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jeudi 16 février 2012

Que penser de la dernière affaire Vanneste...



Le député Christian Vanneste fait à nouveau l'affiche pour des propos sur l'homosexualité. Si l'affaire a démarré en fanfare, il n'est pas à exclure qu'elle se dégonfle très rapidement. Les propos, qui sont quasiment exacts sur le fond et n'apparaissent pas avoir été prononcés à des fins polémiques, ont déclenché l'ire de l'UMP et de quantités de politiques. De fait on peut reprocher à Vanneste l'erreur politique, mais est-t-elle bien réelle ? Pour conclure, une petite leçon de tolérance n'apparait pas inutile mais sans doute pas dans le sens voulu par M. Copé et Mme Morano.

I) Des propos choquants ?

Il y a deux questions à se poser au sujet des propos polémiques de Vanneste :
1/ Est-ce que ce qu'il dit est vrai ?
2/ Est-ce qu'il y avait une volonté polémique ?

Christian Vanneste a déclaré :

"C'est l'habitude de déformer systématiquement les chiffres. […] Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30 000 déportés, et il n'y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France.

On peut même dire si on veut être méchant, et monsieur Buisson l'a été lorsqu’il a parlé de la sexualité sous l'occupation, on peut rappeler, que lorsqu'un certain nombre d'intellectuels français vont présenter leurs hommages à monsieur Goebbels, il y en a quand même la moitié qui sont homosexuels. […] Et notamment avec à leur tête le ministre de Pétain, M. Abel Bonnard dont tout le monde savait qu'il était homosexuel et que les résistants appelaient, d'une façon que l'on peut trouver drôle ou pas suivant les cas, la gestapette.

Donc voyez il faut relativiser tout ça. Ils ont un art consommé de déformer la réalité, de vous faire prendre leurs vessies pour les lanternes et donc d'acquérir une opinion favorable. Tout cela est faux et demande à être pensé avec beaucoup plus de réalisme, de respect des personnes bien sur, il ne s'agit pas de condamner des personnes."



Pour connaître la réalité des déportations de personnes homosexuelles en France lors de la deuxième guerre mondiale en raison de leur homosexualité, on a cet article du figaro ou un autre de l'express.

On a également l'article de l'historien Mickaël Bertrand, posté sur son blog antérieurement à la polémique.

Il en ressort que depuis 2001, on estimait à 210 le nombre de Français déportés comme homosexuels lors de la seconde guerre mondiale (bien d'autres étaient déportés à d'autres titres), puis qu'en 2007 ce chiffre a été réduit à 62. Sur ces 62, la plupart sont arrêtés en territoire allemand, sachant que l'Alsace et la Moselle sont alors ré-annexés, ce à l'exception de 7 ou 8 d'entre eux. Le nombre de morts s'élève à 13 minimum.

Il semble qu'il reste des archives à dépouiller pourtant le chiffre de 62 est donné sans cette réserve.

Sept ou huit déportés du territoire français pour homosexualité ce n'est pas rien, mais pour comparaison, en Allemagne, il y a, d'après wikipédia, l'arrestation de 100.000 personnes pour homosexualité, dont de 10.000 à 15.000 sont déportées en camp de concentration où la mortalité de cette population aurait été de 60%.

En un mot Vanneste a raison sur le fond. On passera sur le doublement du nombre d'homosexuels déportés en Allemagne.

Il faut maintenant s'atarder sur le problème de la volonté polémique. Vanneste a-t-il voulu faire un coup médiatique ?

Les propos ont été tenus dans une interview vidéo du site liberté politique, qui est un site conservateur. L'entretien, mis en ligne le 10 février 2012, a pour sujet la famille et sans surprise Vanneste s'exprime sur l'homosexualité. Ses propos s'inscrivent dans une argumentation critiquant, ironie remarquable, la sur-représentation des homosexuels dans les métiers de la communication et le biais de réprésentation de la réalité qu'il implique. Si les propos sont fermes et à contre-courant ils n'ont pas de visée polémique.

Reste le procès d'intention : à défaut de pouvoir réfuter Vanneste ses adversaires lui reprochent ses intentions ou ses fréquentations comme cela s'est fait sur lemonde.fr. Si prisé comme témoignage d'esprit critique, en réalité l'argumentation du soupçon signale la faillite de l'argumentation rationnelle et le repli sur un registre dans lequel le débat n'est plus possible.

II) Une faute politique ?


Il semble bien que le buzz soit parti de l'UMP - et pas de Vanneste - avec au premier rang François Copé et Nadine Morano, qui ont en commun des bévues à faire oublier. De là à penser que Vanneste sert de victime expiatoire, on peut l'imaginer mais on s'abstiendra de le tenir pour acquis. A gauche on a aussi dénoncé Vanneste mais apparemment on est resté dans le registre du convenu.

A la décharge de l'UMP, il faut bien voir que nous sommes en campagne et il revient donc aux membres d'un parti d'éviter de prêter le flanc à la critique ou d'accroche à la caricature. En ce sens on peut reprocher à Vanneste d'avoir commis une faute politique.

Reste qu'on peut objecter que étant donné les difficultés de l'UMP, il est rationnel de parier sur sa défaite.
Surtout, le désir qu'à eu la droite de plaire à tout le monde est précisément ce qui l'a rendue impopulaire : en fait d'ouverture, la droite a paru molle et faible à son électorat sans séduire la gauche. Vouloir exclure un député pour des propos choquants superficiellement, sur-réagir à la polémique, voilà une attitude qui se place bien dans la trame défaitiste de la droite.

On peut aussi reprocher à Vanneste que cette citation serait la goutte d'eau qui fait déborder le vase et effectivement il y a un peu de ça, même si les citations polémiques s'étalent ponctuellement sur plusieurs années. On peut craindre que le conflit avec les associations homosexuelles ne fasse virer le député à l'aigreur ce qui serait dommage de la part de ce professeur de philosophie, un des rares hommes politiques à montrer une véritable indépendance d'esprit, contre le courant et le parti. On lui reproche un défaut de tolérance ? Un rappel sur ce qu'est la tolérance s'impose.


III) Rappel sur la tolérance


D'abord qu'est-ce que la tolérance ? On dirait bien que la tolérance a disparu du débat ou plutôt qu'elle a été vidée de son contenu.

La tolérance c'est vivre avec l'autre tel qu'il est, quoiqu'on désapprouve ce qu'il pense, ce qu'il croit, ou ce qu'il fait. Il est curieux d'avoir à rappeler que la tolérance n'a de sens qu'envers ce qu'on désapprouve.

Si une personne désapprouve l'homosexualité, elle peut être tolérante ou non, si elle approuve l'homosexualité, elle n'est ni tolérante, ni intolérante : sa tolérance n'a pas d'objet.

Ensuite la tolérance, ce n'est pas seulement dire « non à l'homophobie », qui évoque un peu le fameux « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », la tolérance c'est tout à la fois admettre que des personnes désapprouvent l'homosexualité et admettre que des personnes soient homosexuelles.

Lorsque Christian Vanneste critique l'homosexualité en prenant garde d'ajouter qu'il ne vise pas les personnes, il n'est pas intolérant. Lorsqu'une association d'homosexuels de l'UMP (Gaylib) demande son exclusion pour avoir dit ce qu'il pense, argumentant sa pensée, il y a intolérance. C'est pour cela que dans cette affaire il faut soutenir Vanneste : parce qu'on ne punit pas la vérité et parce que la tolérance ne consiste pas à interdire ceux qui pensent autrement.

La véritable tolérance doit s'exprimer contre l'hubris de notre propre raison, accepter de vivre avec des idées que notre raison rejette, accepter la division entre ce que nous pensons et ce que nous faisons, critiquer les idées mais non les personnes. La fausse tolérance c'est celle qui refuse le pouvoir de critiquer, de juger et qui impose d'accepter toutes les idées.

samedi 28 mai 2011

C'est la justice qui doit respecter la présomption d'innocence, pas le citoyen.


(Article rédigé les 16 et 17 mai, paru remanié par ailleurs. Publié pour les curieux)

En France, les affaires pénales sont l'occasion de contorsions de langage pour se conformer au principe de la présomption d'innocence. Comment rapporter qu'une personne est mise en cause, à propos de faits litigieux, sans attester la réalité de ces faits ? Comment respecter la présomption d'innocence et tout à la fois informer le public ?

Des déboires de l'infraction "présumée" - Une solution courante consiste à parler de l'"infraction présumée", expression très malheureuse parce que le mot "présumé" peut signifier que quelque chose est supposé, mais aussi, plus embêtant, que cette supposition est probablement juste. Bien pire encore, en droit, "présumé" signifie qu'on tient ce qui est présumé comme établi jusqu'à la preuve contraire. C'est d'ailleurs en ce sens qu'il faut comprendre que la justice tient le prévenu comme présumé innocent : il est tenu pour innocent jusqu'à ce qu'il soit condamné.

Ainsi dire que le directeur général du FMI est tenu en prison pour une agression présumée, c'est bien involontairement nier la présomption d'innocence puisque le "présumé", au lieu de placer une réserve sur la réalité de l'accusation, affirme que les allégations sont tenues vraies a priori…

Les journaux retiennent heureusement d'autres solutions, la meilleure consistant à attribuer les accusations à ceux qui les émettent, ce qui donne des formules telles que "le rapport de police est accablant", "la justice met en examen" etc.


