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dimanche 28 décembre 2008

La queue

Ce petit texte se propose de comprendre pourquoi on trouve toujours plus de monde dans la queue la plus longue, fait constaté empiriquement à de nombreuses reprises.

Prenant l'avion ces temps-ci, j'ai pu constater que les gens se massent sur les queues les plus proches de leur point de chute. J'ai aussi pu constater qu'ils se pressent dans la queue d'embarquement malgré le fait qu'ils disposent chacun d'un ticket leur assignant une place, ce qui fait que leur attente debout est dépourvue du moindre gain. Phénomènes désagréables à un esprit rationaliste.

Pour commencer, pourquoi les gens font-ils la queue ?

L'existence d'une queue s'explique par une inadéquation de l'offre et de la demande d'un produit : la demande du produit désiré est supérieure à l'offre, il y a une pénurie et les gens font la queue pour obtenir le produit. L'ajustement de l'offre et de la demande pourrait se faire à travers le prix, ce qui est souhaitable puisqu'une augmentation du prix augmentera les quantités produites et offertes. L'ajustement peut aussi se faire à travers une variation du coût en temps. C'est notamment le cas lorsque le prix est rigide et cela se traduit par l'apparition d'une queue.

Plus la queue est longue, plus vous allez consommer votre temps et moindre est votre chance d'être satisfait au final de sorte que vous aurez moins tendance à vous ajouter à la queue. Au bout d'une certaine longueur de queue, seuls les gens mal informés s'ajoutent.

La queue est caractéristique des échanges dans les systèmes où le prix est fixé discrétionnairement et non par les mécanismes du marché : régimes soviétiques mais aussi billetterie d'opéra voire services de justice.

Tout cela ne nous explique pas tout ce que la queue a d'irrationnel : les derniers font la queue pour rien, les gens font des queue inutiles (la queue d'embarquement mais aussi la queue de sortie, qui se forme plusieurs minutes avant la sortie d'avion ou de train pour un gain de temps ridicule), les queues alternatives ont des longueurs différentes.

L'homme trouverait-t-il du plaisir à faire la queue ? Peut-être mais avant tout la queue révèle quelque chose d'embarrassant : notre instinct grégaire. La copie du comportement normal du groupe est une source essentielle de notre comportement et voilà pourquoi il nous est difficile de rester assis quand tout le monde se lève dans le train, de prospecter par soi-même des solutions différentes.

Nous pouvons tourner ces régularités à notre avantage. Ne prenez pas la queue préférée du public, gagnez du temps : prenez le temps de comparer les queues, cherchez la queue la plus éloignée du point de chute des clients, identifiez les queues comportant des tiers (en particulier les familles, qui occupent beaucoup de places mais passent à une vitesse comparable à celle d'une personne), déterminez le débit d'arrivée de la queue (par exemple une queue peut mener à une caisse, une autre à plusieurs), conservez des options sur le maximum de queues le plus tard possible. Si la queue est incompréhensible, sachez ne pas perdre votre temps inutilement, en particulier restez assis.

8 commentaires:

temps a dit…

J'aime faire la queue car sans l'autre je n'existe pas.
Oui je pourrais croire en Darwin, que c'est l'appat du gain qui fait avancer l'humanité. Oui je pourrais croire en ces vieilles coutumes qui pensent que l'homme est imparfait et qu'il faut le remplacer par des machines. Mais voila, je crois comme les philosophes du siècle des lumières que le temps n'existe pas par lui-même ou pour lui-même, je crois que le temps est composé de nos actions qui lui donne sa forme. Cartésiens comptez-vous avec votre système, mais n'attendez pas que l'esprit français en fasse autan.
Cordialement

Apollon a dit…

Ton explication me semble quand même une rationalisation a posteriori qui permet de s'attribuer la responsabilité de ce qui ne dépend en fait pas de soi. Et ce que tu dis de Darwin me semble un faux procès. Quoi qu'il en soit je suis d'accord avec ta conception du temps.

darkoneko a dit…

Oui, il est de notoriété publique que l'homme aime La Queue :)

Apollon a dit…

uhuh coquin :p

DC a dit…

La queue est caractéristique des échanges dans les systèmes où le prix est fixé discrétionnairement et non par les mécanismes du marché : et les queues pour le dernier Harry Potter ou le dernier ipod alors ?

Etienne a dit…

Il n'est pas irrationnel aux États-Unis pour les vols intérieurs de faire la queue à l'embarquement malgré le fait que les places soient déjà attribuées sur les billets. Cela tient au fait que, depuis peu, les compagnies aériennes américaines font payer tout enregistrement de bagage en soute. La conséquence, c'est qu'au maximum les gens utilisent des bagages à main à placer en cabine. Et la conséquence de ceci, c'est que l'on met 10-20 minutes une fois avoir embarqué pour placer tous ces bagages à main avec la règle suivante : s'il n'y a pas de place pour tous les bagages à main, les bagages restants devront être enregistrés et les passagers concernés devront s'acquitter du supplément correspondant. Il y a donc clairement un intérêt à arriver dans les premiers dans l'avion pour a) placer directement son bagage sans se casser les pieds, b) être sûr de ne pas avoir à l'enregistrer.

Apollon a dit…

@DC : l'ipod et Harry Potter sont des produits sans réelle concurrence, le producteur peut se permettre de placer le client en pénurie (voire de l'organiser pour exacerber le désir) pour la satisfaire plus tard, sans craindre qu'un concurrent lui pique ses clients. Quoi qu'il en soit, si les prix de départ avaient été plus élevés il n'y aurait pas eu de queue.

@Etienne : bien vu mais en l'espèce c'était un vol international. Une raison qui a poussé à la formation précoce de la queue, que je n'ai pas citée, est que l'avion avait une heure de retard.

Meodudlye a dit…

Pour les queues dans les avions, au moment de débarquer, je suis également perplexe sur leur création, sachant que globalement tout le monde récupère son bagage à peu près en même temps dans un aéroport moderne.