Etes-vous quelqu'un de différent ?

jeudi 24 septembre 2009

Défense de rupture

Rendue célèbre par Me Jacques Vergès, rarement formalisée, la défense de rupture se définit comme la stratégie judiciaire consistant à jouer l'opinion publique contre l'institution de la justice.


Elle a été employée avec brio dans l'affaire Omar Raddad. Celui-ci était condamné par la justice pour le meurtre de sa cliente, qui avait écrit de son sang "Omar m'a tuer", sur un mur . L'affaire était pliée lorsque l'avocat de l'inculpé, Me Vergès, prenait les journalistes à témoin et s'exclamait : « Il y a 100 ans on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. »

Ce faisant il discréditait l'accusation comme raciste et parvenait à atteindre les préjugés de l'opinion publique, flattée de pouvoir prendre la cause d'une erreur judiciaire motivée par le racisme. Evidemment le procès était perdu mais le pouvoir politique devait intervenir pour satisfaire l'opinion et gracier le condamné.

Chapeau l'artiste. Pour cette fois-ci du moins car la plupart du temps la défense de rupture assure la condamnation du mis en examen sans grâce au bout de la route.


Plus récemment un autre inculpé célèbre a pratiqué une stratégie de la rupture : Yvan Colonna. Ses avocats dénoncent continuellement l'honnêteté de la procédure, font preuve à l'audience d'un comportement extrêmement désagréable. Ils s'adressent aux journalistes et non au tribunal car ils cherchent à toucher l'opinion publique, à la flatter cette fois sur l'air de "moi on ne me la fait pas." Ils claquent finalement la porte, de façon à imputer la condamnation de Colonna non pas à sa culpabilité mais à la volonté arbitraire d'une cour illégitime. L'avocat général de l'affaire, Jean-Jacques Krauss, a raconté les artifices employés par la défense.

L'optique est différente de l'affaire précédente : pour l'inculpé il ne s'agit pas tant de se ménager une grâce présidentielle future que de chercher à affaiblir l'Etat en discréditant sa justice comme politique. En quelque sorte et dans cette espèce la défense de rupture est la poursuite du terrorisme par d'autres moyens.


Une dernière affaire, qui se déroule actuellement, semble exposer une dernière stratégie de rupture : la défense de Dominique de Villepin dans le procès dit de l'affaire Clearstream. Me Thierry Herzog compare la défense de l'ancien premier ministre à la stratégie de Colonna. cf lemonde.fr : Pour Thierry Herzog, le mode de défense de Dominique de Villepin consiste à "imiter procéduralement Yvan Colonna".

De fait Villepin cherche à faire apparaitre sa présence devant la Cour d'assise comme un procès politique, produit de la volonté de son ennemi politique devenu président et d'une justice aux ordres. Le socialiste Montebourg a immédiatement embrayé sur une présentation aussi agréable.

Evidemment il n'y a aucune preuve mais le discours de rupture, comme dans les affaires précédentes, vise les passions et les préjugés de l'opinion publique. Alors que des accusations irréfutables devraient être tenues pour fausses, le soupçon entourant l'action de Nicolas Sarkozy transfigure le discours de Villepin et lui prête les vertus du courage, de l'honnêteté, du sacrifice.

Contrairement à Colonna, qui s'attendait à la peine maximale et n'avait rien à perdre, Villepin - qu'on me pardonne le rapprochement - estime probable une faible condamnation - n'étant là que pour des infractions commises essentiellement par abstention - et a donc tout à gagner à l'exposition médiatique qui peut le remettre en selle.

En effet la stratégie des ousiders de droite c'est de compter sur un effondrement de Sarkozy. Si un Villepin ou un Bayrou parvient à se hisser au second tour, il a ses chances de victoire en capitalisant sur l'antisarkozysme. Villepin a dès lors tout intérêt à profiter au maximum de l'opportunité que le Président lui sert.


Finalité variable, stratégie constante : la défense de rupture est négation des institutions, éloge du soupçon, flatterie de l'opinion.

dimanche 30 août 2009

Le Jargon du Diable

Vous connaissez peut-être le Dictionnaire du diable d'Ambrose Bierce, chef d'oeuvre de cynisme et d'humour noir, disponible dans sa version anglaise originale sur le net ici.

