Etes-vous quelqu'un de différent ?

mardi 4 janvier 2011

Pourquoi la France jouerait à l'espionnage industriel. Du procès d'intention

Enfin une révélation intéressante de wikileaks : il s'avèrerait que la France serait numéro 1... dans le domaine de l'espionnage industriel, ce à l'échelle de l'Europe. Mieux que la Russie et le Chine. (cf lemonde.fr, 04 janv. 2011, WikiLeaks : l'espionnage économique de Paris dérange ses alliés européens)

Cela apparaitra surprenant et c'est précisément cette surprise qui va nous servir de fil d'Ariane pour expliquer le pourquoi du comment.

I) Cas particulier

En effet la France en déclin relatif perd son rang. Ce déclin n'apparait pas légitime, il est mal accepté. En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées... Dès lors on cherche une explication bien confortable. Et on la trouve : les autres puissances espionnent notre pays.

Voilà pourquoi nous sommes surpris d'apprendre que c'est plutôt la France qui sacrifierait à pareilles pratiques.

Et précisément parce qu'il est supposé un espionnage de nos concurrents, il devient légitime d'espionner en réplique. Légitime défense. Et peu importe que cet espionnage adverse soit mal étayé puisque nous sommes bon. Le plus fort est supposé l'espionnage adverse, le plus légitime apparait un espionnage en sens inverse.

La crainte d'être espionné justifie en fin de compte l'espionnage. Classique. Il apparait en fin de compte logique que le pays qui s'adonne le plus à l'espionnage soit celui qui craigne le plus d'être lui-même espionné. La révélation, à la supposer vraie, apparait en fin de compte logique.

II) Généralités

Le mécanisme que nous venons de découvrir apparait être un mode habituel du mal : nous réprouvons d'employer le mal mais nous sommes prêt à y sacrifier quand nous prêtons à notre ennemi de vouloir lui-même y recourir.

Les groupuscules extrémistes sont certainement sincères quand ils disent ne pas vouloir du mensonge et de la violence mais la croyance que leurs ennemis vont y recourir leur justifie d'y recourir eux-même.

On remarquera que les moyens que nous employons sont en fin de compte plus révélateurs de nous-mêmes que de notre adversaire. Peut-être parce qu'ils reflètent notre façon de penser et notre cadre intellectuel, bien plus que la personne réelle de notre adversaire.

De façon plus générale, la politique témoigne de camps qui se structurent en réaction au projet politique qu'ils prêtent au camp adverse. Ainsi à droite on se coalisera volontiers contre la presse, l'éducation nationale, les fonctionnaires, qu'on attaquera, en prêtant à ces groupes la volonté d'imposer ses idées quand la tendance à gauche de ces groupes a des causes plus mécaniques. A gauche on stigmatisera les riches, considérés presque ouvertement comme des parasites, les entrepreneurs, les commerçants. Chacun veut le bien public, la paix sociale et pourtant chacun est prêt à voir chez son adversaire politique un ennemi et un obstacle...

Et ainsi chaque groupe politique de s'unir autour de valeurs tout en condamnant plus ou moins explicitement le groupe adverse comme soumis aux vices pendants. Se dire libéral, est-ce que ce n'est pas susurrer que nos adversaires n'aiment pas la liberté ? Se dire socialiste, n'est-ce pas qualifier sourdement ses ennemis d'être les partisans d'un individualisme égoïste ? Appeler fête de l'humanité une fête communiste, n'est-ce pas retirer de l'humanité ceux qui sont au-delà des communistes et sympathisants ?

Le sommet est atteint avec les idéologies qui, comme l'explique Soljenitsyne, fournissent une explication totale, désignent les groupes ennemis, révèlent leurs vilaines intentions et servent en fin de compte à justifier le mal et désinhiber la violence à leur encontre.


Ainsi de l'espionnage à l'idéologie, prêter à l'adversaire de sombres intentions est le début de la corruption et du conflit. Le procès d'intention justifie le mal.

jeudi 30 décembre 2010

Que faire en Côte d'Ivoire ? Rien.

