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samedi 4 octobre 2008

Les raisons de la crise économique

Je remercie Free Jazz pour avoir porté à ma connaissance cette analyse de la crise, intéressante à tous points de vue. La traduction est de Hervé de Quengo.
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De la manipulation de la monnaie et du crédit
Les Raisons de la crise économique

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II. Les changements cycliques concernant la situation économique

1. Le rôle des taux d'intérêt

Dans notre système économique les époques de prospérité alternent habituellement de manière plus ou moins régulière avec des époques de dépression. Le déclin suit l'essor économique, l'essor suit le déclin, etc. L'attention de la théorie économique a été grandement attirée, pour des raisons bien compréhensibles, par ce problème des changements cycliques des conditions économiques. Au début, plusieurs hypothèses incapables de résister à l'examen critique furent proposées. Toutefois on finit par développer une théorie des fluctuations cycliques répondant aux exigences légitimement attendues de la part d'une solution scientifique au problème. Il s'agit de la Théorie du crédit de circulation, habituellement appelée Théorie monétaire des cycles économiques. Cette théorie est généralement acceptée par les scientifiques. Toutes les mesures de politique cyclique prises au sérieux sont issues du raisonnement qui est à la base de cette théorie.

D'après la Théorie du crédit de circulation (Théorie monétaire des cycles économiques), les changements cycliques de la situation économique proviennent des tentatives de baisse artificielle des taux d'intérêt sur les prêts par l'intermédiaire de décisions de politique bancaire — expansion du crédit bancaire par le biais d'une émission ou d'une création d'instruments fiduciaires supplémentaires (c'est-à-dire de billets de banque et/ou de dépôts à vue non couverts à 100 % par de l'or). Sur un marché non perturbé par l'interférence d'une telle politique bancaire « inflationniste », les taux d'intérêt s'établissent à un niveau pour lequel tous les moyens sont disponibles pour réaliser tous les plans et toutes les initiatives qui ont été entrepris. Ces taux d'intérêt d'un marché non entravé sont connus sous le nom de taux « naturels » ou « statiques ». Si l'on respectait ces taux d'intérêt, le progrès économique se poursuivrait sans interruption — en dehors de l'influence des cataclysmes naturels ou d'actes politiques comme les guerres, les révolutions et autres phénomènes du même genre. Le fait que le développement économique suit un mouvement sinusoïdal doit être mis sur le compte de l'intervention des banques au travers de leur politique de taux d'intérêt. Chez les politiciens, dans le monde des affaires, dans la presse et au sein de l'opinion publique l'idée qui prévaut généralement est que la réduction des taux d'intérêt en dessous du niveau engendré par les conditions du marché est un objectif louable en matière de politique économique, et que la façon la plus simple de parvenir à ce but est d'accroître le crédit bancaire. Sous l'influence de cette idée, on tente sans arrêt de déclencher un essor économique en accordant des prêts supplémentaires. Certes, le résultat d'une telle expansion du crédit répond au départ aux attentes. Les affaires reprennent vie. Une amélioration notable se produit. Mais l'effet stimulant émanant de l'accroissement du crédit ne peut toutefois pas continuer éternellement. Tôt ou tard, un boom économique créé de cette manière doit s'effondrer.

Aux taux d'intérêt qui s'établissaient sur le marché, avant toute intervention des banques par l'intermédiaire de la création d'un crédit de circulation supplémentaire, les seules entreprises et affaires qui paraissaient rentables étaient celles pour lesquelles les facteurs de production étaient disponibles dans l'économie. Quand les taux d'intérêt baissent suite à l'expansion du crédit, certaines affaires qui ne semblaient pas rentables auparavant donnent l'impression de l'être. C'est précisément le fait que de telles affaires soient entreprises qui déclenche l'essor. Mais l'économie n'est pas suffisamment riche pour elles. Les ressources dont elles ont besoin pour être achevées ne sont pas disponibles : elles doivent être retirées à d'autres entreprises. Si les moyens avaient été disponibles l'accroissement du crédit n'aurait pas été nécessaire pour rendre possibles les nouveaux projets.