La liberté d'opinion - Mais à quoi bon ces précautions ? Pourquoi diable les journaux et nous-mêmes devrions-nous respecter la présomption d'innocence ? Que l'homme s'abstienne de juger sans savoir, connaisse d'une affaire sans préjuger de sa solution, ceci est louable. Mais pourquoi devrait-il suspendre son jugement pendant quelques années le temps qu'une personne soit effectivement condamnée et épuise ses voies de recours ??

L'homme a un cerveau et il arrive qu'il sache s'en servir. Il lit des journaux, discute avec ses pairs, réfléchit son avis, se forme une opinion. Et quand bien même la justice tranche en un sens, est-il privé de la faculté de former une opinion contraire ? Ceux qui pensent que Omar Raddad est innocent ou ceux qui se rappellent des affaires Dreyfus et Outreaux savent que la vérité judiciaire n'est pas forcément la vérité et qu'il peut être juste d'en douter.

La liberté d'opinion devrait permettre au citoyen de quitter la présomption d'innocence pour une position rationnellement fondée, sans avoir à attendre le terme du processus judiciaire.


Le véritable débiteur de la présomption d'innocence : la justice - Comment dès lors laisser le citoyen se faire son opinion, tout en garantissant que le prévenu bénéficie de la présomption d'innocence ? La réponse, pour l'auteur de ces lignes, c'est que c'est l'Etat et la justice qui sont débiteurs de la présomption d'innocence mais il n'y a pas de raison a priori que cette obligation concerne les observateurs…

Les grands textes internationaux qui commandent la présomption d'innocence lient d'ailleurs les Etats et non les citoyens. Tel est le cas de la déclaration universelle des droits de l'homme ainsi que du pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il en est de même de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

On remarquera que la présomption d'innocence n'est pas la seule notion pour laquelle il existe une confusion sur la personne redevable : c'est également le cas de la laïcité. Pour la présomption d'innocence comme pour la laïcité, c'est bel et bien l'Etat qui en est le véritable débiteur et non le citoyen. Pourtant certains voudraient parfois que ce soient les citoyens qui l'appliquent ! Non. Si le citoyen doit tenir l'accusé pour innocent a priori, il n'est pas justifié qu'il suspende son jugement jusqu'à la toute fin des péripéties judiciaires.


Protéger l'institution ? Pour autant il faut que la justice soit épargnée des passions populaires, autrement dit que l'institution de la justice soit préservée de la pression de l'opinion publique. D'un côté nous avons donc la liberté d'opinion, celle d'expression ainsi que celle d'information, de l'autre la nécessité de protéger l'institution. Il faut concilier ces exigences contradictoires. Il faut de plus préserver l'honneur d'une personne qui est peut-être accusée à tort.

C'est pourquoi il n'est pas inopportun de punir l'atteinte à la présomption d'innocence que commettrait une personne comme vous et moi. Ainsi la loi punit au pénal la diffusion de photos de prévenus en menottes ainsi que les sondages de culpabilité. Pour le reste, la réprobation de l'atteinte à la présomption d'innocence est simplement civile.

Le prévenu lésé pourrait agir en diffamation mais il faut garder à l'esprit que la bonne foi permet de s'exonérer. La jurisprudence est toutefois sévère.

Il y a aussi l'article 9-1 du code civil qui permet au juge de faire publier rectificatifs et communiqués qui rétablissent la plénitude de la présomption d'innocence. On voit mal, toutefois, un directeur général du FMI attaquer toute la presse française qui aurait révélé ses déboires sans véritablement douter de sa culpabilité…


Protéger la démocratie - Le véritable problème est celui d'équilibrer le droit légitime du public a être informer, se faire son opinion, et protéger la justice et le prévenu. Pour cela il faudrait tenir compte de la personne du prévenu ainsi que du caractère plus ou moins manifeste de la réalité des accusations. Or face un aspirant à la magistrature suprême de la Ve république, il est raisonnable de penser que la liberté d'opinion doit être totale et s'exprimer avec toutes ses conséquences, ce pour sauvegarder la démocratie : parce que les électeurs doivent savoir pour qui ils votent et parce que le candidat doit être au-dessus du soupçon. La femme de César doit être irréprochable.

Dominique Strauss-Kahn était un favori de l'élection présidentielle à venir et à ce titre la liberté d'expression ne saurait être contenue : il est légitime, même si c'est cruel, que dans une démocratie les photos d'un aspirant aux fonctions suprêmes, menottes aux poignets, puissent être diffusées ; il est légitime que le citoyen puisse se faire son opinion sur la culpabilité de celui-ci sans avoir à attendre une décision de justice lointaine, ce d'autant plus quand les preuves avancées sont accablantes.

Si la justice devra appliquer pleinement la présomption d'innocence, le citoyen a légitimement le droit de bénéficier de toutes les informations et de se faire son opinion sans attendre un jugement formel, surtout quand le prévenu aspirait à la fonction suprême de la démocratie.

mardi 4 janvier 2011

Pourquoi la France jouerait à l'espionnage industriel. Du procès d'intention

Enfin une révélation intéressante de wikileaks : il s'avèrerait que la France serait numéro 1... dans le domaine de l'espionnage industriel, ce à l'échelle de l'Europe. Mieux que la Russie et le Chine. (cf lemonde.fr, 04 janv. 2011, WikiLeaks : l'espionnage économique de Paris dérange ses alliés européens)

Cela apparaitra surprenant et c'est précisément cette surprise qui va nous servir de fil d'Ariane pour expliquer le pourquoi du comment.

I) Cas particulier

En effet la France en déclin relatif perd son rang. Ce déclin n'apparait pas légitime, il est mal accepté. En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées... Dès lors on cherche une explication bien confortable. Et on la trouve : les autres puissances espionnent notre pays.

Voilà pourquoi nous sommes surpris d'apprendre que c'est plutôt la France qui sacrifierait à pareilles pratiques.

Et précisément parce qu'il est supposé un espionnage de nos concurrents, il devient légitime d'espionner en réplique. Légitime défense. Et peu importe que cet espionnage adverse soit mal étayé puisque nous sommes bon. Le plus fort est supposé l'espionnage adverse, le plus légitime apparait un espionnage en sens inverse.

La crainte d'être espionné justifie en fin de compte l'espionnage. Classique. Il apparait en fin de compte logique que le pays qui s'adonne le plus à l'espionnage soit celui qui craigne le plus d'être lui-même espionné. La révélation, à la supposer vraie, apparait en fin de compte logique.

II) Généralités

Le mécanisme que nous venons de découvrir apparait être un mode habituel du mal : nous réprouvons d'employer le mal mais nous sommes prêt à y sacrifier quand nous prêtons à notre ennemi de vouloir lui-même y recourir.

Les groupuscules extrémistes sont certainement sincères quand ils disent ne pas vouloir du mensonge et de la violence mais la croyance que leurs ennemis vont y recourir leur justifie d'y recourir eux-même.

On remarquera que les moyens que nous employons sont en fin de compte plus révélateurs de nous-mêmes que de notre adversaire. Peut-être parce qu'ils reflètent notre façon de penser et notre cadre intellectuel, bien plus que la personne réelle de notre adversaire.

De façon plus générale, la politique témoigne de camps qui se structurent en réaction au projet politique qu'ils prêtent au camp adverse. Ainsi à droite on se coalisera volontiers contre la presse, l'éducation nationale, les fonctionnaires, qu'on attaquera, en prêtant à ces groupes la volonté d'imposer ses idées quand la tendance à gauche de ces groupes a des causes plus mécaniques. A gauche on stigmatisera les riches, considérés presque ouvertement comme des parasites, les entrepreneurs, les commerçants. Chacun veut le bien public, la paix sociale et pourtant chacun est prêt à voir chez son adversaire politique un ennemi et un obstacle...

Et ainsi chaque groupe politique de s'unir autour de valeurs tout en condamnant plus ou moins explicitement le groupe adverse comme soumis aux vices pendants. Se dire libéral, est-ce que ce n'est pas susurrer que nos adversaires n'aiment pas la liberté ? Se dire socialiste, n'est-ce pas qualifier sourdement ses ennemis d'être les partisans d'un individualisme égoïste ? Appeler fête de l'humanité une fête communiste, n'est-ce pas retirer de l'humanité ceux qui sont au-delà des communistes et sympathisants ?

Le sommet est atteint avec les idéologies qui, comme l'explique Soljenitsyne, fournissent une explication totale, désignent les groupes ennemis, révèlent leurs vilaines intentions et servent en fin de compte à justifier le mal et désinhiber la violence à leur encontre.


Ainsi de l'espionnage à l'idéologie, prêter à l'adversaire de sombres intentions est le début de la corruption et du conflit. Le procès d'intention justifie le mal.

dimanche 10 octobre 2010

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas en ordre de bataille contre les banques

« Moi on ne me la fait pas ! On nous vole on nous spolie ! »

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas, c'est tout un programme. Ils ne savent pas trop de quoi ils parlent mais... mais... on ne la leur fait pas ! « Tous pourris ! »

Vous n'êtes pas d'accord avec eux ? « Naïf ! Idiot utile ! »

Déjà Paul Valéry remarquait que les nuls se prennent pour des rois détrônés : la faute au système qui ne les estime pas à leur juste valeur !

La Société Générale perd cinq milliards ? Nos amis se sentent détroussés.

La même gagne son procès ? Cela prouve que le système est pourri.