Une crise politique se déroule actuellement en Côte d'Ivoire. Le Président en place, Laurent Gbagbo, refuse de reconnaitre sa défaite aux élections et de céder sa place au vainqueur des urnes, Alassane Ouattara.

La communauté internationale commence à faire pression sur le pouvoir ivoirien pour qu'il se soumette au verdict démocratique. Les diplomates accrédités par le pouvoir sont contestés. Des voix s'élèvent pour réclamer une intervention militaire et rétablir le bon ordre - démocratique.

C'est une erreur. La communauté internationale ne doit rien faire du tout.

La Côte d'Ivoire est un pays indépendant, la décolonisation est faite. Il faut bien en comprendre les conséquences.

Vouloir des pressions ou une intervention occidentale en Côte d'Ivoire c'est faire des occidentaux les juges en dernier recours des élections et crises politiques africaines. C'est in fine vouloir le retour de la tutelle occidentale. C'est donc une position colonialiste.

C'est aussi, pour les plus va-t-en-guerre, estimer la guerre juste pour une question de principe secondaire, qui est celui de la forme du gouvernement. C'est donc une position néoconservatrice.

Au passage il faudrait que les partisans de sanctions ou d'un renversement exprès de Gbagbo s'interrogent un peu sur la cohérence de leur position avec le cas Saddam Hussein. Mais il est vrai que l'Irak n'étant pas une colonie française, cela ne nous regardait pas...

Libre à chacun d'adopter la position qui lui parait le plus juste, à condition de comprendre en quelles fréquentations se trouvent les bonnes intentions dans cette histoire (comme au fond dans toutes les autres).

lundi 20 décembre 2010

Google Books Ngram viewer, un nouvel outil

Google propose un nouvel outil appréciable : Google Books Ngram viewer.

Le programme utilise la base de donnée de tous ces livres numérisés par google pour vous permettre de connaitre la fréquence d'occurrence d'un ou plusieurs mots dans l'ensemble des livres à travers les siècles. Les recherches se font par langue d'édition. La langue de Molière est présente.

Vous pouvez comparer sur un même graphe plusieurs mots pour comparer leurs fortunes respectives. Il faudra faire abstraction le cas échéant du parasitage des homonymes.

La présentation par google du programme se trouve sur cette page.

Quelques applications :

Le rugby perd contre le foot vers 1980 : la preuve

Les présidents de la Ve : ici. On note l'étonnante popularité de Mitterrand et l'apparition d'une rupture de classe politique avec Sarkozy.

Darwin supplante Lamarck en France en 1860 cf ici. Bizarrement cela semble plus tardif au Royaume-Uni (il faut pondérer avec les homonymes sur ce tableau) cf ici.

Un peu d'amour de la sagesse : là.

Un politique, peut-être plus intéressant qu'il n'y parait : ici.

De l'économie politique : ici. Le Français sait résister à la pensée unique avec pugnacité.

dimanche 21 novembre 2010

Comment avoir un snobisme d'avance ?


Alors que les masses se précipitent à l'exposition Basquiat sans savoir que son intérêt provocateur s'est évaporé, d'autres préfèrent avoir un snobisme d'avance, et vont voir Gérôme, et son hyper-classicisme pompier.

Pourquoi le snobisme et comment s'en servir ?



I) Mais qu'est-ce que le snobisme tout d'abord ?

Frédéric Rouvillois a admirablement étudié le snobisme et notamment montré le renversement de logique qu'il y a entre dandysme et snobisme. Je n'ai pas lu l'ouvrage où il opère cette distinction mais je le mentionne histoire de ne pas plagier involontairement. (Histoire du snobisme, Flammarion, 2008)

Le snobisme est d'abord une attitude grégaire : elle nous fait imiter. L'objet de notre imitation est la classe à laquelle nous souhaitons appartenir, que nous estimons supérieur à la notre.

Est snob celui qui copie le groupe qu'il admire, mais il n'est que copie et demeure artificiel, exagéré. A l'inverse le dandy veut ne pas appartenir – logique contraire donc.