Sachez qu'un wikipédien a eu l'idée d'en faire un pastiche voici un moment, appellé le Jargon du Diable, en prenant pour thème la communauté wikipédienne. Le résultat, visible sur une sous-page de son profil est plutôt réussi mais plus vraiment à jour, son auteur, Keriluamox, s'étant faché avec le projet. Du coup le travail est figé, ce qui n'est peut-être pas plus mal et épargne l'effort de rejeter les propositions pas toujours éclairées proposées en page de discussion.

Je vous invite à aller voir le travail, que vous soyez wikipédien et aimiez l'humour un peu grinçant, ou que vous ne soyez pas wikipédien et ayez envie de mieux connaitre l'encyclopédie et son jargon, avec un autre regard que celui des amateurs jaloux et des critiques mal informées.

Quelques exemples :

Hors critères : Autopromo prématurée de quelques années.

Internationalisation : Ajout de sections sur la Belgique, la Suisse et le Canada.

Neutralité : Art de lister toutes les opinions ramassées sur des blogs comme alternatives divisant les spécialistes.


Le reste est ici : [[Utilisateur:Keriluamox/Le_Jargon_du_Diable]].

Et si ça ne vous suffit pas, lisez les propositions en pdd. Les courageux -ou les téméraires- tenteront leur chance et proposeront de nouvelles entrées.

lundi 27 juillet 2009

Les suites de l'affaire Fofana sur une pente glissante

Quelques mots sur les regrettables développements de l'affaire Fofana.

Depuis le rendu de la décision contre Fofana et sa bande, la situation ne cesse de se détériorer. Alors que le procès était apparu comme un succès, succès crédité en partie à son médiatique avocat général et excellent esprit, Philippe Bilger, la famille des victimes a largement remis en cause la justesse de ce verdict à l'égard des co-accusés, n'aboutissant pour l'essentiel qu'à faire fondre le capital de sympathie dont elle bénéficiait. Histoire d'un fiasco.


Le premier évènement, c'est une dénonciation du verdict déphasée de la perception publique. Cela est en partie un effet malheureux du huis clos, qui fait que la partie civile et l'opinion n'ont pas vu le même film. Mais ça n'explique pas tout. Il y a surtout un sentiment d'aliénation d'une partie des Juifs français, qui trouve une expression. Des incantations excessives telles que la shoah recommence en France discréditent ceux qui les proclament, quelle que soit la douleur d'avoir perdu un être cher, une douleur que les autres ne peuvent jamais entièrement comprendre. Mais l'excès montre une chose : beaucoup de Juifs sentent une insécurité croissante tandis que la plupart de la société française trouve que la communauté juive crie au loup. Est reproché à la décision de ne pas retenir le caractère antisémite du crime. Mais si l'enlèvement de Ilan Halimi a bien sur un lien avec l'antisémitisme, ce crime n'est pas directement antisémite en ce que les criminels voulaient obtenir rançon d'une personne qu'ils croyaient riche, à raison des préjugés qu'ils nourrissent contre les Juifs.

L'excès des réactions ne doit pas cacher qu'il y a bien un gros problème en France actuellement, que les Juifs dénoncent trop souvent isolés. Il est en effet devenu courant dans le langage jeune et de banlieue de se servir du mot juif comme insulte, pour désigner un objet cassé ou un personnage malveillant. Et ce qui devrait être perçu comme la dernière vulgarité apparait à ses auteurs comme une transgression plaisante ou un conformisme légitime.

Quoi qu'il en soit, le procès était celui de Fofana et de sa bande et pas de l'antisémitisme. Il fallait accepter la justice rendue, au moins pour éviter de quitter l'ascendant moral et descendre dans l'arène.


Le deuxième événement, c'est un appel calamiteux et parfaitement inopportun. Les parties civiles ne pouvaient faire appel et le pouvoir politique l'a fait à leur place. Image désastreuse d'une justice à deux vitesses qui se coule si facilement dans le mythe des Juifs aux manettes. Évidemment l'origine de cet appel c'est quelque chose entre le copinage politique de l'avocat des victimes et de la garde des Sceaux, si proches au RPR, cumulé à du zèle politique mal placé. Mais le cliché est tiré. Stupéfiant de maladresse.