Le fisc rembourse à la banque les impôts qu'elle a payé sur des bénéfices volatilisés ? « Au voleur ! »

Ah si on leur donne le pouvoir, ils couperont quelques têtes et restaureront la république, la vertu et la justice... Car pour les monmlfp la politique se résume au combat des gentils contrariés contre les pourrivendus forcément coalisés. Ils sont d'ailleurs toujours du côté du vent, soutenant une proposition puis une autre, généralement incapables de comprendre que le bien peut contredire le bien et que la politique est un art du moindre mal.

Ainsi il ne fait pas de doute que nos amis qui vilipendent la décision de justice faisant triompher les intérêts de la société générale seraient les premiers à réclamer l'indépendance de la justice tout en étant les premiers à hurler contre les conséquences pratiques telle que la présente décision.

Et les monmlfp vont, de courriers des lecteurs en tribunes, partout gémissant, toujours conspuant, étaler leur ignorance et leur bêtise.

Si on ne peut se réjouir des malheurs du trader, comment rester triste devant la réaction du vulgum pecus à cette affaire ?

Alors où trouve-t-on les plus belles concentrations de monmlfp ? Réponse : dans les courriers des lecteurs et plus particulièrement chez lemonde.fr, qui a sa rubrique dédiée aux réactions (je ne parlerais même pas de la presse nationale-socialiste). Ah s'il n'y avait qu'une rubrique à lire dans les journaux, je prendrais le courrier des lecteurs. Manifestement pas mal de monde y trouve la sensation d'exister enfin un tout petit peu en énonçant son petit avis indigent. (bon c'est vrai pour tout internet)

Quel merveilleux sottisier : on y apprend que la décision condamnant Kerviel à réparer l'intégralité du préjudice de la Société Générale est de la justice religieuse, ou alors aux ordres du pouvoir, que c'est une condamnation perpétuelle, que la collectivité qui paye etc.

Mais c'est là l'illusion que procure internet : nous faire croire que nous sommes intelligents quand ce sont seulement les autres qui sont idiots.

Soyons donc modeste et réfutons rationnellement quelques-unes des accusations les plus communes. Expliquons.

Non, les 4,9 milliards ne sont pas une peine. C'est la réparation du préjudice causé par le trader à la Société Générale. La juridiction a imputé la pleine responsabilité du préjudice au trader et l'a condamné à réparer celui-ci.

Ainsi la Société Générale est blanchie. Quand bien même elle aurait pu commettre quelque négligence, son trader a commis des infractions au caractère intentionnel à l'origine du préjudice. Et parce qu'il s'agit d'infractions intentionnelles, les négligences éventuelles de la banque n'entrent pas dans le calcul.

Voici le passage décisif de la décision. Pour le tribunal, « Attendu qu’il ressort néanmoins des débats et des pièces de la procédure que la Société Générale a été victime du fait volontaire de Jérôme KERVIEL, constitutif des infractions d’abus de confiance, de faux et d’usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé de données, dont il s’est rendu coupable ; que les négligences imputables à la partie civile ne sauraient être prises en compte dans la détermination de l’étendue de ses droits à indemnisation résultant de la commission d’infractions volontaires ; qu’en effet, Jérôme KERVIEL a été l’unique concepteur, initiateur et réalisateur du système de fraude ayant provoqué les dommages causés à la partie civile ; qu’il s’ensuit que la Société Générale est en droit d’obtenir la réparation de l’intégralité du préjudice financier qui en découle ; »

Le jugement a aussi le mérite de montrer un nouvel échec de la stratégie de rupture. Jouer la carte de l'opinion publique se révèle in fine un aveu de faiblesse. On pourra se reporter à cet article pour se renseigner sur les stratégies de rupture.

L'avocat de Jérôme Kerviel semble pourtant s'engager davantage dans la rupture en affirmant que la banque aurait perçu 1,7 milliard du fisc, ce que les monmlfp ont immédiatement compris comme une offrande de l'Etat au temple spéculatif quand il ne s'agit que de la restitution d'impôts dont la cause du versement a disparu : les bénéfices disparaissent et donc de même les impôts correspondants. Seuls de beaux sophismes bien démagogiques permettent de dire que c'est l'argent des français qui paie les erreurs de la finance.

Trop compliqués pour les monmlfp ? Il y a sans doute de ça. Et plus difficile encore : l'incapacité à entrer une conclusion déplaisante dans un petit système avec de petites cases ; voire l'impossibilité d'entrer une nouvelle conclusion dans un système ou les conclusions se confondent avec les postulats, et les arguments ne sont que de vilaines rationalisations des idées reçues et de la mise en accusation des usual suspects.

Car la culpabilité des banques n'est pas seulement l'aboutissement du raisonnement des monmlfp, c'est encore le point de départ.

Et peu importe le raisonnement, leur vérité c'est que la finance vole les braves citoyens, que la banque savait forcément ce que son trader faisait, et puis une décision de justice c'est trop compliqué à lire, et puis le système est vendu. Et puis à quoi bon les arguments car à eux... on ne la fait pas.

lundi 5 avril 2010

La réautorisation du Ketum et son traitement médiatique


Voici quelques temps, je vois passer l'information suivante : le Ketum, une crème utilisée par les sportifs, a été réautorisé en urgence par le Conseil d'Etat, et ce serait pour des motifs bassement économiques au mépris de la santé publique. Plusieurs journaux s'en sont fait l'écho.

L'Afssaps a en effet suspendu par décision du 17 décembre 2009 la vente des produits à base de ketoprofène à raison d'un risque sanitaire. Le Conseil d'Etat a annulé en référé cette décision le 26 janvier 2010.

Pourquoi en avons-nous eu vent ? Parce que des médias ont interprété de travers la décision de la juridiction administrative suprême et qu'il a été écrit que le Conseil d'Etat ferait primer des considérations économiques sur celles de santé publique.

Ce qui est vrai c'est que le Conseil d'Etat a partiellement motivé sa décision en invoquant l'impact financier de la décision de l'Afssaps pour le producteur concerné, le ketum constituant son second produit le plus important, de sorte que l'arrêt de sa commercialisation compromettait la viabilité de l'entreprise.

Mais ce que n'importe quel juriste devait remarquer, c'est que la prise en compte de l'impact économique par le Conseil d'Etat n'avait sans doute pas pour fin de trancher le fond mais de décider si la procédure de référé était ouverte.

La procédure de référé, qui permet d'agir très rapidement, ne peut être mise en oeuvre que dans certaines hypothèses, l'hypothèse reine étant celle de l'urgence. Et l'argumentaire économique n'avait donc pour fin la plus probable que d'ouvrir la voie du référé.

C'est cette interprétation que la doctrine - voire une simple mais sérieuse lecture de la décision - confirme cf Gazette du palais, 10 mars 2010, p. 8.

Une fois de plus on regrettera le traitement médiatique d'une décision de justice : on comprend de travers et on croit trouver confirmation de ses préjugés, en l'espèce le lieu commun de la soumission de la justice aux lobbies pharmaceutiques, avatar du on nous cache tout on nous dit rien. Ici les médias n'apportent pas la contradiction ni ne médiatisent le pouvoir mais catalysent les préjugés de leurs lecteurs.

Sur le fond, le Conseil d'Etat a réautorisé le produit en raison de la quantité marginale de cas de réactions au produit, ces cas résultant en général d'un emploi ne respectant pas l'ordonnance.

En conclusion, n'oubliez pas d'apprécier par vous-même les informations.

lundi 1 février 2010

Le débat pourri du réchauffement climatique

On assiste actuellement à une remise en cause du consensus selon lequel le réchauffement climatique est un fait. Enfin "remise en cause" c'est beaucoup dire. Disons que quelques amateurs ont décidé que le réchauffement climatique était le cheval de Troie de l'étatisme.

Un peu d'ad hominem

En témoigne le numéro d'autosatisfaction de Drieu Godefridi sur lemonde.fr :
Le GIEC est mort, vive le débat !, charge contre le "terrorisme intellectuel" et l'arrogance des savants. Peut-être cet auteur ne sait-il pas qu'au Monde on aime bien ouvrir des tribunes à des points de vue pour mieux les étriller dans les répliques qui suivront. A ce petit jeu, le Monde invite rarement le meilleur champion de la cause qu'il veut démolir.

Ce qui m'embête le plus c'est que l'intéressé se dit libéral et amateur de Hayek. Oculos habent et non videbunt. Ferait-il partie de ces drôles de libéraux qui voient des complots étatistes partout, font une fixette sur l'islamofascisme et adorent les néoconservateurs ?

Assez d'ad hominem. Revenons au sujet. Que savons-nous du réchauffement climatique ?

Réponse : d'une part ce qu'on nous en dit et d'autre part la connaissance de quelques phénomènes qui ne posent pas débat tels que la fonte de glaciers millénaires et le déplacement d'espèces tropicales vers les régions censées être plus froides.

A titre personnel je ne me suis pas penché sur les preuves du débat climatologique. Comme les climatosceptiques aiment à le souligner, il y a beaucoup de faux experts dans ce débat, voeu de prudence artificiel qui signifie juste que leur opinion vaut celle des autres. Moi je ne sais pas, je le dis et je ne m'amuse pas à aller me forger mon opinion moi-même. La quête de vérité de l'amateur se finit trop souvent en prenant ses vessies pour des lanternes.

Si je ne m'y connais pas, je peux néanmoins constater quelque chose d'absolument frappant qui est la faiblesse de l'argumentation climatosceptique et son accompagnement par une puissante interprétation idéologique.

