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mercredi 17 juin 2009

Velupillai Prabhakaran

Les dictateurs sont souvent de grands malades, dont on se demande comment rationnellement ils peuvent se maintenir au pouvoir. Velupillai Prabhakaran, abattu le 17 mai 2009, n’aura jamais eu l’occasion de s’établir comme dirigeant de la partie tamoule du Sri Lanka qu’il entendait rendre indépendante. Le caractère dictatorial et inhumain de son pouvoir, sa personnalité délirante, sa mégalomanie méritent de le comparer à des dictateurs effectifs. Velupillai Prabhakaran a sa place auprès de Marcos, dont l’épouse avait accumulé 20.000 paires de chausures, Bokassa, qui s’était fait sacrer empereur par une cérémonie somptuaire, Ceausescu qui avait rasé le centre-ville historique de Bucarest pour bâtir des horreurs gigantesques, ou Trujillo, mulâtre psychopathe qui se teignait en blanc, violait des gamines et se préparait une tombe grandiose au Père Lachaise.

Velupillai Prabhakaran était le chef des Tigres tamouls, une organisation militaire qui tenait une guérilla depuis 1976 contre le pouvoir srilankais pour obtenir l’indépendance des territoires tamouls. Ce chef de guerre se distingue par sa violence et son fanatisme. Il tourne ses armes non seulement contre l’ethnie cingalaise mais aussi contre les tamouls modérés, éliminant tous ses rivaux et assassinant les hommes politiques qu’il juge trop conciliants.

Aussi horrible que ces actes puissent paraître, on peut encore concevoir qu’ils soient ordonnés par la raison, quoique malsaine. La suite de l’étude du personnage montre que tel n'est pas le cas.

Velupillai Prabhakaran, obsédé par sa personne, se faisait huiler plusieurs fois par jour, vivait dans le grand luxe, mettait en scène avec soin – à son niveau – son image auprès des émigrés, auxquels il soutirait de quoi poursuivre ses campagnes. Classique.

Plus original, Velupillai Prabhakaran est un amateur de films de guerre américains et cet attrait se révèle riche de conséquences. Il tire de ces films une inspiration pour son propre comportement. Il se promène ainsi, du moins c’est ce qu’il fait croire, avec une capsule de cyanure autour du cou ! Il prétend également pouvoir s’enfuir en sous-marin si les choses tournent mal (ces détails sont donnés dans sa nécro du journal The Economist). William Dalrymple, le célèbre écrivain écossais, rapporte dans un de ses livres que les exploits militaires que les tigres tamouls lui racontaient reprenaient littéralement le scénario de certains films... Et en effet les films américains servaient également à élaborer les plans d’attaque, ce qui conduisit à des attaques particulièrement téméraires... et désastreuses.

Il faut ajouter à cela que les Tigres tamouls sont les premiers combattants contemporains à utiliser l’attentat suicide, bien avant les islamistes. Cette arme a causé un grand nombre de morts dont celles de personnalités politiques telles que Rajiv Gandhi, dont la veuve est actuellement la personnalité politique la plus importante de l'Inde.

L'aventure est terminée. Les Tigres tamouls ont terminé écrasés et leur chef abattu alors qu’il s’enfuyait. Sans doute les Tamouls ont-ils des raisons de se plaindre du traitement que leur réserve un Etat contrôlé par une autre ethnie mais une guérilla dirigée par un psychopathe ne pouvait mener qu’au désastre. Comme disait Raymond Aron, de mémoire, la grande aventure d’un homme se termine en tragédie pour son peuple.

5 commentaires:

darkoneko a dit…

avec une capsule de cyanure autour du coup

du cou :)

Apollon a dit…

ah mince

Sekonda a dit…

Résumé intéressant, il tient en effet bien sa place à coté des dictateurs les plus cinglés (comme quoi, pas besoin d'un vrai Etat ...)

C'est étonnant qu'il ai réussi à tenir plus de 40 ans ainsi avec les finances des émigrés (plus sans doute le résultat de vols).

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Apollon a dit…

Commentaire injurieux supprimé. Les détails contestés proviennent de la nécrologie parue dans the economist. D'autres proviennent de William Dalrymple.