L'appréciation de la supériorité d'une classe est subjective. Il y a un snobisme d'appartenance à la noblesse, un snobisme d'appartenance aux riches, des intellectuels, des musiciens, des bohémiens etc

L'appréciation est tellement subjective que les classes idolâtrées peuvent se croiser. Un riche pourra copier le rappeur, le rappeur copier les riches.

Le copié n'apprécie généralement pas ceux qui le copient, et il modifie dès lors son comportement. Il faut donc être attentif.

En tout état de cause, le snobisme est un donné social, vous devez l'accepter ou terminer en misanthrope. Soyez désirable, et pour cela il vous suffit d'avoir le snobisme d'avance.

II) Boires et déboires du snobisme

Dans l'imitation de la classe admirée, coeur du snobisme, il y a une part de projection des fantasmes.

A) Des riches
Le cas des riches est remarquable. Le riche apparaît être une personne dépensière et pleine de morgue.

Etre riche n'implique pourtant a priori aucune débauche de luxe ni un caractère vindicatif. Au contraire, de nombreux riches ont une mentalité économe et s'ils vivent dans le confort, ils ne dépensent pas inutilement – c'est d'ailleurs une cause de leur richesse. On imagine trop souvent des riches flamboyants et dépensiers, à se demander comment ils ont pu le devenir et le demeurer.

Si les riches apparaissent dépensier, c'est à cause du snobisme... des parvenus, qu'on appelle d'ailleurs « nouveaux riches. ». Eux veulent montrer leur réussite, ils veulent prouver qu'ils appartiennent à cette classe désirée. Et le seul moyen dont ils disposent est de dépenser leur argent.

Ainsi les nouveaux riches dépensent-ils non pas parce que les riches sont dépensiers mais parce qu'ils veulent se montrer riche aux yeux de tous ; ils veulent opposer leur nouveau statut à tous.

Ce faisant ils suffira aux riches de ne pas faire de dépenses somptuaires pour se démarquer à leur tour de ces nouveaux riches.

C'est le jeu de la mode décrit par Ernst Gombrich dans ses écrits.

Mais l'image du riche dépensier et arrogant aura été installée définitivement, résultant d'un processus nécessaire qu'il n'est pas possible de contrarier : le snobisme des parvenus.

Cette conclusion est très certainement généralisable à d'autres classes : la haine dont elles sont l'objet ne doit pas tant à leurs éléments qu'aux snobs qui affectent d'en être. Car que copient-ils au fond : non pas la réalité de cette classe, mais la projection de cette classe telle que leur préjugé la leur fait apparaître.

Leçons : si vous avez de l'argent, dépensez-le de façon raffinée ; démarquez-vous des imitateurs



B) Des marques

Autre application du snobisme : les marques. Il existe une hiérarchie des marques de vêtements.

Le plus on détient des habits dont les marques sont en haut de l'échelle, le plus on s'éloigne des manants habillés des marques de faible prestige. Le plus on croit s'élever. Mais simultanément on dévoile son besoin de se distinguer de ces masses et d'imiter les meilleurs – à nos yeux. Dès lors on se trahit. Il n'aura échappé à personne que plusieurs marques supposées être de grands luxes sont portées par des personnes vulgaires.

Ainsi le bon snobisme consistera à ne pas porter de marques, ou du moins pas de marque visible. Cher lecteur, aies donc un snobisme d'avance en t'évitant les marques.

Mais tu ne gagneras qu'un temps car ceux dont tu veux te distinguer te copieront à leur tour.

Encore que... l'imitation n'est pas facile. Nos mauvais gouts révèlent la classe à laquelle nous appartenons et celle à laquelle nous aspirons. Ils nous trahissent. D'où l'utilité d'avoir un snobisme d'avance.

Leçon : ne pas porter de marques visibles



III) Le snobisme appliqué aux expositions

Postulons qu'à notre époque nous ne demandons pas tant à l'art des représentations de la beauté qu'un parfum de souffre.

Actuellement à Paris nous avons, outre Monet, les expositions de Basquiat et Gérôme. Le snobisme d'avance consistera à aller voir l'exposition la plus originale, que ne vont pas voir les masses.

