines, Bainville remarquait même que cela était du à l'importance du nombre de petits propriétaires. Beaucoup d'auteurs libéraux ont acquis une aura mondiale mais il semble au final que nul n'est prophète en son pays puisque Bastiat dont Ronald Reagan conservait un ouvrage à son chevet est inconnu des Français...

Comment conquérir l'opinion française et mettre une politique libérale en oeuvre ? Certains proposent la voie associative, d'autres la voie politique, par l'intégration dans les partis de gouvernement ou par la constitution d'un parti politique libéral.

C'est cette dernière option qui agite beaucoup les libéraux depuis la création d'Alternative Libérale en 2006, en froid avec nombre d'associations et sujette à des querelles intestines.

Sans entrer dans le détail de ces débats qui, au final, n’ont que peu d’intérêt, on peut tourtefois souligner le fait que ces tensions - sinon dissensions - ont été à l’origine d’un nouveau parti libéral : le parti libéral démocrate. L'humeur générale des libéraux étant anti-politique (si ce n'est plus), on peut de toute façon se demander s'ils sont capables de suivre des consignes de vote et donc soutenir un parti politique, qu'il soit libéral, se présente libéral ou s'allie avec les libéraux.

Certains proposent de copier les méthodes de l'extrême-gauche, comme si au fond la fin justifiait les moyens.

D'autres enfin ne proposent rien, la contestation permanente étant devenue comme pour les gauchistes la fin en soi : mieux vaut prendre la pose pour toujours plutôt que transiger.

La voie associative a eu quelques beaux fruits mais beaucoup d'expériences s'effacent avec le temps.

Ce qui frappe dans ces options, c'est leur nombre, et par conséquent la division des stratégies. Les libéraux sont aussi très divisés de nature : libertariens pragmatiques ou intransigeants, anarcaps, libéraux conservateurs, non alignés, écolo, de gauche etc etc. Serge Schweitzer a bien constaté ce point et nous reprendrons son conseil : mieux vaut ne pas s'intéresser à ce qui nous divise mais à ce qui nous rassemble. Qu'avons-nous en commun ? Notre auteur aixois nous l'explique : une attitude, une façon de signer notre vie, l'adhésion à la trinité liberté-responsabilité-propriété, une confiance, une humilité, une esthétique (cf http://video.google.fr/videoplay?docid=-3163614262587575874, conférence du 02 septembre 2006).

Sur liberaux.org, le ciment est la cause commune contre le socialisme, rien sans ce ciment ne réunirait des esprits aux convictions très différentes, ce qui est en quelque sorte une chance : avoir tant d'opinions et de personnes de qualités dans un milieu restreint permet une réflexion intellectuelle féconde.

Mais ce n'est pas les idées qui prendront le pouvoir. L'avenir apparait sombre dans une France dont les institutions diffusent les idées socialistes et interventionnistes, où les Français s'expriment majoritairement contre le capitalisme, où la majorité des jeunes veulent devenir fonctionnaire.

Heureusement le monde ne se limite pas à la France : ailleurs le libéralisme avance à grand pas, les populations qui ont connu le communisme réel se font le nouveau relai des idées libérales, porteuses d'espoir et de développement. Quoi qu'en disent les Cassandre, la pauvreté recule, la connaissance avance, le monde s'intègre et ainsi les hommes sont plus libres de parvenir aux fins qu'ils se fixent aujourd'hui qu'hier.

Les pays pauvres qui ont abandonné le socialisme en économie émergent le mieux, ils ont adopté le modèle économique capitaliste en se rendant finalement compte de son efficacité. L'exemple de nos démocraties, impuissantes et démagogues, ne les pousse cependant pas à adopter nos systèmes politiques. La capacité de réforme de nos vieux pays sera à cet égard décisive pour le libéralisme politique et la démocratie.

dimanche 25 mai 2008

affaire du portable de Raul Reyes : Interpol conclue à l'authenticité

Raúl Reyes, un chef des FARC, est tué dans un raid de l'armée colombienne le 1er mars 2008 en territoire équatorien, près de la frontière derrière laquelle il s'abritait. Scandale diplomatique : la Colombie a introduit son armée en territoire étranger d'une part, les Farc s'abritaient tranquillement en Equateur d'autre part. Le mieux reste à venir.

L'armée colombienne déclare avoir trouvé sur les lieux, des ordinateurs portables et clés usb contenant de nombreuses informations. La plus grave : Hugo Chavez, le caudillo de gauche vénézuelien aurait financé les FARC, groupe qualifié de terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis, preneurs d'otages, trafiquants de drogue et marxistes révolutionnaires.