Le fondement rationnel du climatoscepticisme : des données bien douteuses

L'argumentation climatosceptique se focalise sur plusieurs données dont elle a révélé avec raison la totale vacuité (glaciers de l'Himalaya, courbe d'Al Gore, relevés de température douteux etc). Loin d'y voir la nécessaire occurrence d'erreur d'hommes faillibles ou simplement d'être humble dans la victoire, elle croit y trouver le début d'une falsification générale, duquel elle va révéler toute une mascarade comme on tire sur le fil d'un tricot pour le défaire.

Mais en réalité, si malgré tous leurs efforts les climatosceptiques n'ont pu trouver que ces quelques faits, sur lesquels ils s'appesantissent, c'est précisément parce qu'ils ne trouvent pas autre chose. Ils n'ont été aucunement capable de renverser la trame générale de faits en faveur de la théorie du réchauffement climatique.

Néanmoins ils ont effectivement révélé plusieurs affaires particulièrement lamentables de manque de rigueur chez les climatologues et sont à l'origine de la révision à la baisse de plusieurs prévisions excessivement catastrophiques. Ceci doit être porté à leur crédit.

Le fondement irrationnel du climatoscepticisme : le soupçon politique

Pourquoi les climatosceptiques ont-ils tant de soupçon contre la théorie du réchauffement climatique et de complaisance pour la théorie du complot climatologique ? Parce qu'il y a quelque chose de pourri dans le débat sur le réchauffement climatique, qui est la facilité avec laquelle la théorie du réchauffement climatique se prête à une interprétation politique.

Le levier de la critique : le millénarisme

En effet cette théorie présente les traits d'un millénarisme : la fin du monde est proche (la température augmente, nous serons submergés), elle est la conséquence de vos péchés (consommateurs égoïstes), adoptez une vie plus frugale, rejetez vos richesses, obéissez aux prophètes. De plus cette théorie se mélange aisément avec du sentimentalisme (les pays pauvres seront les premiers touchés... évidemment !), un faible esprit critique (refus de tout débat, haine de l'opinion divergente) et bien sur et surtout : de l'étatisme (il faut transformer le système en économie dirigée, faites-nous confiance).

Même si le réchauffement climatique est une théorie correcte, sa promotion n'est donc pas indifférente à quelques considérations idéologiques et il serait bon que les gens sérieux fassent le ménage des décroissants et autres rigolos.

Il est par ailleurs remarquable que nous subissions en permanence l'annonce d'une catastrophe : quid du trou de la couche d'ozone ? Il a fait pshit. Quid du DDT ? De la grippe A ? de la grippe aviaire ? De la crise financière ? Etc De quoi alimenter le soupçon.

Idéologisme des climatosceptiques

Les climatosceptiques ne sont pas en reste. A vrai dire, ils sont les plus idéologiques dans cette histoire, capable de vous dire à la fois que le réchauffement n'existe pas et que ce réchauffement existe mais n'a pas une source humaine... La coïncidence qu'ils décernent entre le mal putatif du réchauffement et le remède étatique qu'on lui attribue est décisive dans leur conviction soi-disant climatosceptique.

Le traitement des faits est incapable de s'abstenir d'une critique idéologique : on se contentera ainsi des erreurs et des excès de ceux qui soutiennent l'existence du réchauffement pour illustrer un phénomène dont on a décidé que les causes étaient politiques.

Détail amusant : les même climatosceptiques qui se gaussent de ceux qui font confiance sur parole aux scientifiques du GIEC s'abreuvent-ils de blogs pour s'informer...

Conclusion

Le succès relatif de la critique climatosceptique a au moins ceci de positif : la confrontation va avoir lieu et un camp en retirera une légitimité. En attendant il convient de ne pas mélanger les causes et en particulier ne pas risquer d'associer la cause climatosceptique à d'autres enjeux tels que le libéralisme économique, comme si une économie de marché n'était pas à même de faire face au défi du réchauffement climatique dans le cas où celui-ci serait établi.

samedi 10 octobre 2009

Obamania, suite

Un article de plus sur Barack Obama qui vient de se voir décerné le prix Nobel de la paix. Certes l'intéressé n'a pas terminé les guerres d'Irak et d'Afghanistan, certes il n'a pas fermé Guantanamo, certes il n'a pas soutenu efficacement les démocrates iraniens, certes il est tout à fait possible qu'il intensifie l'effort de guerre américain, certes il n'a surtout pas fait grand chose mais le comité Nobel n'allait pas manquer de faire la leçon aux Etats-Unis en décernant une nouvelle fois un 3e anti-prix Nobel par procuration à G. W. Bush. Ce faisant, il n'est pas certain qu'il ait rendu service au lauréat.


I/ Contre Bush

Qu'on regarde les noms de quelques lauréats récents du prix Nobel de la paix, sachant que Bush commence son premier mandat début 2001 :

*2002 : Jimmy Carter, ancien président des USA,
*2008 : Al Gore, ancien vice-président des USA et candidat malheureux contre Bush,
*et 2009 : Barack Obama, supposé mettre un terme aux aventures néocons.

Remarquons que Jimmy Carter a été récompense du Nobel pour la même raison que les électeurs américains ont refusé de le reconduire pour un second mandat : sa politique étrangère, qui apparait pacifiste aux européens, faible aux américains - ce qui n'est pas incompatible.

Remarquons qu'Al Gore a été récompensé pour s'être fait le porte-parole d'une cause essentiellement européenne, la lutte contre le réchauffement climatique. On s'était déjà demandé à l'époque quel était le rapport avec la paix.

Remarquons enfin qu'Obama est extrêmement populaire en Europe, davantage que dans son pays. Et d'ailleurs si la presse européenne exulte - ce qui risque de ne pas durer -, la presse des Etats-Unis est plus circonspecte. Lucide, le New Tork Times sous-titre The Nobel Peace Prize is a reminder of the gap between the ambitious promise of President Obama’s words and his accomplishments.

Les trois nobélisés s'opposent tous à George Bush : le premier est idéaliste version sécurité collective, le deuxième a perdu les élections contre lui, le troisième lui succède. Outre leurs qualités objectives, on peut penser que le comité Nobel leur en a ajouté une, qui est de ne pas être George Bush et sanctionner ce dernier à travers eux. Derrière ces trois prix Nobel, il y a un anti-prix Nobel.

II/ Un cadeau empoisonné

Il ne revient pas aux Européens de donner des bons et des mauvais points aux Américains. Ils n'ont pas l'autorité morale qu'ils se complaisent à afficher et ne savent pas que les Américains interprètent les politiques européennes comme des témoignages de faiblesse. Les néocons décrivent les européens comme des Munichois en puissance ; la plupart des Américains n'ont pas une opinion si tranchée néanmoins ils rejettent dans une large mesure un angélisme européen qui a pour pendant la diabolisation des Etats-Unis.

De surcroit, lorsque l'Europe fait l'éloge d'Obama et condamne Bush, lorsqu'elle s'attribue le premier et rejette le second, elle joue le jeu de ceux qui disent qu'Obama n'est pas vraiment Américain, qu'il n'a pas l'esprit du pays tandis que Bush, lui l'aurait. Les alliés européens d'Obama sont décidément embarrassants.

En attribuant le prix Nobel à Obama, le comité Nobel, émanation du parlement norvégien dirigée par l'ancien vice-président de l'internationale socialiste, donne des munitions aux détracteurs du président américain. Ceux-ci vont se faire un plaisir de dénoncer Obama comme l'homme des valeurs européennes, comme un pacifiste mièvre, faible et inconséquent.

Et si l'on regarde les noms des lauréats du passé, force est de constater que le prix Nobel de la paix a davantage récompensé les pacifistes que les promoteurs réels de la paix. C'est assez frappant concernant l'entre-deux guerres qui récompense les partisans des accords de Locarno, par lequel les Français offrent des remises de dettes définitives à l'Allemagne en échange de quelques concessions déjà contenues dans le traité de Versailles, les promoteurs du pacte Briand-Kellogg, qui décidait d'empêcher la guerre en l'interdisant, ou des membres de l'impuissante SDN. On remarquera aussi des prix pas très judicieusement placés : un certain nombre d'inconnus nommés pour tenter de faire pencher la balance dans le bons sens ou encore Arafat, Le Duc Tho, Kissinger, et surtout Wilson, dont le principe de libre-détermination des peuples, héritier du principe des nationalités de Napoléon III, devait faciliter les premières annexions de Hitler et causer tant de mal (pour la bonne raison qu'une fois qu'on a dit que l'Etat doit correspondre à une nationalité, on commence à refaire les frontières et on finit par déporter les populations).

Ainsi Obama rejoint cette drôle de liste, attributaire d'un prix qui doit plus sa réputation à l'aura des prix voisins qu'à son autorité. Ce prix pourrait lui couter cher politiquement. Il en a parfaitement conscience : il a calmé le jeu et rappelé ses devoirs de chefs de guerre dans son discours. En récompensant Obama sans véritable raison objective, le comité Nobel confirme que le président est décidément le véhicule de tous les fantasmes et l'otage de ses groopies.

jeudi 24 septembre 2009

Défense de rupture

Rendue célèbre par Me Jacques Vergès, rarement formalisée, la défense de rupture se définit comme la stratégie judiciaire consistant à jouer l'opinion publique contre l'institution de la justice.


Elle a été employée avec brio dans l'affaire Omar Raddad. Celui-ci était condamné par la justice pour le meurtre de sa cliente, qui avait écrit de son sang "Omar m'a tuer", sur un mur . L'affaire était pliée lorsque l'avocat de l'inculpé, Me Vergès, prenait les journalistes à témoin et s'exclamait : « Il y a 100 ans on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. »

Ce faisant il discréditait l'accusation comme raciste et parvenait à atteindre les préjugés de l'opinion publique, flattée de pouvoir prendre la cause d'une erreur judiciaire motivée par le racisme. Evidemment le procès était perdu mais le pouvoir politique devait intervenir pour satisfaire l'opinion et gracier le condamné.