Du 15 octobre au 30 janvier, vous pouvez voir Basquiat à Pompidou.
Du 19 octobre au 23 janvier, vous pouvez voir Gérôme au musée d'Orsay.


Gérôme est un peu le méchant de l'histoire de l'art. Au XIXe siècle, il défendait un style de peinture quasi-photographique et recourait à la représentation d'anecdotes : un art pompier (nommé ainsi pour moquer tous ces casques historiques faisant penser à ceux des pompiers), un art estimé lourd et creux, et démagogique avec ces scènes d'histoire édifiantes et toutes ces femmes nues pour des prétextes futiles.

Surtout Gérôme combattait vigoureusement les peintres aux idées et aux styles nouveaux, condamnés au fameux et glorieux salon des refusés.

En fin de compte, l'histoire donnait tort à Gérôme et le condamnait aux oubliettes. Pour ressortir le principal auteur pompier de celles-ci, le Musée d'Orsay a cru bon de se justifier, comme si sa gloire passé ne justifiait pas que le spectateur puisse se faire sa propre idée !

A l'inverse Basquiat a l'image d'un artiste provocateur et controversé. Or sans s'étendre là-dessus, il est devenu d'un conformisme affolant d'aimer et célébrer Basquiat pour une subversion dès lors bien étiolée. Il y a 20 ans oui, aujourd'hui non.

Ainsi le petit parfum de souffre se trouve-t-il en réalité – vous l'aurez compris – à l'exposition du musée d'Orsay, et il faudra fuir un Pompidou rempli d'imitateurs avec un train de retard.

En revanche, si vous avez la faiblesse de croire que l'art n'a rien à voir avec la subversion, qu'une telle croyance est de plus affligeante de banalité, que l'art ne peut se définir sans faire de référence à la beauté, passez votre chemin de ces deux expositions, ou visitez-les pour informations – et gagnez la course du snobisme.

Leçon : allez voir Gérôme

dimanche 31 octobre 2010

Huxley et Orwell comparés

Voici une jolie petite bande dessinée sur Huxley et Orwell qu'il vous appartient de cliquer pour la lire correctement. (En fait non : cliquez ici pour l'afficher au format le plus convenable)

Le dessin est créatif, le texte délicieux et la mise en perspective des pensées des deux auteurs brillante.

Aussi bien Aldous Huxley que George Orwell ont décrit dans des romans célèbres des fins de l'histoire ayant pour forme des mondes totalitaires. Mais les mécanismes de ces mondes diffèrent essentiellement et c'est le mérite de cette bande dessinée de le mettre en évidence aussi joliment.

Ceci dit, je n'ai pas vraiment aimé 1984. D'Orwell je préfère l'excellente satire anticommuniste La Ferme des Animaux.

Pourquoi est-ce que 1984 me laisse froid ? Parce que d'une certaine manière le totalitarisme anticipé par Orwell s'est réalisé dans l'URSS. Mais il est remarquable que ce régime s'est précisément effondré depuis l'intérieur, pour des causes internes, spontanément. Exit donc la possibilité d'une fin de l'histoire sous forme de grande dictature des esprits omniprésente.

La bande dessinée parait d'ailleurs trancher en ce sens.

Le texte est de Neil Postman dans "Amusing Ourselves to Death", le dessin de Stuart McMillen. J'ai tiré l'image du blog de ce dernier ie ici.




mercredi 20 octobre 2010

Le renversement de l'hystérie aux Etats-Unis

Rappelons avant tout que dans un système bipartisan, l'allié objectif du parti de gouvernement d'un bord est le parti de contestation de l'autre bord. Je ne reviendrais pas ici sur les différentes illustrations de cette règle.

Il y a deux ans j'écrivais un article pour expliquer comment la droite battait la gauche.

En résumé de mon article d'alors, j'exposais que les présidents Bush et Sarkozy tiraient chacun parti d'une image droitière quoique gouvernant de fait au centre-droit, ce de façon à bien hystériser leur opposition et la diviser entre modérés et excités. Ainsi ils asseyaient leur pouvoir.