Mise en doute immédiate de l'authenticité de ces informations bien commodes, Interpol analyse le matériel et conclue à son... authenticité. Hurlement des anti-américains pour qui la presse, anglo-saxonne au premier rang des usual suspects, nous ment, nous spolie.

Dure réalité, voici ce que dit le président d'Interpol : "À l’issue de son analyse minutieuse et complète de chacune des huit pièces à conviction informatiques saisies aux mains des FARC, et après évaluation de tous les éléments examinés par ses experts, INTERPOL conclut qu’aucune des données contenues dans les pièces à conviction informatiques n’a subi d’altération postérieurement à leur saisie, le 1 er mars 2008, par les autorités colombiennes."

Peut-être le président d'Interpol est-il un pantin au service de la pieuvre capitaliste apatride alors allons lire le rapport. Certaines conclusions sont en effet bien prudentes, comme la conclusion 3 : "INTERPOL n’a trouvé aucun élément attestant la création, la modification ou la suppression de fichiers utilisateur sur l’ensemble des huit pièces à conviction informatiques postérieurement à leur saisie aux mains des FARC, le 1er mars 2008, par les autorités colombiennes."

Une autre est à charge : les Colombiens n'ont pas respecté les règles immédiatement après la saisie des portables c'est-à-dire qu'ils n'ont pas commencé par protéger les disques durs en écriture puis procédé à des copies exactes. Les Colombiens ont indiqué que les procédures ont été respecté à partir du moment où le matériel a été confié à la police judiciaire.

Le rapport confirme ces dires, notamment en sa conclusion 99 : "En tenant compte de l’ensemble des éléments qui précèdent et en s’appuyant sur un examen complet de police technique et scientifique, les experts d’INTERPOL concluent qu’aucun fichier utilisateur n’a été créé, modifié ou supprimé sur l’ensemble des huit pièces à conviction informatiques postérieurement à leur saisie aux mains des FARC, le 1er mars 2008."

So much pour la théorie du complot permanent ! On sait que des sociétés spécialisées dans l'exploitation de la crédulité humaine et la vente de théories du complot ont l'habitude de se servir de quelques faiblesses ou incohérences comme levier pour créer le doute et fournir la marchandise. Y parviendront-elles cette fois-ci ? Il semble temps pour le réseau Voltaire de renvoyer l'ascenseur à Chavez qui a affiché sa sympathie pour la théorie de Thierry Meyssan d'un complot intérieur américain derrière les attentats du 11 septembre.

On rappellera en conclusion l'excellente satire de Private Eye :
The fact that no evidence has ever emerged to suggest poisoning, while the TB theory enjoys abundant documentation, reveals the extent, and longevity, of the counter-revolutionary media conspiracy that has for so long sought to conceal from el pueblo the savage capitalist plot to frustrate the Liberator's dream of a socialist revolution in the land of his birth.

jeudi 8 mai 2008

Rôle des syndicats et du syndicalisme

Voici le premier des textes publiés dans les mélanges (notez qu'il est un peu remanié dans sa version définitive présentée dans le feuillet).

Rôle des syndicats et du syndicalisme


L'histoire du syndicalisme français nait des ambiguïtés de la Révolution française. Pour le député Le Chapelier, auteur éponyme de la fameuse loi, le libéralisme commande d'affirmer la liberté du travail, alors empêchée par les nombreuses corporations : impossible d'être boulanger, maçon, artisan sans appartenir à celles-ci. Si elles assurent la formation des apprentis et un niveau de qualité, il s'agit avant tout de fermer les professions aux personnes extérieures, prévenir la concurrence et in fine maitriser les prix. Avec le décret d'Allarde du 2 mars 1791 et la loi Le Chapelier du 17 juin 1791, les corporations sont abolies et interdites, la liberté du travail proclamée - à un point peut-être excessif étant donné que même la faculté de médecine va être abolie et chacun pourra s'affirmer médecin !

Cette promotion radicale et naïve du libéralisme économique ne fut pas sans conséquence ennuyeuse. La destruction d'un obstacle à la liberté du travail avait pour pendant la destruction d'un de ces corps intermédiaires entre l'Etat et le citoyen, chers à Montesquieu. Si l'homme avait obtenu la liberté du travail, il se retrouvait en même temps toujours plus seul face à l'Etat. Comme l'a remarqué Frédéric Rouvillois, la destruction des media n'est-elle pas un trait caractéristique du totalitarisme ? Au nom de la liberté hier comme de l'intérêt général aujourd'hui c'est une fois de plus l'Etat qui accroissait son pouvoir. Albert Camus écrivait que chaque Révolution aboutit au renforcement de l'Etat. Les libéraux-conservateurs feront quant à eux remarquer qu'il accroit son pouvoir par des alliances avec les courants progressistes.