Chapeau l'artiste. Pour cette fois-ci du moins car la plupart du temps la défense de rupture assure la condamnation du mis en examen sans grâce au bout de la route.


Plus récemment un autre inculpé célèbre a pratiqué une stratégie de la rupture : Yvan Colonna. Ses avocats dénoncent continuellement l'honnêteté de la procédure, font preuve à l'audience d'un comportement extrêmement désagréable. Ils s'adressent aux journalistes et non au tribunal car ils cherchent à toucher l'opinion publique, à la flatter cette fois sur l'air de "moi on ne me la fait pas." Ils claquent finalement la porte, de façon à imputer la condamnation de Colonna non pas à sa culpabilité mais à la volonté arbitraire d'une cour illégitime. L'avocat général de l'affaire, Jean-Jacques Krauss, a raconté les artifices employés par la défense.

L'optique est différente de l'affaire précédente : pour l'inculpé il ne s'agit pas tant de se ménager une grâce présidentielle future que de chercher à affaiblir l'Etat en discréditant sa justice comme politique. En quelque sorte et dans cette espèce la défense de rupture est la poursuite du terrorisme par d'autres moyens.


Une dernière affaire, qui se déroule actuellement, semble exposer une dernière stratégie de rupture : la défense de Dominique de Villepin dans le procès dit de l'affaire Clearstream. Me Thierry Herzog compare la défense de l'ancien premier ministre à la stratégie de Colonna. cf lemonde.fr : Pour Thierry Herzog, le mode de défense de Dominique de Villepin consiste à "imiter procéduralement Yvan Colonna".

De fait Villepin cherche à faire apparaitre sa présence devant la Cour d'assise comme un procès politique, produit de la volonté de son ennemi politique devenu président et d'une justice aux ordres. Le socialiste Montebourg a immédiatement embrayé sur une présentation aussi agréable.

Evidemment il n'y a aucune preuve mais le discours de rupture, comme dans les affaires précédentes, vise les passions et les préjugés de l'opinion publique. Alors que des accusations irréfutables devraient être tenues pour fausses, le soupçon entourant l'action de Nicolas Sarkozy transfigure le discours de Villepin et lui prête les vertus du courage, de l'honnêteté, du sacrifice.

Contrairement à Colonna, qui s'attendait à la peine maximale et n'avait rien à perdre, Villepin - qu'on me pardonne le rapprochement - estime probable une faible condamnation - n'étant là que pour des infractions commises essentiellement par abstention - et a donc tout à gagner à l'exposition médiatique qui peut le remettre en selle.

En effet la stratégie des ousiders de droite c'est de compter sur un effondrement de Sarkozy. Si un Villepin ou un Bayrou parvient à se hisser au second tour, il a ses chances de victoire en capitalisant sur l'antisarkozysme. Villepin a dès lors tout intérêt à profiter au maximum de l'opportunité que le Président lui sert.


Finalité variable, stratégie constante : la défense de rupture est négation des institutions, éloge du soupçon, flatterie de l'opinion.

lundi 27 juillet 2009

Les suites de l'affaire Fofana sur une pente glissante

Quelques mots sur les regrettables développements de l'affaire Fofana.

Depuis le rendu de la décision contre Fofana et sa bande, la situation ne cesse de se détériorer. Alors que le procès était apparu comme un succès, succès crédité en partie à son médiatique avocat général et excellent esprit, Philippe Bilger, la famille des victimes a largement remis en cause la justesse de ce verdict à l'égard des co-accusés, n'aboutissant pour l'essentiel qu'à faire fondre le capital de sympathie dont elle bénéficiait. Histoire d'un fiasco.


Le premier évènement, c'est une dénonciation du verdict déphasée de la perception publique. Cela est en partie un effet malheureux du huis clos, qui fait que la partie civile et l'opinion n'ont pas vu le même film. Mais ça n'explique pas tout. Il y a surtout un sentiment d'aliénation d'une partie des Juifs français, qui trouve une expression. Des incantations excessives telles que la shoah recommence en France discréditent ceux qui les proclament, quelle que soit la douleur d'avoir perdu un être cher, une douleur que les autres ne peuvent jamais entièrement comprendre. Mais l'excès montre une chose : beaucoup de Juifs sentent une insécurité croissante tandis que la plupart de la société française trouve que la communauté juive crie au loup. Est reproché à la décision de ne pas retenir le caractère antisémite du crime. Mais si l'enlèvement de Ilan Halimi a bien sur un lien avec l'antisémitisme, ce crime n'est pas directement antisémite en ce que les criminels voulaient obtenir rançon d'une personne qu'ils croyaient riche, à raison des préjugés qu'ils nourrissent contre les Juifs.

L'excès des réactions ne doit pas cacher qu'il y a bien un gros problème en France actuellement, que les Juifs dénoncent trop souvent isolés. Il est en effet devenu courant dans le langage jeune et de banlieue de se servir du mot juif comme insulte, pour désigner un objet cassé ou un personnage malveillant. Et ce qui devrait être perçu comme la dernière vulgarité apparait à ses auteurs comme une transgression plaisante ou un conformisme légitime.

Quoi qu'il en soit, le procès était celui de Fofana et de sa bande et pas de l'antisémitisme. Il fallait accepter la justice rendue, au moins pour éviter de quitter l'ascendant moral et descendre dans l'arène.


Le deuxième événement, c'est un appel calamiteux et parfaitement inopportun. Les parties civiles ne pouvaient faire appel et le pouvoir politique l'a fait à leur place. Image désastreuse d'une justice à deux vitesses qui se coule si facilement dans le mythe des Juifs aux manettes. Évidemment l'origine de cet appel c'est quelque chose entre le copinage politique de l'avocat des victimes et de la garde des Sceaux, si proches au RPR, cumulé à du zèle politique mal placé. Mais le cliché est tiré. Stupéfiant de maladresse.


Le troisième évènement est la campagne, grotesque de part en part, menée contre l'avocat général. Nous avons BHL, dont les compétences juridiques ont été légitimement mises en doute, qui s'en prend personnellement au magistrat et attise les flammes ; l'avocat de la famille des victimes, Me Szpiner, qui commet des déclarations incendiaires violant son obligation de délicatesse et confondant les problèmes ; le Monde qui publie deux tribunes, l'une défavorable au verdict, l'autre favorable, mais en réalité toutes deux des charges contre l'avocat général... Cette personnalisation donne l'impression de chercher un coupable et révèle d'autant plus la déconnexion du monde de la partie civile, saisie d'une fièvre obsidionale, et de la société.


Mais cette fièvre va peut-être redescendre car on a appris lundi que le parquet a demandé au bâtonnier d'ouvrir une enquête sur les propos prêtés à Me Szpiner, selon lesquels il aurait traité Philippe Bilger de traître génétique, déclaration déshonorante dont on ne peut qu'espérer qu'elle marque le nadir de toute cette histoire et que désormais les choses vont s'apaiser. Et il faut que l'affaire se calme au plus vite : car il ne faut pas oublier que cette histoire est avant tout - et surtout avant la polémique - celle d'un jeune Juif torturé à mort par un monstre qui n'a pas regretté ses actes et a provoqué la famille pendant le procès. On voit aujourd'hui avec quel succès.

jeudi 26 mars 2009

Les aventures du pape

J'aurais bien fait un billet sur la qualité des nombreuses attaques portées contre l'Eglise ces derniers temps mais je vois qu'Eolas a déjà très bien traité le sujet : La (Bonne) Parole est à la défense, rebutant les critiques sur les trois affaires du moment : l'évêque négationniste, l'excommunication d'une mineure avortée et les propos du pape sur le préservatif.

Outre les traitements contestables de ces affaires dans la presse, il faut relever le caractère habituel des imprécisions qui caractérisent dans les journaux le traitement de toute affaire impliquant de près ou de loin l'Eglise.

J'ai ainsi lu récemment Robert Solé, ancien médiateur du Monde, reprendre cette vieille scie selon laquelle l'Eglise aurait condamné Galilée pour l'empêcher d'affirmer la rotondité de la Terre... J'avais déjà évoqué le problème dans un ancien billet quand des médias avaient annoncé que les Beatles avaient été retiré de l'Index auquel ils n'avaient bien sur jamais appartenu...

Dernière affaire en date, des propos du Pape en voyage vers l'Afrique rappelant une vérité à la limite de la banalité : les distributions de préservatifs ne peuvent suffire à éradiquer le sida, il faut adopter des comportements responsables. Parce que le préservatif donne un sentiment de sécurité, il prête en effet aux comportements à risques et donc ne peut stopper la pandémie. Dès lors le mal doit être combattu directement et pas seulement ses symptômes. Le pape n'avait cependant pas pris en compte le paternalisme des occidentaux à l'égard des Africains, d'où le scandale médiatique.

Un scandale caricaturé avec bonheur par ce billet-ci, dont je conseille la lecture : [Juste pour rire] “Il fait beau !” a déclaré Benoît XVI du blog catholique e-deo.

L'athée que je suis ne peut que constater toute la malveillance qui entoure toute interprétation des actions de l'Eglise. La critique de cette institution ne se fonde ultimement pas sur la raison mais sur la facilité à se laisser porter par les préjugés du moment.