Le fait remarquable aujourd'hui aux Etats-Unis est que ce mécanisme s'est retourné contre la droite : les tea parties, un mouvement à cheval entre libertarianisme et populisme, se renforcent avec un discours très hostile à Obama mais au détriment essentiellement à mon avis des Républicains.

Ainsi il y a quelques années la gauche était divisée entre progressistes intransigeants anti-bush et modérés critiques de Bush, ceux-ci craignant l'extrémisme de ceux-là. Aujourd'hui la droite est divisée de même entre anti-establishments intransigeants anti-obama et modérés critiques d'Obama, ceux-ci craignant de même l'extrémisme de ceux-la.

L'hystérie a changé de camp. Le renversement s'est fait en deux temps.

D'abord il a fallu unifier la gauche. Comment refaire le lien entre la gauche Michael Moore et celle de l'establishment ? Réponse : en présentant un candidat qui incarne les idéaux progressistes. Ce n'est donc pas un hasard si la candidature s'est jouée entre une femme et un noir. Un tel candidat neutralisait la capacité de nuisance des gauchistes, qui ne pouvaient que céder devant la crainte d'être du mauvais côté de l'histoire et bloquer la marche en avant du progrès. Fiat Obama, un homme qui pouvait incarner un rêve gauchiste tout en étant un centriste bon teint. Combinaison parfaite.

Ensuite le camp républicain s'est divisé. Les Républicains promettent éternellement la fin du big government sans jamais y donner réellement suite au pouvoir, cela leur est aujourd'hui reproché par les tea parties.

Il y a aussi la déchéance des néoconservateurs, associés à l'establishment républicain, tenus responsables de la guerre en Irak dont on perçoit bien mal le fondement et l'utilité. Les tea parties, plus libertariens, et donc opposés à la guerre en Irak en bénéficient.

Enfin il est un mouvement général de rejet des élites et des autorités, voire un mouvement conspirationniste, qui se sait illégitime et ne souhaite pas s'exprimer tel quel. Il a besoin de se greffer à un autre discours et il a trouvé ce vecteur d'expression dans les tea parties - ce qui condamne à mon avis à terme le mouvement.

Ainsi les Républicains sont incapables de capitaliser des erreurs d'Obama et seront les perdants in fine du mouvement tea party. La règle exposée en tête d'article se vérifiera peut-être encore plus tôt que je ne l'aurais cru car il apparait que les Républicains pourraient ne pas remporter les législatives de fin d'année alors qu'il était encore prévu il y a peu qu'ils en soient les grand gagnants.

dimanche 10 octobre 2010

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas en ordre de bataille contre les banques

« Moi on ne me la fait pas ! On nous vole on nous spolie ! »

Les moi-on-ne-me-la-fait-pas, c'est tout un programme. Ils ne savent pas trop de quoi ils parlent mais... mais... on ne la leur fait pas ! « Tous pourris ! »

Vous n'êtes pas d'accord avec eux ? « Naïf ! Idiot utile ! »

Déjà Paul Valéry remarquait que les nuls se prennent pour des rois détrônés : la faute au système qui ne les estime pas à leur juste valeur !

La Société Générale perd cinq milliards ? Nos amis se sentent détroussés.

La même gagne son procès ? Cela prouve que le système est pourri.

Le fisc rembourse à la banque les impôts qu'elle a payé sur des bénéfices volatilisés ? « Au voleur ! »

Ah si on leur donne le pouvoir, ils couperont quelques têtes et restaureront la république, la vertu et la justice... Car pour les monmlfp la politique se résume au combat des gentils contrariés contre les pourrivendus forcément coalisés. Ils sont d'ailleurs toujours du côté du vent, soutenant une proposition puis une autre, généralement incapables de comprendre que le bien peut contredire le bien et que la politique est un art du moindre mal.

Ainsi il ne fait pas de doute que nos amis qui vilipendent la décision de justice faisant triompher les intérêts de la société générale seraient les premiers à réclamer l'indépendance de la justice tout en étant les premiers à hurler contre les conséquences pratiques telle que la présente décision.

Et les monmlfp vont, de courriers des lecteurs en tribunes, partout gémissant, toujours conspuant, étaler leur ignorance et leur bêtise.