Le troisième évènement est la campagne, grotesque de part en part, menée contre l'avocat général. Nous avons BHL, dont les compétences juridiques ont été légitimement mises en doute, qui s'en prend personnellement au magistrat et attise les flammes ; l'avocat de la famille des victimes, Me Szpiner, qui commet des déclarations incendiaires violant son obligation de délicatesse et confondant les problèmes ; le Monde qui publie deux tribunes, l'une défavorable au verdict, l'autre favorable, mais en réalité toutes deux des charges contre l'avocat général... Cette personnalisation donne l'impression de chercher un coupable et révèle d'autant plus la déconnexion du monde de la partie civile, saisie d'une fièvre obsidionale, et de la société.


Mais cette fièvre va peut-être redescendre car on a appris lundi que le parquet a demandé au bâtonnier d'ouvrir une enquête sur les propos prêtés à Me Szpiner, selon lesquels il aurait traité Philippe Bilger de traître génétique, déclaration déshonorante dont on ne peut qu'espérer qu'elle marque le nadir de toute cette histoire et que désormais les choses vont s'apaiser. Et il faut que l'affaire se calme au plus vite : car il ne faut pas oublier que cette histoire est avant tout - et surtout avant la polémique - celle d'un jeune Juif torturé à mort par un monstre qui n'a pas regretté ses actes et a provoqué la famille pendant le procès. On voit aujourd'hui avec quel succès.

lundi 13 juillet 2009

Crise ou coup d’Etat au Honduras ?

Il était une fois un président populaire et antilibéral, hostile aux institutions républicaines qui lui interdisaient de briguer un second mandat de quatre ans dont il chérissait l'idée. L'emploi de la force mit fin au blocage et, vous avez bien compris, Louis-Napoléon Bonaparte conservait ainsi le pouvoir qu'il aurait du rendre, et le convertissait un an après en titre impérial.

Ce 28 juin 2009, le président du Honduras eu nettement moins de chance. Il a été arrêté puis expulsé par l’armée, soutenue par la Cour suprême et le Parlement. Très vite, le président a acquis le soutien de la communauté internationale, sans que cela le remette en place.

On a très vite qualifié les évènements de coup d'Etat, une qualification que je rejoins in fine quoique je pense qu'elle mérite d'être disputée, ce qui est d'ailleurs le cas sur les wikipédias. Cette qualification mérite d'être disputée parce qu'elle attribue un peu vite les rôles. Pour la communauté internationale, il semble cependant que le procès soit déjà terminé.

I ) Un unanimisme international


Unanimisme, c'est bien le mot pour décrire la réaction de la communauté internationale. Certes il y a des nuances mais de façon générale on critique fiévreusement ou alors on critique, ou on dénonce. Les positions des pays s’étalent de la qualification de coup d’Etat assortie d’une condamnation et d’un appel à remettre en place le président, jusqu’à la dénonciation de la suite de l’emploi de la force et des appels à respecter la démocratie et l’état de droit (en réalité des formules génériques que chacun peut prendre pour soi).

Il faut cependant comprendre que cet unanimisme ne nous apprend pas grand chose sur les événements au Honduras, mais bien davantage sur la façon dont on doit gérer l’opinion publique dans ce type de crise.

Aucun Etat ne veut en effet être attrapé en flagrant crime de lèse-opinion publique. D’une certaine façon le rêve des doctrines idéalistes en matière de relations internationales s’est réalisé : l’opinion publique compte. Mais pas comme prévu. Pas comme une force populaire au soutien d’une démocratie libérale fin de l’histoire, plutôt comme une passion qu'on ne veux pas avoir contre soi.

Cet unanimisme à critiquer le changement brutal de pouvoir, qu'il soit ou non qualifié de coup d'Etat, a ainsi le mérite de couper l’herbe sous le pied des démagogues américains, toujours prêts à stigmatiser les États-Unis. Chavez et ses amis, après avoir commencé leur réquisitoire contre les États-Unis, ont du faire machine arrière et se contenter de prêter aux riches.

Les événements se glissent facilement dans la matrice de l’éternel coup d’Etat subi par une république bananière. La facilité devrait générer un peu de doute malheureusement pour beaucoup de monde, c’était un slam dunk et on s’est précipité à interpréter en noir et blanc ce qui était complexe.

II ) Une qualification disputable

La réalité est toujours complexe. La définition d’un coup d’Etat elle-même n’a rien d’évidente. J’ai d’ailleurs du la revoir lors de la crise, aidé par quelques manuels (l’article de wp:fr reste à revoir si ce n’est à recycler).

Observons notre définition. Un coup d’Etat est un renversement du pouvoir qui se caractérise plus par son illégalité que par sa brutalité : l’illégalité est nécessaire, la violence n’est que contingente. De surcroit le renversement émane d’une autorité constituée c.-à-d. qu’une section de l’Etat s’empare du tout.