Et pourtant la critique raisonnable était possible. Mon avis est que le défaut de la position du pape et de l'Eglise est de nier la fatalité de la progression des comportements de libre sexualité, qui est un phénomène moderne irrésistible lié à la disparition des contraintes et l'accroissement de la prospérité.

ps : un autre article qui mérite le détour : les quatre registres de la morale, par Roland Hureaux.

lundi 15 décembre 2008

Raffarinade

Que n'a-t-on glosé sur les raffarinades... Comme celle-ci : « Notre route est droite, mais la pente est forte. »

Pourtant ce type de formule est assez banal outre-Atlantique et d'ailleurs un candidat heureux aux présidentielles US a lors de son discours de victoire prononcé les mots suivants :

« The road ahead will be long. Our climb will be steep. »

ça ne s'invente pas.

Et pourtant, point de ricanement cette fois-ci mais au contraire des mines rayonnantes d'admiration, à croire que le ridicule n'est en fin de compte pas dans le fond du texte mais dans la tête de l'auteur. Il est vrai qu'entre Obama et Raffarin, il n'y a pas photo niveau charisme.

vendredi 14 novembre 2008

Hussein de Nagy-Bocsa

Comment identifier dans les articles de wikipédia les présidents des républiques US et française, grave question que voilà.

Obama et Sarkozy ont chacun un nom d'usage qui fait l'économie de termes du nom complet. Dans les deux cas, leurs détracteurs ont voulu attirer l'attention sur les noms occultés pour stigmatiser les origines des candidats.

Rappeler Hussein ou Nagy-Bocsa permet de dire sans le dire que le candidat n'est pas des nôtres. Manœuvre grossière et retour de flamme.

Sur wikipédia, c'est différent, nous ne sommes pas des faux-culs mais nous prétendons tendre à l'exhaustivité et donc il va de soi que le nom indésirable doit être mentionné. Quelle place lui accorder ?

En ce qui concerne le titre de l'article, la convention de nommage commande d'adopter le titre le plus court qui définit précisément le sujet. Cette convention est soulignée dans le texte... et contestée. Même à supposer que la règle soit renversée, le consensus est clair sur les personnalités : on indique en titre d'article le nom d'usage.

La dénomination dans le corps de l'article et sur les photos est de même le nom d'usage.

Mais alors, où indiquer le nom de l'état civil ? Réponse : d'une part dans les boites qui prévoient une entrée à cet effet, d'autre part, et surtout, à la première occurrence du nom, qui se trouve normalement en début de tout article.

C'est l'usage, très respecté pour les personnalités historiques, moins respecté pour les personnalités contemporaines, pour la bonne raison que leur nom complet nous est inconnu.

En ce qui concerne MM Obama et Sarkozy, sur la wikipédia anglophone, le premier est présenté comme "Barack Hussein Obama II" et le second "Nicolas Sarkozy, born Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa". La wikipédia française adoptait une présentation similaire jusqu'à il y a peu. Actuellement c'est discuté.

On remarque que les deux cas ne sont pas rationalisés. Il est vrai que le nom complet du président français en entier ferait une accroche lourde. En sens inverse, appliquer des règles générales permet d'éviter les différends.

mardi 4 novembre 2008

Obama - McCain : les Américains oseront-ils ? (édition 548121557²)

Confronté au déluge unanimiste de mièvrerie, ce blog sort enfin de sa réserve : votez McCain !

Mais les Américains oseront-ils ?


Oseront-ils voter contre le porte-drapeau de tous les intellectuels progressistes ?
Oseront-ils voter contre le candidat plébiscité par les médias ?
Oseront-ils aller contre le pouvoir de l'argent ?
Oseront-ils voter contre la réhabilitation de la réputation américaine aux yeux de l'étranger ?
Oseront-ils faire abstraction du ridicule d'une vice- candidate ridiculisée - avec quel courage et originalité - par tous les comiques ?
Oseront-ils passer pour des bigots créationnistes réactionnaires racistes ignorants ?
Oseront-ils reconnaitre qu'ils ont perdu le leadership mondial de l'intelligence, du progrès et des droits de l'homme au profit de... la France ? cocorico !

Sérieusement, comment peut-on être Persan pour McCain ?

Moi, pour deux raison :
1/ J'ai misé de l'argent sur Hillary voici un an, je limite mes pertes si Obama perd.
2/ Je suis fatigué de voir les Français donner leur opinion sur tout (y compris moi !).

Si encore l'opinion était intéressante, mais non. Prenons l'éditorial du monde, qui appelle à la victoire d'Obama. D'abord de quoi se mêle-t-il. Ensuite pourquoi tous ces clichés ? Le président sortant est dépeint comme un horrible néoconservateur ultralibéral par la faute duquel tous les malheurs sont arrivés (moi qui croyait que la paresse intellectuelle devait être punie). Enfin Le Monde nous explique qu'il faut voter Obama parce qu'il est métis, et en ce sens abondent de nombreux commentaires. L'analyse de Patrick Jarreau est du même tonneau. Au final nous n'avons rien appris sur les Américains mais beaucoup sur le Monde et ses lecteurs.

Mon analyse est que par effet de snobisme, le monde a acquis de nombreux lecteurs qui n'avaient pas le niveau. Que ces lecteurs souhaitaient imiter les classes supérieures en lisant le monde, mais aussi trouver confirmation de leurs idées reçues, comme n'importe quel lecteur de n'importe quel journal. Que la satisfaction de cette clientèle a conduit à une altération de la ligne éditoriale du journal. Qu'aujourd'hui nous avons un éditorial prêt à sacrifier à n'importe quel cliché pour croire que ce journal dirige son lectorat et non qu'il est dirigé par lui, sanction d'avoir eu la vanité de croire que les passions des masses doivent être orientées dans le bon sens plutôt que stoppées.

Toute cette autosatisfaction, cette paresse intellectuelle, cette mièvrerie autour d'Obama doit être sanctionnée. J'invoque l'effet Bradley, je sais qu'il est tard mais peut-être que ce post fera pencher la balance dans le bon sens. Si l'avis français était insignifiant, pourquoi les journaux français donneraient-ils tous leur avis ?

Mais les Américains oseront-ils ?

mardi 9 septembre 2008

Comment la droite bat la gauche

Voilà une dizaine d'année, l'Europe avait connu une vague rose avec les arrivées au pouvoir de Blair, Jospin ou Schroeder. Ajoutez à eux Clinton et vous remarquerez que la gauche avait le vent en poupe dans les pays occidentaux. Aujourd'hui la droite gagne davantage d'élections. Sarkozy a brisé la règle de la défaite systématique de la majorité qui durait depuis 25 ans et Fillon nous dit que la droite a gagné la bataille idéologique.

A ce phénomène on peut attribuer des cause mécaniques d'usure du pouvoir ou de basculement idéologique. L'avis de votre serviteur est qu'il y a un peu plus que cela et notamment une stratégie électorale mise en oeuvre par Bush puis Sarkozy avec succès. Je n'entends pas développer ici les fantasmes habituels sur le thème Sarko = Bush = fasciste, mais montrer la logique commune derrière leur victoire : la division de la gauche en hystérisant l'extrême-gauche.

J'ai la chance de lire des journaux depuis très longtemps et à l'époque de l'élection présidentielle américaine de 2000, je fréquentai déjà l'excellente presse américaine et ses sites webs. Le niveau intellectuel et l'art de la polémique étaient et sont toujours autrement plus attirant qu'en France. Pour autant le débat ne se caractérisait pas par une grande mesure et chacun prétait toute sorte d'objectif diabolique à son adversaire. Bush était largement haï et méprisé par la gauche des démocrates qui tirait sur lui en permanence à boulet rouge.

L'antibushisme, en plus d'être excessif et manichéen, n'était pas d'une grande tolérance : il ne fallait pas critiquer Bush, il fallait le dénoncer, lui hurler dessus. Les anti-Bush étaient par ailleurs assez naïfs, persuadés que Bush allait interdire l'avortement et rétablir la peine de mort.

On constate après 8 ans qu'il ne l'a pas fait. Certain diront que c'est parce que les démocrates ont réussi à l'en empêcher. Il me semble clair pour ma part qu'il faut juger aux faits : Bush qui pendant une longue période était populaire, disposait de la majorité dans les deux chambres et avait une cour suprême de son bord, aurait parfaitement pu effectuer ces mesures. Il faut conclure que s'il ne l'a pas fait c'est qu'il ne le voulait pas (en effet, que pourraient promettre les républicains pour les prochaines élections ?). Les critiques des ultras démocrates étaient donc exagérées.

Là où je veux en venir, c'est que la diabolisation de Bush, loin de le déservir, a pavé le chemin de sa victoire. Le pendant de se diabolisation est en effet l'hystérisation et l'aliénation de l'extrême-gauche américaine. Les démocrates modérés n'aiment sans doute pas Bush mais ils détestent le fanatisme. Ainsi la gauche se divise entre les puristes anti Bush et les modérés, son candidat ne peut satisfaire aucune de ces deux tendances et il perd.

Voilà pourquoi la stratégie classique de faire campagne au centre ne s'applique plus : comme Karl Rove le lui avait conseillé, George Bush a fait campagne à droite. Refusant de se soumettre aux canons de la bien-pensance, il a rendu l'extrême-gauche hystérique. Et lorsqu'on a compris que le but du militant d'extrême-gauche n'est pas la promotion d'objectifs sociaux radicaux mais la contemplation de sa bonne conscience, on voit que la maneuvre de Bush permet à la passion de la vanité de la gauche de contestation de l'emporter sur la raison et la loyauté envers la gauche de gouvernement et de l'emporter in fine.