Il ressort de ces réformes révolutionnaires que le syndicalisme n'est pas permis du fait de la législation contre les corporations. Son émergence au XIXe siècle va donc être contrariée par la loi mais la législation a en quelque sorte ouvert la boite de Pandore en se mêlant de ce qui ne la regarde pas. Si elle a interdit et donc discriminé contre les associations d'ouvriers, elle pourra à l'inverse discriminer en leur faveur.

Le syndicalisme se développe de façon souterraine jusqu'à ce que ce que soient mises en place des législations plus favorables : en 1864, la loi Ollivier manifeste la libéralisation de l'Empire en supprimant le délit de coalition; en 1884, la loi Waldeck-Rousseau autorise les syndicats. Les auteurs de ces deux lois sont des libéraux.

Au XXe siècle se propage le socialisme politique. La Confédération Générale du Travail (CGT) et les autres syndicats cherchent à demeurer apolitique. Comme partout en France, le pacte germano-soviétique est extrêmement mal accueilli et tous les militants communistes de la CGT sont radiés. Mais à l'issue de la guerre le prestige du communisme s'est accru et la CGT suit la ligne dictée par le Parti Communiste Français.

Analyse

Les syndicats offrent un interlocuteur aux patrons pour négocier les contrats de travail de manière à ce que les deux parties soient réellement satisfaites : l'ouvrier parce qu'il a pu exprimer ses véritables revendications sans crainte, et l'employeur qui a obtenu un interlocuteur de poids, qui représente effectivement les salariés de sorte qu'il obtiendra bien la contre-partie prévue -le travail- et la loyauté de ses employés.

Contrairement aux socialistes, les libéraux n'assignent pas aux syndicats d'autre fin que celles fixées par les ouvriers : la recherche de l'amélioration de la condition des ouvriers et non pas la révolution.

De la revendication politique vient la mésentente entre les syndicats et les libéraux pendant le XXe siècle : les syndicats ont poursuivit des objectifs politiques tandis que les syndicats reprochaient aux libéraux de protéger les intérêts des riches. Il y a donc comme une idylle fachée...

Le mélange des genres entre syndicalisme et politique est allé loin. Au Royaume-Uni, le dernier premier ministre avant Thatcher était James Callaghan, l'homme des syndicats. Les servir était sa politique, les lois les protégeaient. Et pourtant, ce fut sous son mandat qu'éclata la grève du mécontentement, démontrant impeccablement la contradiction entre les politiques socialistes et l'intérêt des syndicats. James Callaghan luttait en effet contre l'inflation en recourant à un plafonnement des salaires, ce qui le plaça sous le feu des critiques de Margaret Thatcher ! Comme monétariste elle attribuait la cause réelle de l'inflation non pas à la hausse des salaires mais à la politique monétaire du gouvernement. C'est donc la Tory Thatcher qui réclamait l'abolition de la politique de contrôle des salaires contre le socialiste pro-syndicat Callaghan ! La campagne de 79 qui la vit au pouvoir fut donc l'occasion de se tourner vers l'électorat traditionnellement acquis aux travaillistes : la base syndicaliste et ce fut un franc succès électoral. La leçon est qu'une politique socialiste est une politique antisociale.

Quelques années plus tard en 1984-1985, Thatcher se heurte aux syndicats des mineurs, le NUM, dirigé par le gauchiste Arthur Scargill. Ce dernier assigne des objectifs politiques à son syndicat, l'entrainant dans une grève égoïste pour maintenir l'activité dans les puits de charbon déficitaire. Il entrainera ses grévistes au désastre, ils n'obtiendront rien de la dame de fer.

Thatcher luttera avec succès, non contre les syndicats, mais contre leur pouvoir excessif conféré par des législations complaisantes. Elle parviendra à abolir le closed shop, système qui contraint le salarié à se syndiquer dans le syndicat de l'entreprise. Le syndicalisme britannique a en quelque sorte été rationalisé.