Incidemment ces deux caractéristiques permettent àmha de distinguer le coup d’Etat du putsch - plus violent, plus extérieur à l'Etat - encore que généralement on les traite comme synonyme.

Le coup d’Etat se distingue de la révolution, pour laquelle on prête une part plus active à la population. Pour cela, nombre de coups tentent de se faire passer pour des révolutions.

En l’espèce la qualification du renversement du président Zélaya en coup rencontre des difficultés : celui-ci voulait effectuer une consultation populaire dans des formes que la Constitution ne prévoyait pas (cette consultation était donc interdite) pour le motif transparent de permettre la réélection du président, ce que la Constitution non seulement interdit mais prescrit en plus le prononcé de la haute trahison…

La Cour suprême avait logiquement jugé un tel scrutin illégal et c’est donc avec l’aide de Chavez, qui lui fournissait les bulletins, qu’il intimait à l’armée de procéder à la mise en place du scrutin. Celle-ci avait refusé.

Les partis politiques, qui avaient décidé de s’abstenir de ce scrutin, s’opposaient à Zelaya, y compris son propre parti - on notera que le président par intérim est issu du même Parti Libéral que Zelaya. Le Parlement était à quelques voix près entièrement tourné contre le président.

Ainsi, vu de prêt, le président de Honduras n’est pas le grand démocrate empêché par les forces réactionnaires que le public espérait. Mais peu importe, on tenait enfin une bonne cause, on n’allait pas la lâcher.

III ) Les conséquences en fonction des wikipédias

Comment nommer l’article traitant de la crise ?

L’alternative se résume généralement à des titres comme Coup d’Etat au Honduras de 2009 et Crise constitutionnelle au Honduras de 2009.

Et la guerre fait rage. Du moins cela dépend des wikipédias. Par curiosité je suis allé comparer les wikipédias les plus importantes.

Ainsi sur l’anglaise, ça révoque :

Trois fois le 28 juin
Une fois le 30 juin
Quatre fois le 02 juillet
Deux fois le 05 juillet
Et depuis le 11 juillet nous avons : 2009 Honduran constitutional crisis, article semi-protégé, et à l’enjeu si important qu’on vient me demander mon avis sur ma pdd pour le débat (oui le débat anglais).

Chez les Teutons, Militärputsch in Honduras 2009 n’a jamais été retouché.

Chez les Espagnols, on note une guerre d’édition les 29 et 30 juin.

En France, rien. Mais on peut voir en pdd qu'il y a eu des tentations.


IV ) Un coup d’Etat quand même ?

J’entends bien la préoccupation de ceux qui veulent titrer la crise en évitant de la qualifier de coup d’Etat, ce qui leur apparaît comme une violation de pov.

Les arguments sont intéressants mais quand on a montré que le comportement de Zelaya était autocratique et violait les institutions démocratiques, on n’a pas montré que ce n’est pas un coup qui l’a renversé.

Or quelques soient les violations de la Constitution de la Constitution que Zelaya avait commises, et surtout celles qu’il s’apprêtait à commettre, et quand bien même c’est lui qui aurait franchi le Rubicon en ordonnant un referendum illégal, c’est bien l’armée qui l’a déposé hors formes légales. Certes ces formes légales n’existaient pas : les institutions ne pouvaient destituer le président dans les temps en respectant le cadre constitutionnel. On était donc dans une situation de verrouillage, et c’est l’armée qui a liquidé le jeu. Se pose aussi le problème de savoir qui a eu l’initiative du renversement. Si on accepte l’idée que la constitution inflige automatiquement la peine de trahison de la patrie et donc la déchéance du président qui viole l’interdiction de se représenter, il n’en reste pas moins le problème de savoir qui a le droit de faire de telles qualifications. Blocage.

Quoi qu’il en soit, il y a bien violation de la légalité. Les objections à ce fait ne peuvent porter que sur la légitimité de cette violation.

Outre la violation de la légalité, notons l’emploi de la force contre Zelaya. Le coup n’est pas sanglant, l’emploi de la force semble s’être cantonné essentiellement à arrêter et expulser Zelaya au petit matin. Néanmoins c’est l’emploi de la force qui a déterminé l’issue du verrouillage constitutionnel.