En 2004, l'extrême-gauche était encore plus aigrie contre Bush. Comment pouvait-on ne pas être d'accord avec elle ? Comment ne pouvait-on pas voir que Bush allait appliquer un programme réactionnaire ? N'avez-vous pas vu Michael Moore montrer à quel point Bush est bête ?

La sanction : large victoire de Bush.
La leçon retenue par l'extrême-gauche : les électeurs de Bush sont des idiots, des fanatiques d'armes, des bigots etc.

Le succès de Sarkozy a la même explication. Comme Bush il a une image droitière, et comme Bush il gouverne au centre, encore que son style est plus autoritaire. Comme l'extrême-gauche américaine, la française ne juge pas le président sur ses actes mais sur les intentions qu'elle lui prête. Pareillement elle le hait et le méprise.

Santion : large victoire de Sarkozy.
La leçon de l'extrême-gauche : les électeurs de Sarkozy sont des idiots, des riches égoïstes, des moutons sans esprit critique etc

L'ancienne stratégie consistait à draguer les électeurs de l'extrême vers le centre, la nouvelle stratégie consiste à hystériser le camp ennemi. Il faut remarquer que cette stratégie pourrait être renversée entre gauche et droite et d'ailleurs la stratégie de Mitterrand d'aliéner de nombreux électeurs de la droite vers l'extrême-droite peut s'inscrire dans ce schéma.

Que font ces hommes politiques une fois arrivés au pouvoir ? Ils gouvernent au centre en persistant à exciter l'extrême-gauche par leurs paroles. Ainsi ils alimentent la division du camp adverse, parce que l'extrême-gauche est hystérique et parce que la gauche modérée est satisfaite. Reste à savoir comment la droite va réagir sur le long terme à l'accumulation des victoires sans traduction politique réelle.

dimanche 17 août 2008

Au sujet d'une citation de Sartre à Cuba

A l'instant je suis content de moi, et c'est l'occasion d'un post.

Le Monde nous rappelait dans l'édition datée du 17 août que Jean-Paul Sartre était parti à Cuba en février-mars 1960 pour effectuer un long reportage. (lire en ligne)

Ce n'est pas tant celui-ci, ni sa présentation par Le Monde qui a frappé mon attention mais la citation finale du philosophe cité par le journaliste : "Les Yankees ont une certaine idée de la démocratie : elle subordonne - sinon dans la pratique, du moins dans la théorie - l'économie à la politique... Castro et ses amis ont justement l'idée inverse."

Tous ceux qui s'intéressent à la politique actuelle et connaissent un peu le discours antilibéral feront tilt : aujourd'hui c'est l'inverse. Aujourd'hui on accuse le libéralisme de soumettre le politique à l'économique.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Que les Etats, le pouvoir politique et in fine les citoyens n'ont plus leur mot à dire face à la mondialisation libérale. Bref le slogan existe toujours mais retourné.

Et là je me suis rappelé que ce retournement n'est pas isolé. Aron rapporte dans ses mémoires que Sartre accusait les capitalistes de malthusianisme économique cad que selon lui les capitalistes bloquaient la hausse de la production et donc de la croissance pour maintenir leur pouvoir.

Aujourd'hui on lirait plutôt l'inverse, à savoir que les capitalistes produiraient trop, épuiseraient la planète, causeraient notre perte à tous. Et voilà les belles âmes parties en guerre contre la croissance. Bastiat me vient en tête : "l'inconséquence est la limite de l'absurdité."

Que se passe-t-il en fin de compte : les anticapitalistes sont passés de la dénonciation de la soumission de l'économique au politique à l'inverse d'une part, et de la dénonciation du malthusianisme des capitalistes à celle de leur promotion de la croissance à tous prix d'autre part.

Est-ce que pourtant les capitalistes auraient changé ? Non.

Et les anticapitalistes ? Non plus.

L'argument change, la critique demeure dévoilant que ce qui compte réellement c'est de pouvoir critiquer les capitalistes et les Américains, quel que soit l'argument.

Trouvant ces retournements amusants, j'ai écrit un commentaire sur lemonde.fr, ce dont je m'abstiens le plus souvent vu la gravité du niveau. J'ai rapidement lu de quoi me réjouir..

Au commentaire 4, quelqu'un écrit :
Lechtibout
17.08.08 | 08h27
Je partage l'avis sur l'opinion finale de Sartre à propos de la suprématie du politique sur l'économique qui se trouve inversée aujourd'hui; c'est passionnant de voir notre JPS promener son regard acéré sur cette période de l'histoire cubaine encore fraiche des révoltes du Ché. Un monde de corruption laissé par les Américains et un monde ou les choix agricoles de FD démontrent la parfaite illusion d'un régime oligarchique incapable de gérer ses forces productives: une belle leçon d'histoire.
Ce commentaire établit le retournement que j'ai allégué, fait des courbettes au grand penseur puis dénonce les horribles Américains. Classique.

Aussi très classique, dans un autre genre, est le commentaire n°2 :
Michel B.
17.08.08 | 03h02
Appolon était le dieu de l'amour, bien prétentieux et mal venu celui qui use de son nom en répandant le fiel, et surtout en n'ayant aucun sens tant du politique que de l'économique.
Quelqu'un, qui ne sait pas écrire le nom du dieu qui me sert de pseudo, dieu qui n'est surement pas celui de l'amour (cf Apollo sur la Britannica), me croit prétentieux et vient me dire que je ne sais pas de quoi je parle.

Bref, tout ça pour dire qu'entre le monde et wikipédia (et le poker) j'ai les chevilles qui enflent. Voilà, le vice d'internet c'est de nous faire croire que nous sommes intelligents alors que ce sont juste les autres qui sont bêtes.

mercredi 30 juillet 2008

Obamania

Ce qui est bien avec les Américains c'est que les médias, même s'ils sont très majoritairement progressistes comme partout ailleurs voire davantage, et donc démocrates dans le cas des Etats-Unis, n'abdiquent pas leur sens critique et remplissent correctement leur rôle de contre-pouvoir, avec talent. En ce qui concerne Obama, on a d'abord senti que les médias préféraient Obama et on pouvait redouter un biais, d'autant plus prononcé que Hillary Clinton provoquait un certain rejet.

Maintenant la nouveauté d'Obama s'est effacée, et Clinton est out. Par conséquent la caricature a trouvé ses marques et fonctionne à plein régime et, en raison de la ferveur béate qu'Obama provoque, il est caricaturé en messie. On peut cependant avoir des doutes quant au second degré de certaines images.

Je vous donne les liens (pas sur d'avoir le droit de les afficher, merci à ceux qui les ont portées à ma connaissance) :
  • The dream, origine inconnue : ici,
  • The New Republic, 30 janvier 2008, couverture,
  • Illustrations d'un article du city journal d'été 2008, la toute première est absolument excellente,
  • Une collection dans le même genre sur NPR.

ps : avez-vous remarqué qu'Obama a le même prénom que le pape : "béni" ?

lundi 14 juillet 2008

Faire parler les morts

D'Outre-tombe nous viennent deux excellents textes, l'un répond à Siné qui nous a exposé dans un Charlie Hebdo de juin sa détestation des femmes voilées, l'autre est relatif aux comités de soutien de Florence Aubenas, qu'on peut appliquer à ceux d'Ingrid Bétancourt, qui jouent la mouche du coche.

Le premier est un réquisitoire de Desproges du haut de son tribunal des flagrants délires : lire ici
(descendre vers le milieu du texte), merci à Legion pour ce texte. Chacun pourra apprécier à quel point le réquisitoire contre le "seul gauchiste d'extrême droite de France" est encore à jour.

Le second est de Philippe Muray et est intitulé : Que soutiennent, au juste, les comités de soutien? Lire là, merci à Saucer fly pour l'avoir déniché. La prose est savoureuse, l'argument convaincant : "les membres des collectifs de soutien à Florence Aubenas se sont activés narcissiquement, s'offrant l'illusion de porter leur « amour » sur un autre objet qu'eux-mêmes, quand c'était bel et bien le spectacle qu'ils se donnaient qui les soulevait d'extase".

lundi 16 juin 2008

Quelques commentaires sur la presse française et l'opinion publique

On attend de la presse qu'elle informe et non qu'elle flatte. Ne serait-ce qu'un vœu pieux ?

Le traitement de l'affaire du mariage annulé de mai 2008 montre tristement que la presse a contribué à nourrir les fantasmes sur cette affaire où les deux époux s'étaient accordés pour annuler le mariage après que le mari s'est rendu compte que la virginité de son épouse qui avait été essentielle à son consentement n'était pas. Déchainement de sottises : islamisation de la France, violence contre les femmes, fin de la liberté sexuelle, juge soumis aux pressions communautaires etc.

Autre affaire. Passant il y a quelques jours par hasard à Edimbourg devant un buraliste vendant Le Monde, je découvre une une consternante assortie d'une illustration de Plantu non moins consternante accusant les riches d'accaparer les richesses, de profiter des réformes sur le dos de la société. La cible, outre les riches ? Les réformettes de Sarkozy, ses baisses d'impôt.

Etant donné que l'impôt sur le revenu est progressif c'est-à-dire que le taux d'imposition augmente avec les revenus, les Français paient une part d'autant plus élevée de leurs revenus que ceux-ci sont élevés. Il est donc impossible de baisser les impôts sans que mécaniquement les plus haut revenus en profitent le plus, ce qui offre des arguments de campagne démagogues et pas chers à certains partis politiques prêts à exploiter l'ignorance et les préjugés de leur clientèle électorale.