2. Les conséquences de l'expansion du crédit

L'expansion du crédit ne peut pas augmenter la quantité de biens réels. Elle ne conduit qu'à un réarrangement. Elle détourne les investissements en capital du cours prescrit par la situation de la richesse économique et des conditions du marché. A cause d'elle la production suit des voies qu'elle n'aurait empruntées que si l'économie avait connu un accroissement du nombre des biens matériels. Il en résulte que l'essor ne repose pas sur une base solide. Il ne s'agit pas d'une prospérité réelle. C'est une prospérité illusoire. Elle ne s'est pas développée à la suite d'une augmentation de la richesse économique. Elle est née au contraire parce que l'expansion du crédit a créé l'illusion d'un tel accroissement. Tôt ou tard il doit apparaître que cette situation économique est construite sur du sable.

Tôt ou tard l'accroissement du crédit, par la création d'instruments fiduciaires supplémentaires, doit s'arrêter. Même si les banques le voulaient elles ne pourraient pas continuer cette politique indéfiniment, même si elles étaient obligées de le faire par une forte pression extérieure. L'augmentation constante de la quantité d'instruments fiduciaires aboutit à la hausse constante des prix. L'inflation ne peut continuer que tant que persiste l'opinion qu'elle s'arrêtera dans un avenir prévisible. Mais si la conviction que l'inflation ne s'arrêtera pas s'empare des esprits, le public tient compte à l'avance des hausses de prix anticipées. En conséquence les prix s'emballent par à-coups, sans qu'il y ait de limites. Les gens se détournent de l'usage de la monnaie, qui est mis en danger par l'accroissement des instruments fiduciaires. Ils « fuient » vers les devises étrangères, vers les lingots métalliques, les « valeurs réelles », le troc. Bref la monnaie s'effondre.

La politique d'expansion du crédit est habituellement abandonnée bien avant que ce point critique ne soit atteint. Elle est interrompue en raison de la situation qui se développe concernant les relations commerciales internationales et aussi, en particulier, en raison de l'expérience des crises précédentes, qui ont fréquemment aboutit à des limitations légales du droit des banques centrales d'émettre des billets et de créer du crédit. En tout cas la politique d'accroissement du crédit doit prendre fin, si ce n'est suffisamment vite suite à une volte-face des banques, alors plus tard dans un effondrement catastrophique. Plus vite elle est arrêtée, moins il y aura de dommages consécutifs au fourvoiement de l'activité entrepreneuriale, plus la crise sera douce et plus la période de stagnation économique et de dépression générale sera courte.

L'apparition de crises économiques revenant périodiquement est la conséquence nécessaire des tentatives continuellement répétées visant à faire baisser les taux d'intérêt « naturels » du marché au moyen de la politique bancaire. Les crises ne disparaîtront pas tant que les hommes n'auront pas appris à éviter de tels « amorçages de la pompe », parce qu'un boom stimulé de manière artificielle doit inévitablement conduire a une crise et à la dépression.


III. La crise actuelle

La crise dont nous souffrons aujourd'hui est également le résultat d'une expansion du crédit. La crise actuelle est la conséquence inévitable d'un boom. Une telle crise suit nécessairement tout boom suscité par la tentative de réduire le « taux d'intérêt naturel » par l'accroissement des instruments fiduciaires. Mais la crise actuelle diffère sur certains points essentiels des crises précédentes, tout comme le boom l'ayant précédée différait des essors économiques précédents.

La période de boom la plus récente n'a pas entièrement pris fin, au moins en Europe. Certains pays et certaines branches de la production n'ont pas été touchés de façon très importante par l'embellie qui, dans de nombreux pays, fut assez agitée. Un peu de la dépression précédente continuait, y compris pendant l'embellie. Pour cette raison — en accord avec notre théorie et sur la base de l'expérience passée — on aurait pu s'attendre cette fois à ce que la crise soit plus douce. Mais elle est à coup sûr bien plus sévère que les crises précédentes et il apparaît peu probable que la situation économique s'améliore de sitôt.

L'absence de rentabilité de nombreuses branches de la production et le chômage d'une proportion importante de travailleurs ne peuvent évidemment pas être dus au seul ralentissement des affaires. Cette absence de rentabilité et ce chômage sont tous deux accentués en ce moment par la dépression généralisée. Mais ils sont devenus, en cette période d'après-guerre, un phénomène durable qui ne disparaît pas complètement y compris lors de l'essor économique. Nous sommes confrontés ici à un nouveau problème que la théorie des changements cycliques ne peut pas résoudre à elle seule.


Ludwig von Mises (1931) - La Crise économique — Discours prononcé le 28 février 1931 (surlignez pour lire le nom de l'auteur)

Pris du site de Hervé de Quengo, qui propose gratuitement ses nombreuses traductions professionnelles de notre auteur.

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