En France, la situation est étrange : les syndicats n'ont de véritable représentation que dans la fonction publique. Les fonctionnaires syndiqués se chargent de manifester pour tout le corps social puisqu'il a davantage de sécurité pour le faire et il semble bien que la population sympathise avec eux en faisant abstraction de leurs privilèges. Il est vrai que les Français sont schizophrènes et veulent le service minimum tout en étendant le droit de grève. C'est le triomphe du "droit à ", qui illustre que les Français attendent les améliorations de leurs vies non pas de leurs représentants auprès de leurs employeurs mais par des législations... Il a fallu un ancien ministre socialiste, Michel Rocard pour rappeler que la croissance ne se décrète pas. Mais tel le cheval Malabar de la Ferme des animaux, il semble que l'opinion publique soit toujours d'accord avec le dernier qui s'exprime...

Quel rôle pour les syndicats ? La révolution pour les socialistes (ou tout du moins faire plier la démocratie), la réforme pour les libéraux, mais en réalité il semble que la fonction des syndicats français, statufiés, protégés par l'Etat jusqu'à l'impotence (le protection de l'Etat est décidément le moyen le plus sur d'anéantir), soit surtout d'accompagner autant que possible les aléas de l'opinion publique et offrir in fine un interlocuteur concret à l'Etat en faisant semblant de représenter les salariés.

vendredi 2 mai 2008

Les Rosenberg

L'article wikipédia relatif aux célèbres espions est insatisfaisant, consultez plutôt l'article sur la Britannica.

vendredi 16 novembre 2007

Guérilla contre légitimité

Dans la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont écartés entre leurs principes de démocratie et de droits de l'homme et leur doctrine qui leur commande de soutenir à l'autre bout du monde un régime autocratique qui s'oppose aux communistes, dont le régime contredit au moins autant la démocratie et les droits de l'homme que celui de Diem. Dans ce passage tiré du livre Diplomacy, Kissinger expose en quoi le renversement de Diem, l'autocrate de Saigon, profite à la guerilla et pas aux Etats-Unis. Une leçon qui s'applique parfaitement au cas irakien.

Ultimately, every revolutionary war is about governmental legitimacy; undermining it is the guerillas' principal aim. Diem's overthrow handed that objective to Hanoi for free. As a consequence of Diem's feudal style of government, his removal affected every tier of civil administration down to the village level. Authority now had to be rebuilt from the ground up. And history teaches this iron law of revolutions: the more extensive the eradication of existing authority, the more its successors must rely on naked power to establish themselves. For, in the end, legitimacy involves an acceptance of authority without compulsion; its absence turns every contest into a test of strength. (Diplomacy, Kissinger, p655)

En Irak, la destruction de l'autorité dans l'anarchie conséquente au renversement de Saddam Hussein, sous le regard bienveillant des soldats américains, a considérablement renforcé la seule chose qui pouvait encore s'opposer aux Américains : une guérilla. Les Américains paient aujourd'hui leur idéalisme.

lundi 12 novembre 2007

Le discours de Fulton

Le 5 mars 1946, Winston Churchill, alors dans l'Opposition, prononce un discours à Fulton (USA) dans lequel il intime aux démocraties occidentales de réagir face au rideau de fer que l'URSS a posé en travers de l'Europe et derrière laquelle elle se construit une sphère d'influence. Il rejette la politique d'apaisement, réclamant l'ouverture de négociations, appelant à l'alliance des Américains et Britanniques autour de leurs principes de droits de l'homme et de démocratie pour prévenir la guerre et la tyrannie. Résumé de ce discours :


Les Etats-Unis sont à l’apogée de leur pouvoir. Il faut saisir l’opportunité, adopter une stratégie globale pour la cause de la sécurité, du bien-être, de la liberté et du progrès, de « tous les foyers et familles des hommes et des femmes de ces terres ». Pour donner sécurité aux foyers, il faut les défendre contre la guerre et la tyrannie, notre tâche suprême est de les garder contre les horreurs et misères d’une nouvelle guerre.


Guerre/ (note : Churchill fait remarquer que les USA n’ont pas coopéré avec la GB dans l’entre-deux guerres) Il faut s’assurer de l’efficacité de l’ONU avant de songer aux désarmements. Elle devrait être dotée d’une force armée internationale. Le secret de la bombe atomique ne devrait pas être partagé avec l’ONU car trop jeune. Il ne faut pas non plus renoncer à la bombe atomique, le monde ne souffre pas de la détention par les Etats-Unis du savoir, des méthodes et des matières premières nécessaires à la bombe atomique. Si des pays communiste ou néofasciste avaient monopolisé cette technologie, ils auraient pu imposer un système totalitaire sur le monde libre et démocratique. Une large force de dissuasion doit prévenir ces pays de l’emploi de la bombe. A terme la bombe devrait être confiée à une organisation mondiale fraternelle et solide.