Or, qui véhicule les idées reçues ? Le Monde ! Le journal français le plus prestigieux ! J'avais la faiblesse de croire qu'un média qui se dit de qualité aie le courage d'aller à l'encontre de l'opinion publique. Ici, pire que s'abstenir, il alimente les passions.

Libération avait fin juin 2007 fait une couverture du même genre représentant un riche en chapeau haut-de-forme - se gorgeant des richesses produites par la société : "Au bonheur des riches". La sottise en première page.

Ajouter à cela que je suis un grand amateur de courriers des lecteurs, que je consulte souvent les réactions en ligne. Malheureusement pour moi les intervenants du monde.fr semblent être des bots qui réagissent à quelques mots-clés pour critiquer leurs obsessions : Etats-Unis, libéralisme, capitalisme. Pour une étude des meilleurs spécimen, il faut suivre la chronique d'Eric Le Boucher et cliquer avec courage sur les réactions.


J'hésite à résilier.

mardi 10 juin 2008

Quel avenir pour le libéralisme ?

Voici le troisième et dernier texte publié dans les mélanges (ceci est la vo, la version aboutie est dans la version publiée).


Il semble qu'une fois de plus avec Sarkozy la France a raté le coche. Le nouveau président est vite devenu conformiste et s'épuise dans une agitation interventionniste. Il n'a pas su réformer quand il a commencé son mandat, aujourd'hui tout apparait compromis : la possibilité des réformes comme la volonté politique. Quand viendra l'alternance, rien ne porte à croire que le PS sera davantage libéral, encore qu'il ne faut pas oublier que de nombreuses libéralisations sont venues de la gauche.

Pourquoi cette impuissance française du libéralisme ? La France a une longue et vieille tradition libérale : Fénelon, Montesquieu, Condillac, Turgot, Constant, Say, Tocqueville, Bastiat... et pourtant quand on mesure son influence aujourd'hui il faut constater que les libéraux sont très minoritaires. La France semblait à l'origine moins disposée au socialisme que ses voisines, Bainville remarquait même que cela était du à l'importance du nombre de petits propriétaires. Beaucoup d'auteurs libéraux ont acquis une aura mondiale mais il semble au final que nul n'est prophète en son pays puisque Bastiat dont Ronald Reagan conservait un ouvrage à son chevet est inconnu des Français...

Comment conquérir l'opinion française et mettre une politique libérale en oeuvre ? Certains proposent la voie associative, d'autres la voie politique, par l'intégration dans les partis de gouvernement ou par la constitution d'un parti politique libéral.

C'est cette dernière option qui agite beaucoup les libéraux depuis la création d'Alternative Libérale en 2006, en froid avec nombre d'associations et sujette à des querelles intestines.

Sans entrer dans le détail de ces débats qui, au final, n’ont que peu d’intérêt, on peut tourtefois souligner le fait que ces tensions - sinon dissensions - ont été à l’origine d’un nouveau parti libéral : le parti libéral démocrate. L'humeur générale des libéraux étant anti-politique (si ce n'est plus), on peut de toute façon se demander s'ils sont capables de suivre des consignes de vote et donc soutenir un parti politique, qu'il soit libéral, se présente libéral ou s'allie avec les libéraux.

Certains proposent de copier les méthodes de l'extrême-gauche, comme si au fond la fin justifiait les moyens.

D'autres enfin ne proposent rien, la contestation permanente étant devenue comme pour les gauchistes la fin en soi : mieux vaut prendre la pose pour toujours plutôt que transiger.

La voie associative a eu quelques beaux fruits mais beaucoup d'expériences s'effacent avec le temps.

Ce qui frappe dans ces options, c'est leur nombre, et par conséquent la division des stratégies. Les libéraux sont aussi très divisés de nature : libertariens pragmatiques ou intransigeants, anarcaps, libéraux conservateurs, non alignés, écolo, de gauche etc etc. Serge Schweitzer a bien constaté ce point et nous reprendrons son conseil : mieux vaut ne pas s'intéresser à ce qui nous divise mais à ce qui nous rassemble. Qu'avons-nous en commun ? Notre auteur aixois nous l'explique : une attitude, une façon de signer notre vie, l'adhésion à la trinité liberté-responsabilité-propriété, une confiance, une humilité, une esthétique (cf http://video.google.fr/videoplay?docid=-3163614262587575874, conférence du 02 septembre 2006).

Sur liberaux.org, le ciment est la cause commune contre le socialisme, rien sans ce ciment ne réunirait des esprits aux convictions très différentes, ce qui est en quelque sorte une chance : avoir tant d'opinions et de personnes de qualités dans un milieu restreint permet une réflexion intellectuelle féconde.

Mais ce n'est pas les idées qui prendront le pouvoir. L'avenir apparait sombre dans une France dont les institutions diffusent les idées socialistes et interventionnistes, où les Français s'expriment majoritairement contre le capitalisme, où la majorité des jeunes veulent devenir fonctionnaire.

Heureusement le monde ne se limite pas à la France : ailleurs le libéralisme avance à grand pas, les populations qui ont connu le communisme réel se font le nouveau relai des idées libérales, porteuses d'espoir et de développement. Quoi qu'en disent les Cassandre, la pauvreté recule, la connaissance avance, le monde s'intègre et ainsi les hommes sont plus libres de parvenir aux fins qu'ils se fixent aujourd'hui qu'hier.

Les pays pauvres qui ont abandonné le socialisme en économie émergent le mieux, ils ont adopté le modèle économique capitaliste en se rendant finalement compte de son efficacité. L'exemple de nos démocraties, impuissantes et démagogues, ne les pousse cependant pas à adopter nos systèmes politiques. La capacité de réforme de nos vieux pays sera à cet égard décisive pour le libéralisme politique et la démocratie.

dimanche 25 mai 2008

affaire du portable de Raul Reyes : Interpol conclue à l'authenticité

Raúl Reyes, un chef des FARC, est tué dans un raid de l'armée colombienne le 1er mars 2008 en territoire équatorien, près de la frontière derrière laquelle il s'abritait. Scandale diplomatique : la Colombie a introduit son armée en territoire étranger d'une part, les Farc s'abritaient tranquillement en Equateur d'autre part. Le mieux reste à venir.

L'armée colombienne déclare avoir trouvé sur les lieux, des ordinateurs portables et clés usb contenant de nombreuses informations. La plus grave : Hugo Chavez, le caudillo de gauche vénézuelien aurait financé les FARC, groupe qualifié de terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis, preneurs d'otages, trafiquants de drogue et marxistes révolutionnaires.

Mise en doute immédiate de l'authenticité de ces informations bien commodes, Interpol analyse le matériel et conclue à son... authenticité. Hurlement des anti-américains pour qui la presse, anglo-saxonne au premier rang des usual suspects, nous ment, nous spolie.

Dure réalité, voici ce que dit le président d'Interpol : "À l’issue de son analyse minutieuse et complète de chacune des huit pièces à conviction informatiques saisies aux mains des FARC, et après évaluation de tous les éléments examinés par ses experts, INTERPOL conclut qu’aucune des données contenues dans les pièces à conviction informatiques n’a subi d’altération postérieurement à leur saisie, le 1 er mars 2008, par les autorités colombiennes."

Peut-être le président d'Interpol est-il un pantin au service de la pieuvre capitaliste apatride alors allons lire le rapport. Certaines conclusions sont en effet bien prudentes, comme la conclusion 3 : "INTERPOL n’a trouvé aucun élément attestant la création, la modification ou la suppression de fichiers utilisateur sur l’ensemble des huit pièces à conviction informatiques postérieurement à leur saisie aux mains des FARC, le 1er mars 2008, par les autorités colombiennes."

Une autre est à charge : les Colombiens n'ont pas respecté les règles immédiatement après la saisie des portables c'est-à-dire qu'ils n'ont pas commencé par protéger les disques durs en écriture puis procédé à des copies exactes. Les Colombiens ont indiqué que les procédures ont été respecté à partir du moment où le matériel a été confié à la police judiciaire.

Le rapport confirme ces dires, notamment en sa conclusion 99 : "En tenant compte de l’ensemble des éléments qui précèdent et en s’appuyant sur un examen complet de police technique et scientifique, les experts d’INTERPOL concluent qu’aucun fichier utilisateur n’a été créé, modifié ou supprimé sur l’ensemble des huit pièces à conviction informatiques postérieurement à leur saisie aux mains des FARC, le 1er mars 2008."

So much pour la théorie du complot permanent ! On sait que des sociétés spécialisées dans l'exploitation de la crédulité humaine et la vente de théories du complot ont l'habitude de se servir de quelques faiblesses ou incohérences comme levier pour créer le doute et fournir la marchandise. Y parviendront-elles cette fois-ci ? Il semble temps pour le réseau Voltaire de renvoyer l'ascenseur à Chavez qui a affiché sa sympathie pour la théorie de Thierry Meyssan d'un complot intérieur américain derrière les attentats du 11 septembre.

On rappellera en conclusion l'excellente satire de Private Eye :
The fact that no evidence has ever emerged to suggest poisoning, while the TB theory enjoys abundant documentation, reveals the extent, and longevity, of the counter-revolutionary media conspiracy that has for so long sought to conceal from el pueblo the savage capitalist plot to frustrate the Liberator's dream of a socialist revolution in the land of his birth.