Enfin les bénéficiaires et instigateurs sont des autorités constituées. Certes normalement c'est le titulaire du pouvoir exécutif qui renverse le reste de l'Etat. Ici c'est l'inverse mais le critère est bien rempli.

Pour toutes ces raisons, il n’est pas déraisonnable de croire que le coup d’Etat est constitué. Il ne faut cependant pas découler immédiatement de cette qualification qu’il faille le condamner. Certains medias ont parlé d’un coup d’Etat d’un genre nouveau voire d’un coup d’Etat étrangement démocratique, comme c'est le cas du Wall Street Journal.

Le traitement de la crise par les partisans d'appeler le schmilblick un coup d'Etat montre une fois de plus qu'il ne faut jamais réduire la réalité à une opposition manichéenne. Le traitement par l'autre camp nous rappelle qu'on ne se trompe jamais autant qu'à travers les erreurs de ses contradicteurs.

mercredi 17 juin 2009

Velupillai Prabhakaran

Les dictateurs sont souvent de grands malades, dont on se demande comment rationnellement ils peuvent se maintenir au pouvoir. Velupillai Prabhakaran, abattu le 17 mai 2009, n’aura jamais eu l’occasion de s’établir comme dirigeant de la partie tamoule du Sri Lanka qu’il entendait rendre indépendante. Le caractère dictatorial et inhumain de son pouvoir, sa personnalité délirante, sa mégalomanie méritent de le comparer à des dictateurs effectifs. Velupillai Prabhakaran a sa place auprès de Marcos, dont l’épouse avait accumulé 20.000 paires de chausures, Bokassa, qui s’était fait sacrer empereur par une cérémonie somptuaire, Ceausescu qui avait rasé le centre-ville historique de Bucarest pour bâtir des horreurs gigantesques, ou Trujillo, mulâtre psychopathe qui se teignait en blanc, violait des gamines et se préparait une tombe grandiose au Père Lachaise.

Velupillai Prabhakaran était le chef des Tigres tamouls, une organisation militaire qui tenait une guérilla depuis 1976 contre le pouvoir srilankais pour obtenir l’indépendance des territoires tamouls. Ce chef de guerre se distingue par sa violence et son fanatisme. Il tourne ses armes non seulement contre l’ethnie cingalaise mais aussi contre les tamouls modérés, éliminant tous ses rivaux et assassinant les hommes politiques qu’il juge trop conciliants.

Aussi horrible que ces actes puissent paraître, on peut encore concevoir qu’ils soient ordonnés par la raison, quoique malsaine. La suite de l’étude du personnage montre que tel n'est pas le cas.

Velupillai Prabhakaran, obsédé par sa personne, se faisait huiler plusieurs fois par jour, vivait dans le grand luxe, mettait en scène avec soin – à son niveau – son image auprès des émigrés, auxquels il soutirait de quoi poursuivre ses campagnes. Classique.

Plus original, Velupillai Prabhakaran est un amateur de films de guerre américains et cet attrait se révèle riche de conséquences. Il tire de ces films une inspiration pour son propre comportement. Il se promène ainsi, du moins c’est ce qu’il fait croire, avec une capsule de cyanure autour du cou ! Il prétend également pouvoir s’enfuir en sous-marin si les choses tournent mal (ces détails sont donnés dans sa nécro du journal The Economist). William Dalrymple, le célèbre écrivain écossais, rapporte dans un de ses livres que les exploits militaires que les tigres tamouls lui racontaient reprenaient littéralement le scénario de certains films... Et en effet les films américains servaient également à élaborer les plans d’attaque, ce qui conduisit à des attaques particulièrement téméraires... et désastreuses.

Il faut ajouter à cela que les Tigres tamouls sont les premiers combattants contemporains à utiliser l’attentat suicide, bien avant les islamistes. Cette arme a causé un grand nombre de morts dont celles de personnalités politiques telles que Rajiv Gandhi, dont la veuve est actuellement la personnalité politique la plus importante de l'Inde.

L'aventure est terminée. Les Tigres tamouls ont terminé écrasés et leur chef abattu alors qu’il s’enfuyait. Sans doute les Tamouls ont-ils des raisons de se plaindre du traitement que leur réserve un Etat contrôlé par une autre ethnie mais une guérilla dirigée par un psychopathe ne pouvait mener qu’au désastre. Comme disait Raymond Aron, de mémoire, la grande aventure d’un homme se termine en tragédie pour son peuple.

jeudi 14 mai 2009

les bonnes nouvelles du moment

* Britannica me ré-offre un an. Aimer wikipédia n'empêche pas d'apprécier l'immense valeur de la meilleure encyclopédie du monde. Cela me permet de vous faire lire les articles que je veux, par exemple Henry A. Kissinger (United States statesman).