Tyrannie/ Les Etats-Unis et l’empire britannique ne doivent cesser de proclamer les grands principes de liberté et de droits de l’homme contre les Etats qui bafouent la démocratie et exercent un pouvoir sans contrainte à travers un parti privilégié ou une police politique. Tout pays doit pouvoir tenir des élections démocratiques et disposer d’une justice indépendante.

Une autre préoccupation existe : la misère. Si les dangers de guerre et tyrannie sont écartés, la science et la coopération conduiront au bien-être matériel.

Il faut une relation spéciale entre Britanniques et Américains : amitié mais aussi large coopération militaire incluant une appréciation commune des dangers, la similarité des armes, des échanges d’officiers. Les Etats-Unis devraient étendre la protection qu’ils offrent au Canada à tout le Commonwealth. De telles relations, dénuées d’intention agressive, ne nuisent pas aux Nations Unies, elles lui sont bénéfiques et sont indispensables. Américains et Britanniques doivent s’allier pour construire la paix et prévenir une nouvelle guerre encore plus rigoureuse.

Une ombre : personne ne connaît les intentions de la Russie soviétique et son organisation internationale communiste, et les limites, si elles existent, à ses tendances expansionnistes et prosélytes. Les Alliés comprennent les préoccupations russes à empêcher une nouvelle agression allemande et reconnaissent la place de la Russie parmi les nations. (note : Churchill cajole un moment les Russes)

Un rideau de fer est descendu sur l’Europe, derrière lequel se trouvent les capitales des anciens Etats d’Europe centrale et orientale. Ces villes se trouvent aujourd’hui dans ce qu’il faut appeler une sphère soviétique, sujettes du contrôle très fort et parfois croissant de Moscou. Les partis communistes d’Europe de l’est ont été élevés au pouvoir bien au-delà de ce que leur faible soutien populaire leur permettait. Des gouvernements policiers ont prévalu dans la plupart des cas. Seule la Tchécoslovaquie est une vraie démocratie.

(ndlr : Churchill oppose les conduites des soviétiques et des occidentaux) Turquie et Perse s’inquiètent des pressions exercées sur elles par le gouvernement de Moscou. Les Russes tentent de construire un gouvernement orienté communiste en Allemagne de l’est. En juin 1945, les armées américaines et britanniques s’étaient repliées hors du territoire conquis en Allemagne de l’est conformément aux accords (ndlr : mais contre l'avis de Churchill qui réprouvait cette concession sans contrepartie).

La construction d’une Allemagne communiste dans les zones occupées par les Soviétiques donnerait malheureusement aux Allemands la possibilité d'offrir leur soutien au plus offrant entre Soviétiques et démocraties occidentales. La sécurité de l’Europe repose sur une nouvelle Europe unie, de laquelle aucune nation ne devrait être exclue (ndlr : cad l’Allemagne). De par le monde, les cinquièmes colonnes communistes travaillent servilement sous les ordres du centre du communisme. A part dans le Commonwealth et aux Etats-Unis dans lesquels le communisme est encore en enfance, les partis communistes mettent en péril la civilisation chrétienne. Nous devons réaliser cette sombre réalité avant qu’il ne soit trop tard. La situation est également préoccupante en extrême-orient.

A l’époque du traité de Versailles chacun plaçait de grands espoirs selon lesquels les guerres étaient finies et la Société des Nations allait devenir toute puissante. Une telle confiance a disparu mais il ne faut pas croire la guerre inévitable ni imminente. Nos fortunes sont encore dans nos mains, nous avons le pouvoir de sauver le futur. Ce que veut la Russie n’est pas la guerre mais les fruits de celle-ci et la poursuite sans fin de l’expansionnisme de son pouvoir et ses doctrines. Pendant qu’il est encore temps, il faut prévenir de façon permanente la guerre et établir les conditions de la démocratie et de la liberté aussi vite que possibles dans tous les pays. Une politique d’apaisement ou fermer les yeux ne fera pas disparaître difficultés et dangers. Il faut un accord (settlement) sans délai.

Les Russes méprisent la faiblesse, particulièrement militaire. Si les démocraties occidentales restent unies autour de leur principes, personne ne leur fera du mal. La guerre contre l’Allemagne aurait pu être prévenue si seulement des actions avaient été entreprises en temps utile. Cette inaction ne doit pas se reproduire.

Si Britanniques et Américains s’allient, adhérant avec foi à la Charte des Nations Unies et se conduisant de façon désintéressée, il n’y aura pas une balance précaire des puissances, qui offre la tentation de l’aventure, il y aura une assurance extraordinaire de sécurité. Le chemin du futur sera libre, non seulement pour notre temps, mais pour un siècle.