Si on ne peut se réjouir des malheurs du trader, comment rester triste devant la réaction du vulgum pecus à cette affaire ?

Alors où trouve-t-on les plus belles concentrations de monmlfp ? Réponse : dans les courriers des lecteurs et plus particulièrement chez lemonde.fr, qui a sa rubrique dédiée aux réactions (je ne parlerais même pas de la presse nationale-socialiste). Ah s'il n'y avait qu'une rubrique à lire dans les journaux, je prendrais le courrier des lecteurs. Manifestement pas mal de monde y trouve la sensation d'exister enfin un tout petit peu en énonçant son petit avis indigent. (bon c'est vrai pour tout internet)

Quel merveilleux sottisier : on y apprend que la décision condamnant Kerviel à réparer l'intégralité du préjudice de la Société Générale est de la justice religieuse, ou alors aux ordres du pouvoir, que c'est une condamnation perpétuelle, que la collectivité qui paye etc.

Mais c'est là l'illusion que procure internet : nous faire croire que nous sommes intelligents quand ce sont seulement les autres qui sont idiots.

Soyons donc modeste et réfutons rationnellement quelques-unes des accusations les plus communes. Expliquons.

Non, les 4,9 milliards ne sont pas une peine. C'est la réparation du préjudice causé par le trader à la Société Générale. La juridiction a imputé la pleine responsabilité du préjudice au trader et l'a condamné à réparer celui-ci.

Ainsi la Société Générale est blanchie. Quand bien même elle aurait pu commettre quelque négligence, son trader a commis des infractions au caractère intentionnel à l'origine du préjudice. Et parce qu'il s'agit d'infractions intentionnelles, les négligences éventuelles de la banque n'entrent pas dans le calcul.

Voici le passage décisif de la décision. Pour le tribunal, « Attendu qu’il ressort néanmoins des débats et des pièces de la procédure que la Société Générale a été victime du fait volontaire de Jérôme KERVIEL, constitutif des infractions d’abus de confiance, de faux et d’usage de faux et d’introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé de données, dont il s’est rendu coupable ; que les négligences imputables à la partie civile ne sauraient être prises en compte dans la détermination de l’étendue de ses droits à indemnisation résultant de la commission d’infractions volontaires ; qu’en effet, Jérôme KERVIEL a été l’unique concepteur, initiateur et réalisateur du système de fraude ayant provoqué les dommages causés à la partie civile ; qu’il s’ensuit que la Société Générale est en droit d’obtenir la réparation de l’intégralité du préjudice financier qui en découle ; »

Le jugement a aussi le mérite de montrer un nouvel échec de la stratégie de rupture. Jouer la carte de l'opinion publique se révèle in fine un aveu de faiblesse. On pourra se reporter à cet article pour se renseigner sur les stratégies de rupture.

L'avocat de Jérôme Kerviel semble pourtant s'engager davantage dans la rupture en affirmant que la banque aurait perçu 1,7 milliard du fisc, ce que les monmlfp ont immédiatement compris comme une offrande de l'Etat au temple spéculatif quand il ne s'agit que de la restitution d'impôts dont la cause du versement a disparu : les bénéfices disparaissent et donc de même les impôts correspondants. Seuls de beaux sophismes bien démagogiques permettent de dire que c'est l'argent des français qui paie les erreurs de la finance.

Trop compliqués pour les monmlfp ? Il y a sans doute de ça. Et plus difficile encore : l'incapacité à entrer une conclusion déplaisante dans un petit système avec de petites cases ; voire l'impossibilité d'entrer une nouvelle conclusion dans un système ou les conclusions se confondent avec les postulats, et les arguments ne sont que de vilaines rationalisations des idées reçues et de la mise en accusation des usual suspects.

Car la culpabilité des banques n'est pas seulement l'aboutissement du raisonnement des monmlfp, c'est encore le point de départ.

Et peu importe le raisonnement, leur vérité c'est que la finance vole les braves citoyens, que la banque savait forcément ce que son trader faisait, et puis une décision de justice c'est trop compliqué à lire, et puis le système est vendu. Et puis à quoi bon les arguments car à eux... on ne la fait pas.