* Chacun ses options politico-philosophiques : certains sont athées, d'autres socialistes, d'autres croient à la licorne rose, on a des centristes, on a de tout. Moi ? Moi j'ai raison, et j'ai créé une boîte utilisateur pour l'indiquer de façon sympathique sur mon profil : ici.

* En avant Guingamp a gagné la coupe de France.

* C'est le mois de mai, profitez-en :)

dimanche 19 avril 2009

Le processus éditorial sur wikipédia

Sur wikipédia, nous n'avons pas de comité éditorial. Les personnes extérieures se demandent souvent comment l'information est traitée et sélectionnée. Sans comité éditorial, comment empêcher chacun de faire de la publicité ? ou la promotion indue d'une opinion ? ou introduire des informations fausses ?

Si wikipédia n'a pas de comité éditorial, elle possède cependant un processus éditorial éliminant vandalismes, aberrations et dégradations. Ce texte a pour but de présenter ce processus éditorial.

Rappelons tout d'abord que n'importe qui peut techniquement contribuer sur wikipédia : s'inscrire n'est même pas nécessaire pour éditer. La contribution n'en est pas moins filtrée (I) puis appréciée (II).

I) Le filtrage

Des robots tournent sur wikipédia, comme par exemple Salebot, le bot de Gribeco. Les robots détectent les vandalismes utilisant des termes obscènes, blanchissant des articles sans raison et les révoquent automatiquement.

De plus, une communauté réunie sur un chat, suit en direct les dernières interventions à travers des canaux ou des programmes tels que LiveRC. Sur ce dernier, sorte de shoot them up, les patrouilleurs voient chaque modification défiler sur un écran, assortie des informations telle que le nom de l'article - et donc son potentiel à attirer les vandales -, l'identité de l'auteur (nom d'utilisateur ou adresse IP) - une IP est plus susceptible de vandaliser -, le statut de l'auteur et son passif éventuel, la taille de la modification. Ils peuvent consulter un aperçu et décider de révoquer.

Il est ponctuellement reproché aux patrouilleurs d'avoir la gâchette facile, éliminant des contributions en fait utiles, ou validant involontairement des vandalismes en n'éliminant que le dernier d'une série. Leur travail est dans l'ensemble très efficace et fait gagner du temps en aval du processus éditorial.

Robots et patrouilleurs éliminent vandalisme et aberrations, il reste à apprécier la matière qui a passé le filtrage.

II) L'appréciation

Chaque utilisateur dispose d'une liste de suivi qui ordonne des articles par ordre de dernière modification. Une telle liste est personnelle, elle se constitue le plus généralement avec le temps, accumulant les articles auquel le contributeur a participé.

La liste de suivi est un outil de veille. Parmi les personnes qui suivent un article, plusieurs vont chacune de leur côté apprécier la valeur des modifications apportées à l'article. Si les modifications sont estimées néfastes elles sont supprimées ou corrigées. A défaut de rectification, la modification a passé avec succès le jugement d'un nombre indéterminé de wikipédien.

Le plus l'article est important ou trollogène, le plus il est suivi et le plus les ajouts sont appréciés par un grand nombre de personnes.

En cas de désaccord éditorial, la page de discussion permet de discuter du bien-fondé des positions de chacun. Une sorte de comité éditorial spontané se forme. Les intervenants ne sont souvent pas particulièrement qualifiés mais ils sont intéressés à la rédaction et cherchent l'information et la formulation la plus juste.

Si la discussion ne permet pas de résoudre le désaccord, les principes fondateurs et règles de wikipédia doivent permettre de trancher : les faits doivent être fondés sur des sources qualifiées, les points de vue attribués. En théorie du moins. L'expérience montre que le standard change envers les usual suspects.

Au terme de ce processus mécanique, l'information est installée. Elle peut néanmoins être remise en cause à tout instant.

Ainsi Wikipédia n'a pas de comité éditorial et pourtant elle tourne. Le processus ne garantit pas une information fiable à 100%, ce qui n'est pas notre prétention, mais un résultat satisfaisant qu'il revient à chacun d'approfondir et croiser avec d'autres sources.